L'odyssée d'un rêveur (6, à suivre)

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 - Commençons par le commencement .

 - Le commencement? Quel commencement?

 - Le commencement de votre voyage.

 - Mais qu'est-ce que vous voulez savoir de plus, inspecteur. Je vous ai tout dit sur la raison de ce voyage.

 - Qui  êtes-vous réellement?

 - Tout est inscrit dans mon passeport. Mon nom, mon prénom, ma date de naissance...

 -J’ai dit réellement.

 - Pourquoi, mes papiers ont l'air faux? Si ce n’est que ça, vous n’avez qu’à faire appel à un délégué de l'ambassade de Suisse.
 
 - Il ne s'agit pas de vos papiers.

 - Alors?

 - Il s'agit de vous, de votre caractère, de vos tendances politiques...

 - Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire?

 - Vous voulez bien commencer par le commencement?

 - Vous vous foutez de moi ou quoi?

 -Moi, à votre place je resterais poli... Eh bien?

 - Ma vie privée ne regarde que moi.

 - Dans des cas très particuliers, elle regarde aussi la police londonienne.

 - Quel cas particulier? De quoi me soupçonne-t-on?

 - De faire partie d'une bande de terroristes.
 
 - Mais c'est de la folie, dis-je et j'éclate de rire.

 White s'approche de moi et me balance une paire de gifles.

 Je me sens alors comme un animal pris dans une piège.

 Que dire? Que faire? Un mur absurde et infranchissable s'est subitement dressé entre moi et le monde libre. Qu' ai-je donc fait pour mériter ça?

 - Je pensais que les Anglais étaient très courtois, dis-je.

 - Et moi qu'il n'existait pas de terroristes suisses.

 - Il faut continuer à le croire.

 - Vous m'avez fait changer d'avis.

 - C'est sans doute par erreur.

 - Vous commencez à m'agacer avec votre façon de parler... Vous voulez vraiment savoir pourquoi vous êtes là?

 - Mais je ne demande que ça!

 - Eh bien, c'est très simple: vous avez été signalé à la police néerlandaise et à nous-même suite à divers conversations étranges. Notamment une conversation concernant une explosion d’avion en plein ciel.

 -Si j'ai bien compris, on n’a plus le droit  de penser ce que l’on veut.

 - On a tous les droits sauf celui de nuire.

 - Et plaisanter, en a-t-on encore le droit?

 - Je vous répète: on a tous les droits sauf celui de nuire.

 - Pour l'instant et dans la réalité des faits, c'est vous qui êtes en train de nuire, de me nuire.

 - Je fais mon métier, Monsieur.

 - En accusant hâtivement un innocent?

 - Tout coupable se déclare innocent.

 - A vous entendre parler, on dirait que n'importe qui est coupable d'un délit.

 - Vous déformez tout.

 - Mais c'est vous qui déformez tout. Sur la base de quelques paroles en l'air, vous m'accusez d'actes de terrorisme. Oui, des paroles en l'air et rien de plus.

 - Malheureusement, ces paroles en l’air ne   nous paraissent pas si anodines.

 -Expliquez-vous.

 - Il y a une alerte à la bombe, à l'aéroport de Schiphol, cet après-midi. Vous ne trouvez pas ça bizarre?

 - C’est sans doute une plaisanterie. C'est fréquent de nos jours. Vous devez le savoir mieux que personne, non?

- Mais on nous a également annoncé par téléphone qu’un avion de provenance d’Amsterdam explosera ces prochains jours en plein ciel londonien.

 - C’est impossible.

 -Comment ça c’est impossible?

 - Ça sera une explosion ratée .

 White semble ne plus rien comprendre. Il doit sûrement se demander si je suis sérieux ou pas.

 - Ça sera une explosion ratée et à l'atterrage, je vous répète.

 - Mais cessez de faire le pitre, crie White.

 Je me frotte le front. Ces paroles je les ai déjà entendues.

 - Vous êtes au courant de quelque chose, me dit White.

 - Je ne suis au courant de rien, dis-je.

 - Vous êtes au courant de tout.

 - Au courant de rien.

 - Et l’explosion ratée?

 - Un pressentiment ou plutôt un rêve.

 - Vous vous moquez de moi?

 - Mieux vaut une explosion ratée qu'une explosion en plein ciel.

 - Mais pour les terroristes tous les moyens sont bons pour semer la panique. L’explosion ratée, c'est peut-être voulu.

 - Ratée malgré eux.

 - Vous avez dit eux! Eux qui?

 - Mais je n'en sais rien!

 White se lève d'un bond et quitte la pièce en claquant la porte... à suivre

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