15/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (11, à suivre)

 Arrivé à Genève, plus personne ne s'occupe de moi. Ni regards, ni policiers, ni inspecteurs...

 Suis-je suivi à distance? Qu'importe! Qui vivra verra.

 Je monte dans un taxi qui m'amène, sans trop prolonger le parcours, en bas de chez moi.

 J'ouvre la boîte aux lettres et une montagne de prospectus tombe à mes pieds.

 Je ramasse toutes ces réclames et je les glisse automatiquement dans la boîte à papiers.

 Pas de lettre. Ni de lettre officielle. On dirait que le monde entier m'a oublié. Sauf bien entendu les marchands qui sèment à tout vent leurs éternels slogans publicitaires.

 La concierge sort de son guettoir et me dit avec son aimable voix de chien de garde:

 - Vous voilà, vous! Depuis votre départ, la maison est un boulevard. On n'a pas cessé de vous réclamer. D'ailleurs, on m'a remis ce matin une lettre pour vous. Attendez-moi, je vais vous la chercher.

 Bien sûr que je vais t'attendre, vieille emmerdeuse, me dis-je. Pour une fois que tu auras servi à quelque chose.

 Le temps de quelques traînées de pantoufles et la voilà devant moi, une lettre à la main.

 Elle me tend cette mystérieuse missive en me disant:

 - C'est un drôle de moustachu qui me la remise.

 Et elle ajoute:

 - J'espère que votre fiancée n'est pas en danger.

 - En danger? Mais qui donc vous a raconté ces âneries? je lui demande.

 - Mais le moustachu!

 - Le moustachu ou la lettre? Une enveloppe, ça se décolle, vous savez.

 A ces mots, tel un crapaud mythologique, ma concierge se met à enfler du visage et, ni une ni deux, elle me claque sa porte au nez.

 J'entre chez moi, où rien n’a vieilli d’une seconde.

 Je pose mes bagages et plonge sur mon lit la lettre entre mes dents. Quelle idée bizarre! Ça m'arrive de temps en temps.

 J’ouvre la lettre et je lis: “Si vous voulez revoir Iris, faites le 48.22.64 et dites Osiris demande Isis, entre 23 et 24 heures.”

 Quelle joie! Je suis en plein roman d’espionnage.

 ***

 - Vous étiez en vacances?

 - En voyage d'affaire.

 - Représentant?

 - Non, chercheur d'homme.

 - C'est quoi pour un métier?

 - Un métier comme un autre.

 - Ça fait partie de la police?

 - Heureusement pas!

 - Alors, ça fait partie de quoi?

 - De rien. Vraiment de rien.

 - Vous êtes en train de vous payer de ma tête.

 - Pas du tout, je suis au service de quelqu'un afin de trouver quelqu'un d'autre.

 - Et c'est passionnant?

 - Pas moins passionnant que d'être dentiste ou médecin généraliste.

 - Pourtant ce sont des métiers passionnants.

 - Pas pour moi. Soigner à longueur d'année des dents pourries ou des grippes ne vous enrichit pas, ni intellectuellement, ni spirituellement.

 - Mais ça vous permet d'avoir beaucoup d'argent. Et qui dit argent dit plus de temps libre...

 - Et qui dit temps libre ne dit pas forcément esprit libre... L’argent, je m'en fous totalement!

 - Si votre argent vous dérange à ce point-là, je suis prête à le dépenser, me dit la patronne du café avec un sourire au bout des lèvres.

- Voilà une bonne idée, dis-je d'un ton amusé. Du champagne pour commencer?

 La patronne me regarde d'un air interrogatif.

 Elle doit sûrement se demander si c'est du lard ou du cochon.

 - Alors! Qu'attendez-vous pour aller chercher une bouteille? dis-je.

 - Vous êtes sérieux? me demande-t-elle.

 - Et avec ça, je suis sérieux? dis-je en sortant de ma poche un billet de cent francs.
 

 La première gorgée de champagne me chatouille le  bout du nez, la deuxième le fond de mon estomac et la troisième la totalité de mon esprit...

 - Vive la nouvelle république! dis-je en levant mon quatrième verre.

 - Pourquoi la nouvelle? me demande la patronne, étonnée par ma déclaration inattendue.

 - Parce que je trouve que le monde est à refaire.

 - On a pourtant essayer à plusieurs reprises de le refaire.

 - Je ne le vous fais pas dire!

 - Alors?

 - Alors, il faudrait essayer encore une fois ... mais autrement. Sans feu, ni sang. Avec des actes et non des mots. Avec du bon sens et non des profits.

 - C’est le champagne qui vous met dans cet état?

 - Heureusement!

 - Ce qui veut dire que vous avez une mauvaise opinion sur l'homme d'aujourd'hui.

 - De hier et d'aujourd'hui.

 - Et sur l'homme de demain?

 - Il n'est pas encore né.

 - Mais vous avez une idée.

- Comment peut-on juger une chose qui n'existe pas... pas encore?

 - On peut tout de même prévoir. On sait bien qu'un pommier est destiné à donner des pommes et non des poires.

 - D’un pommier peuvent naître de belles pommes, de vilaines pommes ou rien du tout.

 - Mais un arbre soigné...

 - Non, non et non! D'avance, je ne suis pas d'accord car, d'une terre merdeuse, peuvent fleurir de belle roses roses... L'éducation et le milieu social ne sont que les deux maigres mamelles pour l'évolution de l'enfant...

 La patronne éclate de rire. Quant à moi, par jeu, je préfère garder mon sérieux.

 - Vous êtes toujours comme ça? me demande la patronne, une fois calmée.

 - C’est-à-dire?

 - Sérieux même face  au ridicule?

 Je lève mon verre et je déclare, bien entendu avec sérieux:

 - Je suis froid et lucide comme un philosophe face à une équation métaphysique. J'adore autant me perdre dans le creux d'une paire de mamelles que dans la voie lactée. Car dans les deux situations, je finis par m'interroger sur l'existence des trous noirs.

 La patronne s'approche de moi et me dit à l'oreille:

 - Moi, je suis une étoile filante. Si ça vous tente, je suis prête à me faire observer par votre télescope.

 Et de mot en mot, de verre en verre, de gros mot en gros mot, je me retrouve dans de beaux draps... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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