L'odyssée d'un rêveur (2, à suivre)

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 Nos regards se croisent. Des idées folles me passent par la tête, toujours ces mêmes idées folles avides de plaisirs et de domination... Ses mains sont soignées et fines. Elles ressemblent à celles d'Iris, ma petite amie. Un sentiment de culpabilité traverse le champ de ma conscience. Le besoin de liberté, le chasse sans scrupule. Oui, c’est vrai, je n’appartiens à personne...

 - Vous paraissez bien pensif, me dit-elle.

 Que répondre?

 - Au fait, on ne s'est pas présenté, me déclare-t-elle.

 - Que nous sommes distraits! dis-je d'un ton amusé.

 - Qui commence? Mais après tout, est-ce bien nécessaire?

 - Personne ne vous force.

 - Je l'espère!

 - Pourquoi avez-vous peur de dévoiler votre identité?

 - Étrange question.

 - Pas pour moi.

 - Pour moi si ... mais on ne va pas s'éterniser la-dessus... non, à vrai dire, je trouve ça stupide. D'ailleurs on ne choisit ni son nom, ni sa date de naissance.

 - Bon, changeons de disque!

 De quoi va-t-on parler maintenant? De nos peines, de nos joies ou de nos désirs? Et si je lui proposais de passer aux actes? Car au fond d'elle-même, c'est bien ce qu’elle cherche? Oui, mais comment faire, par quoi commencer? Tant pis, je me jette à l’eau.

 - Vous voyagez en cabine? je lui demande.

 - Vous avez de la chance, me répond-elle. Je voyage toujours en cabine... même pour un voyage comme celui-ci, qui ne dure que quelques heures. Au cas où je voudrais me reposer un instant.

 - Et vous voyagez souvent seule?

 - Pourquoi chercher midi à quatorze heures... à votre place je serai plus direct.

 Je suis tout gêné

- Une femme n'est pas très différente qu'un homme, savez-vous. Elle mange, elle boit, elle dort, elle rêve, elle espère... et elle aime faire l'amour autant que vous les hommes, m' explique-t-elle avec autorité et avec la conviction d'un professeur d'éducation sexuelle.

 Et elle ajoute:

 - Je suis ouverte à toute nouvelle expérience... car j'ai franchi la prison des tabous. Si le coeur vous en dit, je suis prête à passer un moment agréable avec vous.

 Mes yeux brillent de gêne et de plaisir. Comment être de marbre face à une telle invitation?

 - Vous voulez visiter ma cabine? me demande-t-elle avec un petit sourire malicieux.

 - J'adore l’inconnu, je réponds pour répondre, pour ne pas paraître trop stupide. Mais au fond de moi-même je me sens aussi petit qu'un collégien devant un monument de savoir et de franc parler.

 Et comme un chien derrière son maître, je suis la jeune femme, pour un voyage sur une planète de chair et de sueur.
 

 Pour un homme normalement constitué, ou anormalement constitué, pour une certaine minorité illogiquement avant-gardiste, le corps d'une femme nue, dont on est incapable de prévoir la plus banale des réactions est aussi inquiétant qu'une maison hantée dans laquelle on a caché des milliers de pièges à rats. On marche sur la pointe des pieds, la main sur le coeur et les yeux derrière son dos. Ce n'est plus une partie de plaisir mais une partie de roulette russe.

 Subitement conscient de cette situation suicidaire, je remonte mon pantalon que je viens à peine de baisser.

 - Mais à quoi jouez-vous? me demande la pseudo-astrologue allongée déjà sur son lit, sa jupe relevée sur ses hanches et ses culottes à la hauteur de ses chevilles.

 J'invente:

 - J’ai oublié mon appareil de photo au bar des secondes... C'est un cadeau de ma mère... j'y tiens comme la prunelle de mes yeux.
 
 Elle se redresse et son allure est encore plus ridicule.

 - Et c'est maintenant que vous y pensez? me dit-elle. C'est trop tard, on vous l'a sûrement volé.

 - Sûrement pas. Je l'ai confié au garçon du bar, c'est un honnête homme. A tout de suite...

 Et je m'enfuis, en courant comme un voleur.

 J'entre dans le bar des secondes classes  et  m'installe dans un coin tranquille jusqu'au moment du débarquement... à suivre

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