L'odyssée d'un rêveur (3, à suivre)

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 Une heure plus tard, le bateau accoste à Harwich. Je descends avec la première foulée de passagers, un groupe d’Hollandais en voyage organisé, pour diminuer le risque de tomber entre les griffes de la fameuse astrologue. Je passe la douane puis en tant que Suisse, c'est-à-dire non membre de la communauté européenne, au bureau de l'immigration, où l’on me fait remplir les papiers nécessaires pour une séjour en Angleterre...

 Un train m'amène à Liverpool Street station, la gare la plus populaire et la plus insalubre de Londres.

 A la sortie de celle-ci, je hale un taxi... et me voici en plein dans le système de la priorité à gauche.
 
 Comme un enfant, j'admire les nombreux bus rouges à impériale et les non moins nombreux taxis, noirs et boursouflés comme des scarabées, qui ronronnent et grincent aux feux rouges. Les Look on the right et Look on the left sont incrustés presque à chaque passage pour piétons. Je constate que les chapeaux melon sont encore à la mode et que les colorants et décolorants capillaires ainsi que les épingles à cheveux ont envahie le marché.

 Le traditionalisme et la marginalité semblent faire bon ménage. Et le flegme britannique n’a pas reculé d'une semelle. Je me sens bien dans ma peau en admirant toutes ces merveilles anglaises.

 Je regarde ma montre: Iris atterrira ici dans quatre heures.

 J'arrive à mon hôtel. Tout est très courtois. Même mon lit qui se plie en deux une fois que j'y suis couché.

 Trop fatigué pour protester, je me laisse envahir par le sommeil.

 Je me trouve dans un couloir d’un hôtel vieux de plusieurs siècles. Des armoiries, des sabres, de épées, des armures et des portraits à l' huile de nobles personnages datant de plusieurs centaines d’années sont accrochés aux murs à équidistance les uns des autres et brillent comme s’ils venaient des sortir de l’atelier d’un reproducteur maniaque. Une moquette de velours rouge couvre le sol. Chaque trois trois mètres, il y a une porte à gauche et une autre à droite.

 Subitement l’une d'entre elles s'ouvre et une femme aux longs cheveux blonds apparaît. Un visage qui ne m'est pas inconnu.

 La femme s’approche de moi et me dit:

 - Qui vous a conduit ici?
 
 - Personne, je cherche les cuisines, j'ai une petite faim qui me chatouille l'estomac, je réponds.

 - C'est un endroit strictement interdit à la clientèle de l'hôtel, me dit-elle. Seuls les membres de certaines sociétés ont le droit de se promener ici et de...

 - Et de...?

 - Je ne peux pas vous répondre.

 Je souris.

 - Vous avez tort de ne pas prendre mes paroles au sérieux.

 Je souris toujours.

 - Cessez de faire le pitre, me dit-elle en haussant la voix. Nous sommes dans un endroit sacré et non dans une basse-cour.

 Je baisse les yeux.

 Puis après quelques secondes de silence, elle me demande avec une douceur quasi maternelle:

 - Vous avez toujours cette petite faim qui vous chatouille l'estomac? Je peux vous offrir des gaufrettes au chocolat. Ça vous tente?

 - Non merci, je réponds par timidité.

 - Peut-être vous n'aimez pas le chocolat?

 - Si, mais pas à cette heure-ci.

 - Des biscuits salés alors? Au fromage? Au jambon?

 J’accepte en hochant la tête.

 Alors elle me fait signe de la suivre.

 Et j'obéis à son invitation... à suivre

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