16/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (12, à suivre)

 À dix heures du soir, je quitte la patronne du café après avoir procédé à quelques échanges para-culturels provoqués par l’indomptable Baccus et mes déclarations intimes...

 Chez moi, je prends une douche bouillante pour expulser de mes pores la sueur étrangère qui s’y est introduite lors de ces échanges.

 Frais et libéré de toute toxine, je m'allonge sur mon lit.
 

 Il ne faut pas que j'oublie de téléphoner,  me dis-je en pensant à Iris. Drôle d’histoire. Un avion n'arrive pas à destination et pour une fois aucune presse en parle. Est-ce si gravé? Plusieurs gouvernements sont-ils impliqués? M'a-t-on raconté des balivernes? Pourtant cette lettre...

 Fatigué pour avoir, ce jour-là, trop réagi face à tant d'absurdités, les muscles de mes paupières abandonnent toute résistance...

 Un camion chargé de sable s'arrête à quelques mètres de moi.

 Le chauffeur, grand et musclé comme un eunuque des mille et une nuits, sort de son véhicule et, tout en vérifiant les pneus avant de celui-ci, dit à haute voix:

 - C’est pire qu'au cinéma. La police tire sur n'importe qui maintenant. On se croirait à Chicago au temps de la prohibition. Seuls les filiformes peuvent traverser cette jungle sans la moindre égratignure. A croire que les muscles leur donnent des boutons au cerveau. Heureusement que mon camion encaisse bien, même un obus ne le décourage pas.

 - Pour quelle raison font-ils ça? je lui demande.

 L'homme ne répond pas à ma question mais poursuit avec calme:

 - Un filiforme en cache un autre. C'est une race maudite. Maudite mais appréciée.

 Il s'approche de son réservoir d'essence et l'examine.

 - C'est son seul point faible, dit-il. Une étincelle et c'est l'explosion. Un petit trou et c'est la mort dans le désert.

 Puis il me regarde d'un air sévère et  me demande:

 - Vous habitez la région?

 Au fait où suis-je?

 Je jette un coup d'oeil autour de moi et je constate, à ma stupéfaction, que je me trouve en plein désert.

 - Alors, mon gars, me dit l'homme, vous avez avalé votre langue?

- Je crois que je me suis perdu, je lui réponds. Où sommes-nous finalement?

 - C’est plus grave que je pensais, dit-il avec le sourire.

 - Où sommes-nous? je redemande complètement paniqué.

 - Calmez-vous, calmez-vous! me conseille-t-il. Il faut toujours garder son sourire dans un endroit pareil. Car les vautours nous guettent. Et à la première faiblesse, ces oiseaux de malheur profitent pour nous attaquer.

 Je cherche les vautours dans le ciel.

 - Oh non, ce n'est pas là qu'il faut chercher, me dit l'homme. Ils sont plus malins que vous et moi. Ils chassent en secret.
 

 - Mais pourquoi me dîtes-vous tout ça? je lui demande.

 - Seul Dieu le sait! me répond l'homme en levant le bras au ciel. Toute explication ne serait qu'une vague et douteuse approche d'une éventuelle réalité. Les sentiments trahissent la mémoire et vice-versa. Vous devez le savoir mieux que personne. N'est-ce pas?

 - Qu'est-ce qui vous fait dire ça?

 - Vos rêves. Ne rêvez-vous pas des moments à venir? En principe, bien que je n'aime pas cette théorie, nos rêves sont les déchets inexpliqués du passé car la cervelle de l'homme est une machine à fabriquer des sensations et comme toute machine, elle possède une soupape de sécurité ou un réservoir pour les vieilles huiles. Et votre machine à vous semble fonctionner d'une façon toute particulière. Sans doute due à une question de connections. Un rien peut parfois bouleverser un tout... Et malheureusement pour vous, cette particularité a tendance à vous écarter du chemin de la réalité.

- Je comprends maintenant. Quelqu’un vous a sans doute demandé de me mettre la puce à l'oreille. Quelqu'un qui m'aime. Mais qui m’aime? Ce mot amour est un mot si compliqué pour moi.

 - Dieu seul le sait! Lui et ses anges qui rodent dans les airs et les eaux.

 - Que dois-je faire selon vous?
 
 - Être sur vos gardes. Ne vous laissez jamais emporter par le premier vent de sympathie. Résister à toute influence, à toute proposition, à toute demande...

 Subitement, le klaxon se met à hurler.

 L'homme remonte, comme une bête affolée, dans son camion afin de faire cesser ce bruit infernal. Coups de poings et coup de pieds ne servent à rien.

 - C’est un signe des dieux, me dit-il. Si seulement je pouvais savoir tout ce que cela veut dire. En tout cas, il serait préférable que vous vous éloigniez d'ici. Partez à toute vitesse! Partez bon sang! Avant qu'il ne soit trop tard...

 On sonne à ma porte.

 Je me lève, enfile un pantalon et vais ouvrir.

 Deux policiers en uniforme, deux colosses sont là. Un gros et un moustachu.

 Le gros me dit après avoir fait un vague salut militaire:

 - Il n'y a aucune raison de vous affoler. Nous sommes venus en amis, pour vous protéger.

 - Suis-je en danger? je demande, encore sous l'influence de mon rêve. Vous êtes sûrs que vous ne vous êtes pas trompé de porte? Qui voulez-vous protéger?

 Le moustachu me répond:

 - Mais vous, Monsieur. Vous êtes bien Jean Delarue, l’ami d’Iris Feller?

- Zut! Est-il plus tard que minuit? je demande en pensant subitement au coup de téléphone que je me suis promis de faire.

 -Sans doute, puisque nous avons reçu l'ordre de venir vous chercher vers minuit et quart, me dit le gros.

 - Vous êtes venus me chercher? C'est une arrestation alors? Vous avez un mandat? je demande avec énervement.

 Le moustachu me répond avec une froideur presque d'outre-tombe.

 - Le commissaire a des choses a vous communiquer concernant votre fiancée.

 - Il fallait me le dire tout de suite!

 Sans perdre la moindre seconde, je finis de m’habiller et suis les deux colosses au commissariat... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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