L'odyssée d'un rêveur (1, à suivre)

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 Confortablement installé dans une chaise  longue, je savoure des yeux le mouvement des vagues et le vol des mouettes face à un vent plutôt violent.

 Subitement une sensation étrange m'envahit: je me sens le témoin d'un monde en paix malgré le comportement agité de ces éléments. Oui, je suis le témoin de cet univers marin où le gros poisson mange le petit et où tout désir de justice, tout effort de compréhension ou tout acte de courage humain ne serait d’aucune utilité car la machine fonctionne à la perfection selon des règles bien à elle, des règles établies une fois pour toutes par une force invincible.
 
 Cette sensation étrange me donne à réfléchir. Je pense aussitôt à mes rêves où je me sens le spectateur d 'évènements troublants provoqués par des êtres incontrôlables et inattendus... Des évènements qui se réaliseront quelques jours plus tard sans que je puisse empêcher quoi que ce soit. Témoin et impuissant.

 A ce moment une jeune femme élégante s'approche nonchalamment de moi et me dit:

 - Un royaume en cache toujours un autre. Plus mystérieux ou plus troublant.

- Vous faites allusion à la mer? je lui demande après quelques secondes de réflexion, étonné que l'on s'adresse à moi en français à quelques heures des côtes anglaises et néerlandaises .

 - J’aurais dû parier, me dit la jeune femme avec un sourire de satisfaction.

 Un “je ne comprends pas” plutôt timide sort de ma bouche.

 - Je vois, me dit-elle. J'ai affaire à un poète.

 - Maintenant, je ne sais vraiment plus où j’en suis.

 - Sur votre élément.

 - Mon élément?

 - Mais sur la mer! Votre royaume! Vous êtes bien du signe des poissons, non?

 - Je crois comprendre, je lui réponds, tout perplexe.

 - Vous êtes un cas intéressant, m'avoue-t-elle avec une pointe d’ironie.

 Puis, constatant qu'elle est debout et que moi je suis effondré dans ma chaise longue, je me lève d'un bond et lui dit:

 - Toutes mes excuses, Madame, pour ne pas vous avoir offert ma chaise.

 - Ça n'a aucune importance. Mais si vous tenez à vous faire pardonner, on peut aller boire un verre au bar, me déclare-t-elle.

 Et me voici face à une belle inconnue pour laquelle je ne suis pas tout-à-fait inconnu.

 - En somme, si j'ai bien compris, lui dis-je, vous êtes capable de lire dans les yeux des gens, et à distance, la langue qu'ils parlent et le jour et l'heure de leur naissance.

 Elle me sourit.

 - Non? Je me trompe?

 Elle sourit toujours.
 
 - Astrologue ou agent secret?

 - Ni l’un, ni l’autre.

 - Alors comment vous avez fait pour savoir que je parle le français?

 - Parce que je ne parle que cette langue.

 - Et que je suis du signe des poissons?

 - Vous regardiez si tendrement la mer...

 - Vous êtes certaine que vous n’êtes pas astrologue?

 - Pas plus astrologue que vous le capitaine de ce navire...

 - Alors pourquoi vous m’avez dit sur le pont que je suis un cas intéressant?

 - Par jeu. Un jeu de femme lorsqu'on s'ennuie. Le seul moyen pour s'en sortir, c'est de se créer un jeu. Rien de plus.

 - Et maintenant?

 - Qu'est-ce que vous voulez savoir? Vous voulez savoir si je m'ennuie ou si je joue?

 - Si c'est possible.
 
 -Eh bien, c'est ni l'un ni l'autre.

 -Alors vous êtes en train de vivre un moment de grand bonheur, dis-je d'un ton amusé.

 - J'ai horreur de ça, me répond-t-elle avec gravité. Ce mot je l'ai totalement effacé de mon vocabulaire.

 - Pourtant, nous sommes tous à sa poursuite, dis-je.

 - Selon vous.

 - Comment selon moi? Le fait de se créer un jeu pour échapper à ses ennuis, n'est-ce pas poursuivre ce dieu paisible et plein de miséricorde?

 - D'où tenez-vous toute cette science? me demande-t-elle, étonnée par ma réflexion.

 - De ma propre expérience, je lui réponds avec modestie.

 Et je m'explique avec sérieux:

 - Je regarde, je me regarde, j'analyse, je constate, j'observe, je m'observe... et de ce bouillonnement d'images et de réflexions jaillit spontanément la vérité, malgré moi... et un chemin plein de lumière s'ouvre à mes yeux. Et je m'engage sans la moindre appréhension dans ce nouveau royaume parfumé de tendresse et de joyeuses découvertes.

 - C'est bien joli tout ça, m'avoue-t-elle, mais ce n'est que de la poésie. La réalité est toute autre.

 - Question de caractère, je lui dis. Il y a celui qui croit et il y a celui qui ne croit pas.

 - Le crédule et l'incrédule.

 - Non, l'optimiste et le pessimiste.

 - Question de point de vue.

 - Tout est question de point de vue.

 Un moment de silence... à suivre

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