28/02/2013

Le dieu helvète (11, fin)

27


 ... je fais souvent le même rêve du nain qui se métamorphose en géant. Les géants sont riches, ce sont eux qui tiennent les ficelles. Et je suis pauvre. Bien que l’argent n'a jamais été important pour moi. Et la richesse encore moins. Mais malheureusement ce dieu impitoyable nous gouverne. Il protège ses adorateurs et écrase les amoureux de la simplicité... Je me sens seul dans un monde sans merci. La peur court les rues. Les simples se taisent et toussent en cachette... Paulette est sûrement maintenant en train de se caresser les seins. Face à son miroir.  C’est sa spécialité. Bella, elle, doit être en train de brosser les dents aux enfants. Et les enfants sont en train de poser des questions à leur mère...

 Je viens d’écrire trois fois le mot train, me dis-je. C’est peut-être parce que j’ai pris le tain. C’est idiot. Tout est idiot après tout. J’ai meilleur temps de poser ma plume et de me coucher.


28


 - Vous avez bien dormi, me demanda le patron du petit hôtel que j'avais choisi pour passer la nuit.

 - Très bien, merci, répondis-je. Trop bien même...

 Ça pourrait devenir inquiétant pour la suite de mon combat, pensai-je.


29


 ... la blancheur des montagnes ne reflètent guère la misère du monde. Elles m'ordonnent de me taire. Je suis un enfant des bas fonds. Mes poumons manquent d'oxygène de basse altitude, de cette oxygène polluée par les produits chimiques que crache la civilisation des cités. Je m'étouffe dans ce bonheur immaculé. C'est absurde! Possible, car je suis un adepte de l'absurde...


30


 ... nous sommes tous des incompris sur cette planète. Nous sommes tous des clowns dans ce grand cirque de la vie...
 

 Je crois que je vais plutôt écrire quelque chose sur ça, me dis-je.

 Conclusion: les hommes comme les dieux sont imprévisibles.

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27/02/2013

Le dieu helvète (10, à suivre)

24


 La montagne, la mer ou le farniente dans ma propre ville? pensai-je. Paulette viendra avec moi. Elle se donnera à moi. Je me donnerai à elle. Nos vacances auront la chaleur de nos corps. Je la violerai s'il le faut et je me laisserai violer... On fera des choses jamais faites. On se trahira aussi et on se retrouvera avec des larmes jusqu'aux genoux. Et je lui lécherai ses larmes... Nous aurons des vacances pleines de passions. Des cris, des pleures, des baisers brûlants sur tout le corps, des caresses, des griffures jusqu'au sang, des battements de coeur au bord de la crise cardiaque et des extases... oui, il y aura tout ça.

 J’entrai dans une cabine téléphonique et j'appelai Paulette à son hôpital.

 - On part en vacances.

 - Comment ça?

 - Oui, on part en vacances. Demain on part... Demande congé à ton chef de service...

 - Ce n'est pas possible. Une infirmière ne peut pas prendre congé comme ça, du jour au lendemain, Glarus. Nos vacances sont programmées des mois à l'avance.

 - Demande tout de même à ton chef...

 - Premièrement, je n'ai pas de chef mais une cheffe et deuxièmement, je ne peux pas partir comme ça...


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 ... les chemins de l'indifférence sont nombreux, ils courent même les rues. Dans le malheur, le désespéré rit jaune. Je n'ai pas inventé la poudre, je sais...


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 Les paysages défilaient, défilaient à mes yeux. Tout était bien rangé, semblait être bien partagé. Les champs, les forêts les montagnes reflétaient une certaine fraîcheur digne des grandes étendues canadiennes. Le vert était solide, si je puis m'exprimer ainsi. Les toits des maisons étaient tous construits de la même façon, avec le  même matériau. L'égalité me crevait les yeux. J’étais bien. J'étais pour une fois bien. En face de moi, un vieil homme lisait un journal de sa région. Il tournait les pages avec méthode, sans doute pour ne pas froisser le papier. À côté de lui, une dame tricotait. J'étais le seul à regarder défiler le paysage.

 A une station, un travailleur, sans doute émigré,  vint s’asseoir à côté de moi. Il sentait l'ail et la graisse animal.

 Au bout de dix minutes, il sortit de son sac, un petit sac de voyage rouge, une orange et il se mit l’éplucher.
 
 Puis, s'apercevant que je le regardais de temps en temps, il plongea sa main dans son sac, y retira une autre orange et me l’offrit.

- Non, merci, je viens de déjeuner, dis-je à
l'homme.

 - Prenez, insista l'homme avec générosité.

 Je pris l’orange et remerciai ce généreux inconnu.

 - C’est de mon pays, me dit l’homme. Elle est très bonne, vous verrez.

 En effet la orange était très bonne.

 - C’est presque du miel, dis-je à l’homme

 L'homme me sourit, il semblait content de m'avoir offert pas n'importe quoi.

 Puis après l’orange, vint le salami, du gâteux, de la liqueur... tout de son pays.

 Puis, à mon tour, j'invitai l'homme à boire un café au wagon-restaurant.

 - Vous êtes suisse, vous? me demanda l'homme après avoir mis trois sucres dans son café.

 - Pourquoi me demandez-vous ça?

 - Comme ça... parce que les Suisses ne parlent pas à un étranger... pas tout de suite.

 - Je vois... Ma foi, c'est bien vrai ce que vous dites. C'est que le Suisse est de nature réservée, sombre, pessimiste... Il se confie rarement, il préfère mourir dans la solitude que de voir ses  héritiers faire semblant de pleurer au pied de son lit d’hôpital... Le Suisse est un soldat toute sa vie, un soldat sans ambition, attaché à sa terre et à son carnet d'épargne. En résumé: le Suisse n'est pas un mauvais type mais il a une âme de Chinois.

 - Qu’est-ce ça veut dire une âme de Chinois?

 - Ça veut dire que le Suisse cachent bien ses sentiments.

 Ravi de la définition que je fis du Suisse, le travailleur émigré me dit son nom, me parla de sa mère, de sa femme qui était restée au pays avec ses quatre fils et ses deux filles et surtout de son village qu'il aimait par dessus tout. Mais que mal, heureusement, les saints du ciel n'avait jamais su le rendre prospère.

 Deux heures plus tard, l’homme descendit du train la larme presque à l'oeil. Pour lui maintenant les Suisses n’étaient pas tous suisses... à suivre

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26/02/2013

Le dieu helvète (9, à suivre)

21


 - L’Iran est en feu! La Turquie presque!... L’Iran, je comprends. Mais les autres? Qui leur fournit des armes? Il n’y a pas de politique sans argent et pas d’argent sans intrigues. Moralité: la politique, c’est des montagnes d’intrigues. Et l’Helvétie ne fait pas exception.

 - Ils te briseront les reins.

 - Et après?... Non, Paulette, personne ne me brisera quoi que ce soit.

 - Ils sont plus forts que toi.

 - Non, ils n’oseront pas me briser les reins, comme tu dis si bien, parce que le public m' aura déjà donné raison.

 - Mais, ils t’empêcheront de publier ton livre!

 - Je ne crois pas

 - Tu es trop naïf...

 - Non, parce que s’ils m'empêcheront de le publier, j’irai à l’étranger.

- À l' étranger! Tu crois qu'à l'étranger, c’est mieux?

 - En France, on publie tout.
 
 - En France, on publie tout!

 - Parfaitement!

 - Tu es vraiment un grand naïf, Glarus.


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 ... un jour viendra où une joie immense naîtra au très fond de mon être et emportera au loin toutes les rancunes que j’aurais amassées. Ce jour viendra, je l'espère, mais ce n'est pas pour bientôt...


23


 - Il faudra foutre un sacré coup, me dit mon chef.

 - Je ne peux pas aller plus vite que mon cheval, lui réponds-je.

 - Pas plus vite que mon cheval! Qu'est-ce que ça veut bien vouloir dire?

 - Ça veut dire ce que ça veut dire. Et puis qu’avez-vous à me coller constamment au cul?

 Mon chef devint rouge. Presque aussi rouge que le drapeau suisse.

 Puis brusquement, il se retourna et disparut dans son bureau.

 Cinq minutes plus tard, mon directeur me fit appeler par sa secrétaire, une belle fille aux seins volumineux et aux lèvres charnues.

 Belle perspective pour son avenir, me dis-je

 - Asseyez-vous, me dit sèchement mon directeur.

 Je m'assis et  je croisais mes bras.

- Que vous arrive-t-il, Glarus? me demanda cet homme, pour qui seuls ceux qui lui disaient “Bonjour Monsieur le Directeur” étaient intelligents.

 - Il m'arrive que je commence à moisir dans cette jungle, lui répondis-je.

 - Expliquez-vous! Votre travail ne vous plaît plus?

 - Ce n'est pas seulement ça.

 - Comment ça?

 - Oui, ce n'est pas... comment pourrais-je vous expliquer?...

 - Avez-vous besoin de vacances? Êtes-vous souffrant? Est-ce qu'il s'agit de votre salaire?

 - Rien de tout ça.

 - Alors?

 - Alors, je trouve que la vie que nous menons, vous, moi, tout le monde, n'a pas de sens.
 
 - Vous avez besoin de vacances...

 - Non, coupai-je, je n'ai pas besoin de vacances mais d'une autre vie.

 Mon directeur rangea sa cravate. Puis il me demanda, quasi paternellement:

 - Êtes-vous heureux avec nous?

 - Je ne suis ni heureux, ni malheureux, lui répondis-je... Après tout, je crois que vous avez raison, j'ai peut-être besoin de vacances.

 Sur ses bonnes paroles, mon directeur me fit un énorme sourire. Il était était rassuré, il pouvait ainsi dormir en toute quiétude sur ses deux oreilles. Et il m’autorisa à prendre des vacances... à suivre

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25/02/2013

Cahier des Ecoles no.5

En tant que recteur de l'École de Journalisme de Genève, j'ai le plaisir de vous "livrer" le travail d'examen du premier semestre de nos chers étudiants...

Cahier des Ecoles 5.pdf

cahier des écoles

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Le dieu helvète (8, à suivre)

18


 ... la mort est en chacun de nous. Elle est là, seconde après seconde, et nous avons peur d’elle. Elle est là mais nous sommes incapables de la voir telle qu'elle est. Car nous pensons à elle au lieu de la regarder en face. Cette mort est liée à des images obscures et macabres, des images qui ont été cultivées par l'esprit. Mais en vérité la mort est tout à fait autre chose: elle fait partie de la vie  seconde après seconde. La vie n'aurait pas de sens sans la mort: elle serait monotone, mécanique, absurde... Et nous bâtissons des murs pour ne pas regarder la mort en face, recherchant ainsi une certaine sécurité. Mais les murs se brisent aux forces de la vie car ils sont fragiles... et dans le désespoir nous essayons de les reconstruire ou d’en construire d’autres. Mais la vie, la mort est invincible... Vivre, vivre réellement, c'est mourir seconde après seconde aux idées du passé, aux idées de la mort, car elle porte chaque jour un autre visage...


19


 - Le rendement de votre service a rudement baissé, me dit mon chef d’un ton accusateur.

 - Ce n'est pas possible.

 - Ce n’est pas possible, c'est certain.

 - La crise.

 -Non, ce n'est pas la crise, c'est vous qui travaillez moins bien.

 - Comment est-ce possible?

 - Je vous le demande... Vous rêvez trop ces temps-ci. Soyez donc plus sur terre, plus avec nous et tâchez de moins rêvasser à vos... à votre roman!

 - Quel roman?

 - Je vous en prie! Ne prenez pas les gens pour des imbéciles. Tout le monde ici est au courant que vous êtes en train d’ écrire un livre...

 Comme les choses vont vite, me dis-je. J'ai eu tort de me confier à quelques-uns de mes collègues de travail. Et tous les moyens sont bons pour trouver un coupable, pour justifier une situation alarmante!


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 ... aujourd'hui, jour de fatigue, jour de travail... Le soir pour oublier tout ça, je ne pense qu’à l’amour... vulgairement, avec violence...

 C'est ainsi qu’agit l’homme bestiale qui se trouve dans un profond état de fatigue mentale, pensai-je. Le sexe est un échappatoire... à suivre

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24/02/2013

Le dieu helvète (7, à suivre)

16


 Dimanche, c’est dimanche! Mais pour un artiste, il n' y a pas de dimanche. Et encore moins pour un écrivain.

 ... je cherche, je cherche une solution à mes problèmes, une solution aux problèmes de l’humanité. Et je me pose toujours les mêmes et éternelles questions: que faire? Comment agir? Y-a-t-il finalement une solution?... J'ai choisi un métier, un second métier, difficile mais qui peut apporter quelque chose à l'humanité... Je doute, je doute constamment. Qu'ai-je fait à Dieu pour mériter cela?... Je suis un hypocrite. Mon comportement et mes idées sont deux mondes bien différents. La preuve: je prêche l'amour de l'humanité et j'abandonne ma femme et mes enfants...

 Je biffai cela, ce que je venais d’écrire et commandai un autre café.


 Cinq minutes plus tard, après avoir avalé ma deuxième boisson, un couple entra et s'installa à un table voisine.

 La femme était face à moi. Son visage était pâle et inquiet, fatigué sans doute par des nuits de déboire. Je crus voir une morte, sortie tout droit des ténèbres.

 Est-elle sortie spécialement pour moi, pour m’apporter un message? me demandai-je. Mais quel message? Que l’enfer n’est pas le paradis? Tout le monde le sait. Non, pour me dire sûrement que la vie est un enfer.

 Je me remis à écrire.

 ... cervelle, ô ma cervelle! Rien n'est plus beau que la beauté d'un visage qui reflète l'innocence et la spontanéité de l’enfance... Ma jeunesse est bien loin, mon enfance est morte. Le sexe a foutu en l'air bien des sentiments profonds... Cervelle, ô cervelle! À quoi joues-tu?...

 Et je biffai de nouveau ce que je venais d’écrire.

 L’enfer est en nous, me dis-je. Mon âme est aussi pâle et inquiète que le visage de cette femme qui se trouve en face de moi. Nous menons une vie de cons!


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 - Le désert... c’est presque le désert. Ou un océan calme, très calme.

 - Que voyez-vous d' autre?

 - J’aimerais...  ne voir que ça.

 - Ce n'est pas ce que je vous demande.

 - Que me demandez-vous alors?

 - Commençons par le commencement. Soyez donc concentré. Que voyez-vous à l’instant?

 - Je vois un monde désordonné, des hommes malades, intérieurement malades, des femmes malades, des femmes en train de se prostituer... des femmes violées, des esprits violés, psychologiquement violés par une publicité mensongère. Je vois aussi des politiciens en train de se remplir les poches avec l'argent du peuple. Et des colonels en train de prédire des guerres imaginaires afin de justifier leur énorme salaire. Ils s’engraissent à la barbe de la société, qu'ils mettent plus en danger qu'autre chose. Je vois des curés, des cardinaux, des moines et des nonnes en train de prier Dieu, pour oublier qu'ils ont un sexe  comme tout le monde. Je vois l'hypocrisie fleurir à chaque coin de rue. Je vois toute l'absurdité de notre société et où nous mène tout ça...

 - C’est-à-dire?
 
 - C’est-à-dire à la violence, aux guerres.

 - Que voyez-vous d’autre?
 
 - C’est déjà pas mal, non?

 - Alors, c'est tout pour aujourd’hui, me dit  le psy.

 - Quel est votre diagnostic? lui demandai-je.

 - C'est encore trop tôt...

 Je quittai mon psy, son canapé, ses papillons en encre noire et ses questions étranges... oui, je le quittai pour toujours car j’eus l’impression ce jour-là, en sortant de son cabinet, que c’était moi qui faisait le boulot et c’était lui qui encaissait.

 A part la chirurgie, tout le reste c'est du pipi d'intellectuel, me dis-je une fois dans la rue. Et je ne suis pas assez riche pour enrichir les parasites... à suivre

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23/02/2013

Le dieu helvète (6, à suivre)

14

 Je quittai ma femme, mes enfants et mon chez moi pour nulle part. Je ne pouvait pas faire autrement. Un poids est un poids. Mais un poids au coeur, c’est la pire des choses.
 
 Et par hygiène et pour ne pas rester seul le soir, je téléphonai à Paulette.

 - Il faut que je te vois, lui dis-je. Je peux passer te voir?

 - Pourquoi faire?

 - Pour te voir tout simplement.

 - Es-tu certain?

 - Non...

 Alors Paulette m’invita. Je lui dis tout. Elle m' offrit un verre de vin, des oeufs au plat puis, au bout d’une heure, son corps qui était aussi montagneux que la belle Helvétie.

 Paulette poussa son dernier gémissement de la soirée puis elle me dit d'une voix essoufflée:

 - Glarus, tu fais l'amour comme un dieu... un dieu helvète.

 Je lui souris.

 -Pourquoi as-tu souri? me demanda-t-elle.

 - Parce que, sans le savoir, tu viens de citer le titre de mon futur roman.

 - C’est vrai?

 - Oui, c'est vrai... Mon roman s’intitulera “Le dieu helvète”.

 - Pourquoi ce titre?

 - Par amour de mon pays. Non, par rage... “Le dieu helvète”, c'est l'histoire d'un homme sincère et honnête, un saint, un dieu qui décide un jour de dire à la face du monde les quatre vérités. Il s' attaquera donc aux dirigeants de son pays et à un autre dieu helvète, le dieu de l’argent, du pouvoir et des intrigues. Ça sera ça mon roman.

 - Tu es perdant d'avance.


15


 La nuit n’appartient pas aux hommes, j’en suis persuadé.

 Un nuit, j’étais en  train de relire ce que j’avais écrit la journée, chez Paulette, dans son lit évidemment. Paulette n’était pas là, elle était de service jusqu’à vingt-trois heures. Ah, je crois que j’ai oublié de vous le dire: Paulette est infirmière, elle travaillait dans un hôpital helvète au service des bras et des jambes cassés. J'étais donc concentré sur mon texte, lorsque brusquement on sonna à la porte avec insistance.

 Je regardai ma montre. Il n’était que dix heures et demi du soir.

 Qui peut-il bien être? me demandai-je.

 Je me levai sur les pointes des pieds et comme un voleur j'allai guigner par le judas... On sonnait toujours.

 - C'est bon, c'est bon! criai-je et j'ouvris la porte.

 Paulette était là comme paralysée, le visage en larmes et ses habits déchirés.

 - Que s’est-il passé, bon Dieu? lui demandai-je avec stupeur.

 Paulette se jeta dans mes bras et se mit fortement à trembler.

 - Que s’est-il passé? lui demandai-je de nouveau.

 Elle ne me répondit pas. Je refermai la porte et conduisis Paulette dans la chambre à coucher.

 Je l’aidai à s'allonger sur son lit et je m'assis à côté d’elle.

 - Tu veux que j' appelle la police? lui dis-je, ayant imaginé le pire

 Elle me dit non avec la tête, cacha son visage dans ses mains et elle se mit à pleurer.
 
 J’étais très ennuyé et profondément déçu de toute l’humanité.

 Puis Paulette se blottit contre moi.

 - Ils était plusieurs? lui demandai-je en lui caressant le visage. Des jeunes? Ils étaient plusieurs ou un seul?

 - Deux, me répondit-elle après quelques secondes d’hésitation. Mais c’était comme s'ils étaient dix.

 Les salauds! me dis-je, en pensant à ces deux inconnus.

 Et  des images atroces surgirent du fond de ma mémoire et je revis des scènes de films documentaires, abominables. Des scènes d’exécution et des scènes où l’on voit  des squelettes vivants marcher au ralenti: des hommes, des femmes et des enfants. Des rescapés des camps de concentration nazis.

 Quelle honte pour l’humanité! me dis-je. Quelle honte pour ceux qui ont toléré cela! Quelle honte pour ceux qui n’ont pas réagi face à ces atrocités!... Et dire qu’il y a eu un Pape qui a béni des canons. Et des hommes d'église qui ont condamné au bûcher des femmes et des hommes savants... Où est Dieu après tout ça? Où est-il, bon Dieu?

 Paulette se doucha, se frotta fortement avec un savon, se redoucha, se frotta  de nouveau avec un autre savon, un savon plus désinfectant.

 Mais hélas! pensai-je. On n’efface pas ça comme ça, les cicatrises intérieures sont difficiles à faire disparaître voire impossibles.

 Paulette ne posa pas plainte de peur que l’on dise des méchancetés derrière son dos. Par exemple: elle les a peut-être ou sûrement provoqués. Pour moi, c'était clair et net: Paulette fut violée en allant acheter des cigarettes, aux environs de vingt-deux heures, dans une rue déserte près de l’hôpital, parce que la cantine était fermée à cette heure-ci... à suivre

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22/02/2013

Le dieu helvète (5, à suivre)

11


 L’humanité est à refaire, pensai-je. Oui, elle est totalement à refaire. Mais comment? Avec un stylo, on ne peut pas aller bien loin. On trouve des adeptes à chaque coin de rue, certes. Mais malheureusement ces adeptes sont des êtres sur qui on ne peut pas compter. Pour un oui ou pour un non, ils s’envolent comme des sauterelles. La jeunesse n’a aucun idéal et les vieux ne cessent de s’enfoncer dans leur passé. Les enfants ne savent plus qui écouter. Ils n'osent plus poser de questions car on leur boucle le bec avant même qu'ils s’apprêtent à ouvrir leur bouche. Il n'y a plus de visage sentant bon la fraîcheur de vivre. I1 n’y a plus que des gueules agressives, des gueules à faire vomir...
 
 J'avalai d'un trait mon pastis, mis deux francs sur la table et quittai l'établissement.


12


 Ce n’est pas le moment de renoncer, me dis-je. Mais que dira Bella? Il faudra que je lui cache la vérité. Après tout, j'ai tout les droits. Ce n'est tout de même pas une femme qui fera la loi chez moi.

 J’entrai dans une papeterie et j'achetai un cahier. Et me voilà de nouveau face à ma  belle Helvétie.


13


 - Rien de neuf?

 - Si.

 - Quoi?

 - La folie.

 - Quelle folie?

 - La tienne.

 - Qu’en sais-tu?

 -Tout le monde en parle.

 - Mais, bon sang! à quoi sommes-nous en train de jouer?

 - Tu le sais bien.

- Non, je ne le sais pas!... Mais qu'est-ce que tu as à me faire la gueule? Je n'ai tué personne que je sache! J’ai seulement insulté le maire.

 - Tu as eu tort.

 - Ah! C' est en somme à cause de ça?

 - Ça et tout le reste.

 - Quoi encore?

 - Réfléchis.

 - Réfléchis!

 - Alors rappelle-toi.

 - Me rappeler quoi?

 - Les jours où ton comportement frisait la folie

 - N 'importe quoi!

 - Ça pourrait te coûter cher.

 - De quoi m'accuse-t-on?
 
 - De trahison.
 
 - Encore un coup du maire.
 
 - Les autres aussi pensent comme lui.

 - Qui ça les autres?

 - Le maître d’école, le chef des pompiers et le pasteur.

 - Les plus idiots en somme .

 - Je ne suis pas de cet avis.

 - Le contraire m’aurait étonné .

 - C’est la vérité.

 - Je n’ en doute pas .

 - Mets-toi à ma place.

 - Non, merci, je préfère rester à la mienne aussi inconfortable soit-elle... Finalement, je suis content que l 'on me prenne pour un fou, un désaxé, un marginal...
 
 - Tu as tort de penser ça de toi.

 - Plaît-il?

 - J’ai dit: tu as tort de penser ça de toi. Tu dois penser avant tout que tu es mon mari, le père de tes enfants et un employé de laboratoire... et non pas de n’importe quel laboratoire...

 - Qui fabrique, fabrique et refabrique des poisons que l'on vend pour des médicaments.

 - Ce n 'est pas vrai

 - Disons! Et quoi encore?
 
- Que tu travailles dans une grande ville et que tu habites dans une petite commune qui a grand besoin de toi.

 - Du vent.

 - Parfaitement le conseil municipale a besoin de toi.

 - Ça ne m’intéresse pas.

 - Évidemment, tu préfères écrire des âneries.

 - Parfaitement! Mais mes âneries sont sûrement moins idiotes que les discours du maire... avec sa grande gueule et ses idées de je ne sais où. Et puis de quel droit juges-tu mes écrits? Tu n 'a jamais lu une seule de mes phrases.

 - Tu te trompes, mon cher .

 - Impossible.

 - Tu te trompes, Glarus. Sache qu’un homme distrait laisse toujours derrière lui les traces de sa culpabilité.

 - ...

 - Veux-tu une preuve?

 - ...

- Le dieu helvète, ça te dit quelque chose?

 - Alors?

 - Je l'ai lu puis je l'ai jeté au feu.

 - Tu as fait ça?

 - Oui, j'ai fait ça pour ton bien.

 - Mais c'est un crime!

 - Je t'en prie! Faut tout de même pas exagérer.

 - Mais qu'est-ce qu'il t'a prit?

 -J'ai estimé que tu pouvait faire mieux. Tu as vraiment écrit n'importe quoi n’importe comment...

 - Jeter au feu le commencement d'un roman, c'est la plus grande insulte que l'on peut faire à un écrivain.

 - Peut-être.

 - Alors pourquoi l'as-tu fait?

 - Parce que toi, tu n'es pas un écrivain.

 - Qu'en sais-tu? Et puis qu'est-ce que c’est pour toi un écrivain?

 - Un écrivain?

 - Oui, un écrivain, qu’est-ce que c' est pour toi?

 - Un homme qui vit de sa plume.

 - Un homme qui vit de sa plume!

 - Tu vis de ta plume, toi? Non, alors?

 - Il faut bien commencer une fois, bon sang!

 - Certainement! Mais non pas par des âneries. 

 - Ça va, ça va!... à suivre

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21/02/2013

Le dieu helvète (4, à suivre)

8


 Quelques jours plus tard. Ma femme avait été mise au courant de ma décision le soir-même, après que nous avions avalé les éternelles salades du service des actualités télévisées

 Je n'ai pas peur de pratiquer mon nouveau métier d’écrivain, pensai-je. Seule ma femme a peur car, pour l’instant, ça ne rapporte rien. Heureusement, j'ai quelques économies à la banque. Mais je crois qu’elles vont vite s’envoler.

 Mon patron m’avait accordé un congé exceptionnel de trois mois, à mes frais bien entendu. Ce n'était pas un mauvais type après tout.

9


 Et au bout de  dix jours seulement.

 L'Homme, mérite-t-il que l'on vienne à son secours? me demandai-je.

 Je repris donc bêtement mon travail. Je m’arrangeai avec mon patron... moins bien avec mon directeur et très mal avec mon chef. Question de jalousie sûrement: j’étais bien vu du patron. Oh! Il ne me fit pas de cadeau. Les jours de mon escapade furent déduits de mes trois semaines de vacances.

 On devient vite esclave d’une habitude, me dis-je. La plupart des hommes sont morts avant de mourir.

 Et je dis à ma femme que je renonçais à ce projet d'écrire un livre-bombe. Mais que je renonçais pas à écrire pour autant.
 
 Bella, mon épouse, me répondit que j’avais enfin mis ma tête en place et que c’était mieux ainsi, car j'aurais eu les pires ennemis du monde à mes trousses pour rien du tout...



10


 - Les rues étaient... j'aimerais bien parler des rues de mon enfance, de mon adolescence mais mon esprit est préoccupé par des problèmes universels. C’est-à-dire: le bonheur de l’homme... Mais tous les imbéciles de la terre se sont mis d'accord pour classer mes bonnes intentions dans la catégorie des rêves insensés et naïfs... Je sais, je rêve souvent. Je rêve d’une planète paradisiaque où l’homme pourrait s’éclore dans toute sa nudité. Mais! Les esprit sombres font de tout pour qu’un tel rêve ne puisse pas se réaliser...

 -Votre récit est très poétique, me dit le psy.

 Je redressai ma tête.

 - Non, non, restez couché! m’ordonna-t-il. Parlez-moi tout de même des rues.

- Mais pourquoi? demandai-je au psy, qui commençait à m'agacer sérieusement.

 -Les rues ont une signification bien précises, m’expliqua-t-il. Parlez-moi d’une  rue qui vous a profondément marqué .

 - Une rue qui m’a profondément marqué? Je vois... Je commence à voir... Je vois une rue dorée. C'est le matin, tout est beau, tout respire la joie de vivre. Subitement, je vois la même rue... violette, c’est presque le soir. Des chauves-souris, des hommes étranges, des êtres...

 - Que font-ils?

 - Ils passent comme des être mystérieux...

 - C'est-à-dire?

 - C'est-à-dire: sans laisser la moindre trace. Personne ne sait qui ils sont, pourquoi ils passent par là et où ils vont...

 - C’est bien! C’est assez pour aujourd’hui... à suivre

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20/02/2013

Le dieu helvète (3, à suivre)

5


 - La guerre est inévitable dans ces pays.
 
 - Alors à quoi ça sert, les organisations internationales?
 
 - A remplir les salles de conférence.

 - Mais c'est absurde!

 - Je ne te le fais pas dire.
 
- On peut tout de même essayer de faire quelque chose.

 - Quoi?

 - Agir.

 -On peut... mais le monde restera monde.

 - Moi, j'ai une idée.

 - Quelle idée?

 - Écrire un livre.

 Maurice éclata de rire puis il me dit:

 - Mais des milliers de types ont eu cette idée avant toi, Glarus... Et le monde est resté monde.

 - Je suis d' accord avec toi, dis-je. Mais moi, j’écrirai un livre unique, explosif. Une vraie bombe!

 -Tu est un grand naïf, Glarus, me dit Maurice. Écris plutôt un livre pornographique, si tu as envie d'écrire...

 - Non, Maurice, la pornographie ne m'intéresse pas. On la croise à chaque coin de rue. Il n'y a qu'à regarder le visage des gens.

6


 Les églises sont pleines de saints, pleines de dieux et le monde est toujours monde. Qu’est-ce que 1’on pourrait faire contre ça, bon Dieu? On tue au nom d’une religion, au nom de tout et de rien. On tue sans cesse les bons et les mauvais. On tue! Les gouvernements donnent l'exemple de tuer: ils tuent ceux qui ont tué. Et la société ne change pas pour autant. Alors à quoi servent les exemples? Cesserons-nous un jour de tuer? Les églises sont pleines d’hypocrites.

7


 Le soir, je rentrai chez moi comme les autres jours après le travail.

 Après s' être lavée les mains comme  d'habitude, la famille se mit à table. Ma femme avait préparé une bonne soupe aux légumes.

 - Je ne veux pas la soupe, dit ma fille.

 - Tu dois manger la soupe, elle est pleine de vitamines, lui dit sa mère.

 - Je n’ai pas envie, insista ma fille.
 
 - Tu dois la manger tout de même, dis-je avec sévérité.

 - Le ne l’aime pas.

 -Tu l'as goûtée au moins?

 - Non, mais je ne l'aime pas.

 - Goutte-la!

 - Je ne l'aime pas.

 - Goutte-la au moins, bon sang!

 Ma fille goutta la soupe et la cracha aussitôt.

 L'idée! me dis-je, plus tard en pensant à ma fille, en fumant un cigare allongé sur le divan du salon. L'idée: fabrication curieuse de l’esprit. Elle nous empêche souvent de voir clair, de voir les beautés de la vie  telles quelles... L' idée: source de plaisir et de souffrance, la mort avant la mort... à suivre

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19/02/2013

Le dieu helvète (2, à suivre)

2


 - Ton coup ne réussira jamais, Glarus .

 -Qui te parle de coup? J’ai décidé d’écrire une bombe et rien de plus. Et je te garantis que j’irai jusqu’au bout de mon projet...
 
- Impossible, ils te couperont l'herbe sous les pieds avant...
 
 - Ma chère Paulette, je vais peut-être te vexer mais tant pis!... Sache que les seules choses qui me plaisent en toi, ce sont ton cul et tes seins.

 Paulette, que je venais de rencontrer par hasard, après tant d'années, me sourit, se leva et me quitta. C’était inévitable.

 Quel con je suis, me dis-je. J'ai perdu une belle occasion de passer une agréable heure entre les cuisses d’une désaxée sexuelle.

 Mais heureusement pour moi, les pages vierges de mon cahier me rappelèrent qu’ il était temps de commencer le fameux combat de crachats de mots.

 - Un ristretto, s’il vous plaît, dis-je au garçon et je me mis aussitôt à écrire...

3


 Troisième bistro, troisième boisson. J’arrachai trois pages à mon cahier. Je n'avais encore rien écrit de valable, d’explosif.
 

4


 Onze heures, quatrième bistro, troisième café-crème.

 Ça commence à venir, me dis-je.

 Je sentis mon visage devenir de plus en plus fiévreux.

 Je me frottai les yeux. Ils me piquaient. Mon coeur se mit à battre comme un fou.

 C'est le début d'une grande bataille, pensai-je. C'est la peur avant le combat. La peur de l'ennemi. La peur de ne pas revenir sain et sauf.

 Ma main se mit à trembler. Mon stylo n'était plus un stylo mais une épée lourde et tranchante comme une lame de rasseoir. Et je mis sur le papier tout ce qui se passait autour de moi et tout ce qui traversait mon esprit:

 Un tram s' arrête, des gens descendent. Des hommes et des femmes. Des femmes laides, grasses et des femmes avec des cheveux teints, décolorés ou coiffées d’une perruque... La place où s' arrête le tram est maintenant vide. Un vieil homme, non, non, ça va trop vite, impossible de tout décrire, de décrire... De l'autre côté de la place, il y a un arbre. Il est grand et beau. Il semble résister aux violentes attaques de notre civilisation. Les déchets chimiques. Le gaz des voitures. Des hommes traversent la rue. On dirait des... impossible de les décrire, ils sont trop absents. Absent! Ce mot me rappelle mon travail avec toute  son absurdité. Le vieil homme de tout à l'heure retraverse la rue mais cette fois-ci avec une valise. Comme tout peut changer d’une seconde à l’autre! Qu’est-ce que la réalité finalement? Qu’est-ce qu’un mot?... à suivre

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18/02/2013

Le dieu helvète (1, à suivre)

1

 Tout commença le jour où...

 Le soleil se leva comme d'habitude ce matin-là. Moi aussi. Mais avec la seule différence que le soleil se leva avec splendeur et dignité et dans la toute grande beauté du ciel, tandis que moi je me levai comme un chien la queue entre les jambes raides et puant le dur et insensé labeur de la veille.

 Je me levai donc comme un grand garçon, m'habillai comme un vieux et quittai mon  chez moi comme un aveugle, après avoir embrassé ma femme et mes enfants encore en plein sommeil, pour le monde bien connu du travail.

 Mais!

 Parfaitement! Il n'est pas forcément nécessaire d'être fou ou fils de riche pour décider subitement de changer son mode de vie. Et c'est ce que je fis! Adieu donc mon patron, mon directeur, mon chef et tout le reste!

 Je décidai de devenir enfin quelqu’un.  Mieux que ça: redevenir moi-même. C'est-à-dire un homme avec ses vrais défauts et ses vraies qualités. Et de réaliser un vieux rêve: écrire en toute liberté, dire à la face du monde les quatre vérités.

 Je rentrai dans un café et commandai un thé au lait et un croissant. Trois minutes plus tard, mon petit déjeuner était sur la table, une table en bois qui brillait comme un miroir.

 -Vous voulez le journal? me demanda la serveuse après m'avoir servi.

 - Non, merci, répondis-je, avec simplicité. C’est tous les jours la même chose, continuai-je avec un léger sourire au bout des lèvres .

 - Vous avez raison, Monsieur. Nous vivons dans un drôle de monde, fit la serveuse.

 Elle semblait sincère et sur son visage, on pouvait lire qu'elle avait rudement souffert.

 Je ne répondis pas. Mais au fond de moi-même, j'étais d'accord avec elle.

 - Ils font de nous ce qu'ils veulent, fit-elle.

 -Qui ça, ils? demandai-je.

 - Les salauds, ceux qui nous dirigent, me répondit-elle avec rage.

 - Ceux qui font de la politique?
 
 - C’est ça, c’est bien ça.
 
 - Eh bien, il faut réagir

 -Réagir? Comment voulez-vous réagir? Avec quels moyens?

 -Eh oui, dis-je en soupirant.

 Puis la serveuse se retira...

 Je restai donc seul, les yeux face à la brillance de la table et surtout face à un avenir un peu moins brillant.

 Je dévorai mon croissant et je bus tranquillement mon thé. Non, pas tranquillement. En vérité une montagne d’ idées traversèrent mon cerveau pendant ces quelques minutes. Un tas d'images sombres et un tas de rêves aussi. Je  revis mon patron avec son visage d'exploiteur, mon directeur avec sa grande gueule et mon chef avec son sourire  d'hypocrite. Et je vis un cahier vierge et un stylo aussi précis qu'un fusil, un stylo capable de me suivre et de cracher des mots précis. Oui, je vis tout ça...

 Une demi heure plus tard, une fois les magasins ouverts, j’achetai un cahier et un stylo-feutre. J’étais heureux comme un enfant, j'étais prêt à me battre à ma façon contre toute l'absurdité du monde... à suivre

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17/02/2013

Mémoire inachevée (6, fin)

 Qui est-elle? Nous commandons un thé de Chine et un café crème. Le thé de Chine pour elle. Bon sang! qui est-elle? Connaître. Reconnaître. Un perpétuel va-et-vient de comparaisons. Ça je le sais. Parce que ce mécanisme fait défaut. Chez moi. Dans ma cervelle. Ou ma psyché. Ou mon âme. On sait si peu de choses. Vous souffrez de quoi exactement? Elle a un petit accent. Pour ça ma mémoire est capable de fonctionner normalement. Ai-je été un spécialiste en phonétique ou en phonologie? J'ai des trous de mémoire. Amnésique? Non, ma mémoire est inachevée, dit-on. Étrange définition. Une étiquette de plus. C'est suite à un accident? Suite à un hasard. Tout est hasard. Ou conséquence. On sème et on récolte. Vivre c'est risquer. Mais risquer ce n'est pas vivre. Elle sourit. Vous êtes heureux? Il m'est impossible de répondre. Pourquoi? Parce que tout jugement, toute hypothèse empêche le bonheur de surgir. Je ne comprends pas. Le vide est le vrai bonheur. Le vide? Le silence de l'âme. En somme, d'après vous, être heureux c'est vivre sans passions. Oui, c'est le nuage qui se laisse emporter par le vent. Sans résister? Sans résister. Et le malheur qu'est-ce que c'est selon vous? L'affolement de la mémoire. Une mémoire trop achevée. Qui subit les directives de la logique. D'une logique chargée d'interdits. Et l'amour? Seul l'amour connaît la réponse. En d'autres termes? Il n'y a pas de termes pour définir l'amour. L'amour est indéfinissable. Je vous trouvais moins philosophe avant. Avant? Quand j'étais votre élève. Je ne m'en souviens pas. Qu'est-ce que j'enseignais? La littérature. La littérature comparée. Je devais vivre dans l'erreur... Je sors la photographie de Paula de la poche de ma veste. Je la montre à l'étudiante. Vous connaissez? Non. C'est qui? Sûrement quelqu'un que j'ai dû connaître. Dans une autre vie. Vous plaisantez? Je ne sais pas. Vous croyez à la réincarnation? Je ne crois qu'à ce que je ressens. Seconde après seconde. J'ai de la peine à vous suivre. Je vous comprends. Paula me sourit. Sensation. Je lui souris. Il faut que je vous quitte, me dit l'étudiante. Je ne suis plus intéressant, n'est-ce pas? Non, pas du tout, c'est à cause de mon ami. Il doit sûrement m'attendre. Nous allons bientôt nous marier. Le mariage! Deux imperfections unies pour créer la perfection. On se voit quand la prochaine fois? J'habite au 123 de la rue... Merde, merde et merde! Ça ne fait rien, je trouverai dans l'annuaire téléphonique. Voilà un utile point de repère. Faut y penser au bon moment. Au bon moment. Mais il y a des moments où tout s'efface. Plus rien. Le vide. Elle se lève. Je me lève aussi. Par politesse. Que de fois j'ai dû être impoli! À moins que les gestes inculqués depuis la plus tendre enfance restent inscrits à jamais dans la mémoire. À bientôt. À très bientôt. Elle disparaît de ma vue. Je reste seul. Seul avec Paula. Paula m'intrigue. Qui est-ce, qui est-ce, qui est-ce? Désolé, Paula, il faut que je te déchire. Pour mon bien. Pour le tien aussi. Qui sait! Il ne faut pas que je me fasse des idées. De fausses idées. S'accroche-t-on à une image quand on n'a rien? La pensée s'accroche toujours à... À un point dans l'espace. Pour devenir le centre de quelque chose. De quoi? Le foyer d'une multitude d'illusions. Je te déchire ou je ne te déchire pas? Non, je t'abandonne sur la table. Adieu fantôme. Je paye les consommations et je m'en vais...

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16/02/2013

Mémoire inachevée (5, à suivre)

 Miracle. Les miracles de l'existence sont des étincelles qui illuminent la mémoire. Des étincelles venues de je ne sais où. Des étincelles qui voyagent. Qui ne connaissent ni début ni fin. Ou qui datent du début de la vie. Engendrées par le grand éclatement. L'incommensurable explosion. La transformation subite d'une énergie super concentrée en une matière qui circule. Je pense que c'est ça. La vie est matière qui circule. Qui s'est organisée en cycles. Un affolement qui s'est organisé pour survivre. Je marche. Je me sens libre. Libéré de toute pression. Des pressions sociales surtout. Le mensonge paye parfois. Un mensonge exigé par l'âme. Pour sa survie. Dupont n'est pas un ami de la famille. Parce que je n'ai pas de famille. Et l'amitié est une question de mémoire. Et je n'ai pas de mémoire. Ou si peu. Juste ce qu'il faut pour me laisser vivre. La faute à qui? À l'étude de la sagesse? J'ai voulu me libérer de tout. Alors le tout a désorganisé mon système de penser. De raisonner. L'a organisé différemment. Je n'appartiens plus à ce monde. Dont la mémoire est devenue un outil si dangereux. Qui véhicule la haine. La vengeance. La discrimination raciale. Sociale. Au sein d'une entreprise. Au sein d'une famille. D'un groupe. D'où je connais Dupont? Du journal? Quel journal? Quand? J'aime marcher. Personne ne me retient. Personne ne m'attend. Financièrement, l'état s'occupe de moi. Mois après mois. Vraiment? On me téléphone. On m'ordonne de me présenter à tel endroit. Ou à tel autre endroit. Est-ce toujours le même endroit? Souvent. On vient me chercher en taxi. Et après? Mais pourquoi toutes ces questions? Je suis fatigué. Ma cervelle est un volcan. Qui crache des images. Sans queue ni tête. Je sors la photographie de Paula de ma poche. De ma veste. Qui es-tu Paula? Où suis-je? Je perds le nord. Bon Dieu! Du calme, du calme. J'ai envie de pleurer. De rire. Je range la photographie dans ma poche. Je traverse la route. Un coup de klaxon. On a failli m'écraser. Taré! Je ne réponds pas. A quoi bon? Subitement je sens une main sur mon épaule. Je me retourne. Une jeune femme me sourit. Froidement. Merci pour m'avoir posé un lapin. On se connaît? Excusez-moi, je suis complètement perdu. Des problèmes? Je ne sais plus où j'en suis. Vous ne vous souvenez pas de moi? Situez-vous. L'étudiante. L'étudiante? Dans le tram, nous nous sommes donné rendez-vous. Vous n'êtes pas venu. J'ai dû oublier. Je vous ai attendu. Je suis désolé. Trop de travail sans doute? Non, j'ai oublié. Ça vous arrive souvent. Très souvent probablement. Vous avez encore des amis? De moins en moins, mais aussi de moins en moins d'ennemis. Vous avez du temps maintenant? Je n'ai rien à faire. On se boit un café quelque part? Si vous voulez. Je veux bien. Et les petits mots se transforment en petites réalités. Surtout quand ils sont pris à la lettre... à suivre

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15/02/2013

Mémoire inachevée (4, à suivre)

 Murs gris. Bureau et meubles métalliques. Assis confortablement dans un fauteuil de cuir un homme me regarde. Commissaire Xpz. Il s'est mal présenté. Ou j'ai mal entendu. Ou c'était voulu. Nom, prénom, date de naissance et adresse. Quelle froideur! Vos papiers. Quelle impatience! Vous savez pourquoi vous êtes ici? Je ne suis pas ici. On m'y a amené. De force. Je fais mon métier. Quel beau métier! Alors, ça vient vos papiers? Je ne sais plus où ils sont. J'ai dû les mettre dans un tiroir. À la maison. Où habitez-vous? Chez moi. Stupide réponse. Pas tout le monde habite chez lui. Cessez de jouer au con!  Qu'est-ce que je risque? La chaise électrique? Nous ne sommes pas aux États-Unis. Dans un état de fous. Heureusement. Le commissaire m'a dit quelque chose. J'étais ailleurs. Sur un nuage. Rose. Au pays de la liberté. Vous allez mal finir, hurle l'homme de l'ordre. Il parle pour parler. Il ignore tout de la psyché humaine. Il aurait dû étudier les mécanismes mentaux. Les caprices de la nature. Les différences culturelles. Non, il ne s'est entraîné qu'à charger et à décharger son pistolet. Ou revolver. Ou sa carabine. Où va l'humanité? Vos papiers pour la xième fois. Justifications. Attestations. Certificats. Diplômes. D'honneur ou d'ailleurs. Valeurs sans valeur. Valeurs d'un homme du passé. Car à présent je suis un individu tout différent. Une partie de mon savoir s'est perdue dans le désert de ma mémoire. Des acquis enfouis dans le sable. Les justificatifs me concernant ne valent plus un sou. Ne justifient rien. Je suis un grand malade, Monsieur le commissaire. Et moi le Pape. Que Dieu vous bénisse alors. Vous avez de la chance que je suis de bonne humeur aujourd'hui. Qu'est-ce ça doit être lorsqu'il est de mauvais poil? Je suis désolé mais j'ai des problèmes de mémoire. Vous avez un certificat? Et voilà que ça recommence. Sûrement dans ma commode. Chez vous bien entendu. Probablement. Évidemment! Videz vos poches, m'ordonne agressivement le policier en civil. J'obéis. Je n'ai rien à cacher. Je vide toutes mes poches. Mes clés. Mon agenda. Un stylo. Un billet de vingt francs. Trois pièces de deux francs. Et une carte postale. La photographie de Paula, je suppose. Bizarre! Je croyais qu'elle était dans la commode. Avec ma carte d'identité et mon passeport. Le commissaire feuillette mon agenda. Vous arrivez à écrire? C'est cyclique. Vous arrivez, oui ou non? Est-il flic ou médecin? Il faut que je trouve un moyen pour me libérer de ce despote. De ce violeur psychologique. J'invente. Téléphonez à votre patron. Il est au courant de mon cas. Mon patron? Pourquoi, Dupont n'est pas votre patron? Vous connaissez le divisionnaire Dupont? C'est un ami de la famille. Il fallait le dire plus tôt. Son visage n'est plus le même. L'homme s'est métamorphosé. En quelqu'un de bien. Est-ce à cause ou grâce à la peur? La peur du grand chef. Vous pouvez partir. Je ramasse mes affaires. Il me montre la direction de la sortie. Je quitte le commissariat. Cette antichambre de l'absurde... à suivre

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14/02/2013

Mémoire inachevée (3, à suivre)

 L'amour. J'ignore tout de l'amour. Seul le verbe aimer m'est familier. A la forme interrogative. À la forme négative. Au conditionnel. Une clé magique qui ouvre une porte fabuleuse. Au pays de l'imagination. Puis subitement, c'est le brouillard. Le vide. Le néant. Merde! Quelle guigne! Je me beurre une tartine. J'y ajoute de la  confiture. De gingembre. Je mange. Je digère. Je sors la photographie de la petite fille de la commode. Examen approfondi. L'épreuve porte une signature. Visible. Nettement visible. Que je viens de découvrir? Pourquoi ne l'ai-je pas remarquée avant? Où étais-je en regardant? Voit-on avec notre mémoire? Paula. C'est son nom. Ou simplement une signature. Qui ne correspond pas au portrait. On signe aussi pour rire. Pour faire croire. Ou pour montrer qu'on ressemble à quelqu'un. Être presque identique. Pas trop. Le trop inquiète. Le pas du tout inquiète aussi. Isole. J'ai soif. Je me sers un lait froid. Pas d'alcool. De temps en temps. L'alcool tue les nerfs. Et la mémoire. Toujours elle! Toujours toujours! Pourquoi faut-il que nous soyons si persuadés? L'homme se donne tous les droits. Le droit de rêver. J'allume la télévision. Course de voitures. Vitesse. L'être humain est pressé. Pour arriver où? Quel bruit! Le bruit des moteurs. Des déclarations. Des hypothèses. On prévoit. On se trompe. Je change de chaîne. Un tram passe. Image d'une cité. Semblable à la mienne. L'image de l'étudiante subitement éclate dans ma cervelle. Oui, éclate. J'ai rendez-vous. Avec elle. Quand? Je me gratte la tête. J'ai dû le marquer quelque part. Dans mon agenda? Je plonge sur ma veste. Qui est posée sur mon lit. Je fouille. Je trouve. Je contrôle. Quel jour sommes-nous? Hier, c'était quand? Ma tête, ma tête! Je ne sais plus où j'en suis. Vite, vite, le téléphone! Je compose le numéro... Quel numéro? Quel jour sommes-nous? Il m'est impossible de répondre. Je renonce. Je pleure. Trois larmes. Ni plus ni moins. Tout s'évapore. Même les larmes. Surtout elles. J'ai sommeil. Je me couche. Le rêve m'attend.

 Seul l'horizon connaît notre destin. C'est pourquoi je m'efforce d'apercevoir la cime des montagnes. Quand le soleil se couche. Quand la nuit commence à bercer la terre. Quand les démons prennent peur du silence.

 Grossièretés. Insultes. Un ivrogne s'exprime. Essaye de s'exprimer. Assis à une table voisine de la mienne. Le pauvre! Non, le con! Car il peut agir... autrement. Contre-agir. Sa mémoire est intacte. Pas comme la mienne. Il plonge dans les ténèbres par désir. Et non pas par accident. Son esprit est faible. Par faiblesse. Par orgueil. Il mérite des coups de pieds au cul. Une bonne fois pour toutes. Et il cessera de faire l'imbécile. L'établissement brille de médiocrité. Deux jeunes filles entrent et s'asseyent proche du bar. Des blondes. Des Scandinaves? Elles commandent deux bières. Blondes bien entendu. Qui se ressemblent s'assemblent. Qu'est-ce que je pense? N'importe quoi. Dieu que ma logique est insensée! Le temps de quelques secondes. Heureusement. Peut-être pas. Répétition. Répétitions. Le visage de la plus blonde me rappelle le visage de Paula. Son expression. D'outre-tombe. Pâleur de la mort. Qu'est-ce qui m'a pris d'acheter cette photographie ? Il y a une raison. Dans notre façon de penser. Celle des autres. Ceux qui vivent dans la normalité. Normalité? Pas moi. Moi en comparaison avec les autres. On est toujours quelqu'un ou quelque chose par rapport à autre chose. Sans les autres on est rien. Rien. Rien du tout. C'est si beau parfois. Si vivifiant. Une douche céleste. L'âme est envahie par l'absence de tout. Une absence qui remplit l'âme. J'aime. Il faut que je change de lieu. Je me lève. Je fais trois pas. On m'arrête. Vous n'avez pas payé votre consommation. Excusez-moi, ça m'est sorti de la tête. On connaît la chanson. Non, c'est vrai, j'ai un problème de mémoire. Toutes les excuses sont bonnes. Je paye. Ça ne suffit pas. Je vous dois combien exactement? Dix fois le prix de la consommation. Je ne comprends pas. C'est dix fois ou la police. Mais... Il n'y a pas de mais qui fasse. Alors appelez la police. Il est gros et bête. Gras et stupide. Obèse et salaud. Il est tout ça. Peut-être pire. Est-il de droite? Est-il de gauche? L'adhésion ne justifie pas la moralité. Pour moi, c'est un salaud. Un homme qui ne fait pas confiance à l'homme. Faute de lucidité. Mémoire trop achevée? Chargée d'écrans et de murailles. Il appelle la police. J'attends. Elle viendra. Elle vient toujours quand ce n'est pas nécessaire, dit-on... à suivre

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13/02/2013

Mémoire inachevée (2, à suivre)

 Ô souvenir de quel univers surgis-tu?

 Lunettes. Je lis mal. La vieillesse. C'est ce qu'on raconte. Les histoires n'en finissent pas... L'éducation. Je tremble. Je ris. C'est n'importe quoi parfois. Je regarde la photographie de la jeune inconnue. Qui est-ce? Trou de mémoire? Non, mémoire trouée. D'après les experts. Les génies de l'air atomique. Hiroshima. La bombe. Les salauds! Les autres ne comptent pas. On devrait condamner ceux qui ont ordonné de lâcher la bombe. Pour crime contre l'humanité. Les criminels! Comment est-ce possible? Dieu devait être absent ce jour-là. Le diable se frottait les mains. Était homme. Était américain. Il a sali l'image de l'Amérique. Cette image a fait des petits. Que certains peuples haïssent sans limite. On dirait que la petite fille me regarde. Elle est dans un autre monde. A deux dimensions. Un monde sans profondeur. Je divague. Auto jugement dû à l'éducation. L'enseignement. Étiquette socioculturelle. Quelle misère! Je range la photographie dans la commode. Avant qu'elle ne finisse par m'inquiéter sérieusement. Ai-je peur? C'est quoi la peur? Une logique sans faille. Je ne risque rien alors?

 Je prends le tram. Direction: la ville. Lieu des exploiteurs et des exploités. Lieu où les solitudes ne cessent de se multiplier. Et dire que l'homme créa la ville pour échapper à la putréfaction des sentiments. Une femme me sourit. Une jeune femme. Son sourire est unique. Teinté de tendresse et d'un désir inexplicable. Je la connais? J'étais une de vos élèves, me dit-elle. Dire et redire pour que la mémoire se mette à fonctionner. À cracher des vérités. Ses vérités. Étrangement ce sourire me rappelle celui de la petite fille. Me rappelle la carte postale. Malheureusement rien d'autre. Vous voyez qui je suis? me demande l'étudiante. Étudiante par déduction. Je réponds oui. Je mens. Vis-à-vis de moi. Et en ce moment. Car je ne me souviens pas d'avoir professé le métier d’enseignant. Quelle discipline? Je ressemble peut-être à quelqu'un. Elle doit se tromper. Comment vérifier? Je me sens impuissant. La mémoire me manque. Cette mémoire-outil utile à résoudre l'immédiat. Mais je n'en suis pas triste pour autant. Impuissant seulement. La jeune femme me sourit à nouveau. Sourire parfumé d'un sentiment divin. Est-elle un ange? Un messager de Dieu? Je suis idiot. Un utopiste. Un crétin. Son visage me plaît. Si je pouvais le caresser, je n'hésiterais pas une seconde... Ma main sur cette peau si douce. Du velours. La douceur de vivre. Planer dans les sphères de la béatitude. La belle me regarde. Oui, elle est belle. Peut-être pas pour les autres. Que veut-elle de moi? A-telle un but dans la vie? Ridicule question. Je la sculpte. Avec mes yeux. Avec attention. Quasi avec passion. Elle n'est pas d'ici. Cheveux noirs. Regard perçant. Bronzage naturel. Je m'allongerais bien avec elle. Sur une plage déserte. Sous un cocotier. À l'abri de tout murmure. À l'abri de toute mauvaise pensée. Nus, l'un contre l'autre. Totalement nus. Nos corps et nos âmes. J'aimerais avoir une conversation sérieuse avec vous. Silence. Court. Elle se méfie de moi. Certainement. Un pourquoi-pas-bien-sûr sort gentiment de sa bouche. Quand? Demain? Où? Où vous voulez. N'importe où. Au café "Le cheval blanc", ça va? Ça va. Un long silence. Arrêt de tram. Pour elle. Oubli. À quelle heure? À midi. D'accord. Elle descend à toute vitesse. Les portes se referment. Elle a disparu. Je sors mon agenda de ma poche. Et je grave sur le papier ce rendez-vous... à suivre

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12/02/2013

Mémoire inachevée (1, à suivre)

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  Blessure. Morale. Vanité. La société y est pour quelque chose. J'ai acheté une photographie d'une petite fille. Plus exactement une carte postale. Pourquoi cet achat? Mystère. Explicable pour certains. Inexplicable pour moi qui vis dans l'incertitude. L'image transpire de vieillesse. Transpire de tristesse. Le temps. Toujours le temps! Quel semeur de zizanie! Où suis-je? Le soleil brille. Il fait froid. La rue est belle à regarder. Du jamais vu. Qui aurait... De quoi je veux parler? Coupure nette. Je suis foutu. Va-t-on m'enfermer dans un asile? Non. Non, parce que je désire le contraire. Le contraire? Qu'est-ce que ça veut dire le contraire? Quelle cervelle! Je marche. C'est l'essentiel. J'avale de l'air. Je respire normalement. Plus ou moins. Quand je ne fume pas trop. Je devrais être plus raisonnable. Afin que... La solitude. Suis-je seul? Marié? Enfants? Comment le savoir? Et après? J'entre dans un café. Je commande un café-crème. La serveuse me sert un thé-citron. Question de distraction. A moins que... Ai-je demandé... Qu'est-ce que j’ai demandé? La mémoire! Ça me revient. J'ai bien commandé un café crème. Je suis certain. Presque. Je n'aime pas le thé. Vraiment? Je sors la photographie de ma poche. Elle est pâle. Délavée. Elle a souffert. Le temps. La lumière. La serveuse s'approche de moi. C'est votre fille? Une fille inconnue. Elle est belle. Je dirais mignonne. C'est la même chose. Pas pour moi. Vous êtes difficile. Probablement. La serveuse s'éloigne. Je la regarde. Quelle démarche! Excitante. Provocatrice. Ça ne devrait pas exister. C'est trop pour ma tête. Pour aujourd'hui. Je paye ma consommation. Je quitte l'établissement. Adieu. Ou à bientôt.
 
 Las d'errer, je décide de rentrer. Chez moi. Où? Quelque part. Les images vont et viennent. J'habite au numéro 123 de la rue... de la rue Sainte Victoire. Je crois. Victoire comme la victoire après la bataille. Sainte comme... Comparaison. Utile. Inutile. Tout dépend du moment. Aucune importance. Je trouve toujours. Il y a toujours un ange pour m'aider. A un moment donné. Quand tout risque de basculer. Pour moi. Et puis cent vingt-trois c'est un suivi de deux suivi de trois. Primaire évolution mathématique. Je sais, je ne suis pas fabriqué comme tout le monde. C'est ce que l'on m'a dit. Les docteurs. Les professeurs. Les psychanalystes. Les doués de la société. Moi, je suis nul. Un nul. Je fais partie des cas particuliers. Intéressant. Une bête curieuse. Oui? C'est ce qu'on dit. Intéressant pour la science. Pas pour l'homme. Encore quelques pas. Je regarde ma montre. C'est trop tôt. C'est trop tard. Trop tôt pour allumer la télévision. Regarder mes programmes préférés. Trop tard pour aller... pour aller où? Pour faire quoi? Pour acheter un repas congelé. Tant pis! Je mangerai une pomme et une biscotte. Et un morceau de chocolat. Le chocolat, ça me rappelle toute mon enfance. Tiens! Comment se fait-il que je puisse revivre une sensation ancienne? Un parfum de jeunesse. Comment étais-je à cette époque? Mince en tout cas. Blond. Et svelte. J'aimais le sport. L'amour libre. Et les cigares hollandais. Malheureusement tout se dégrade. Je suis à deux doigts d'arriver chez moi. Façon de dire. Peut-être plus. Je reconnais le 123. Reconnaître. Oui, reconnaître. Sans la reconnaissance, je ne suis rien. Je nage dans les airs. En plein étonnement aussi. Telle une épave. Tel un bateau à la dérive. Contradiction. Ou mensonge. Il faut vérifier. J'en suis incapable. Sans doute pas motivé. J'y suis. Je grimpe les escaliers. Mon nom est collé à ma porte. En lettres grasses. J'enfile la clé dans la serrure. Tourne. La porte s'ouvre. Le contraire serait absurde. Est-ce mon chez moi? L'odeur. L'odeur ne trahit jamais... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/02/2013

La vieille femme et l'enfant

... J'ai écrit ce roman il y a peut-être 20 ans...

23:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

La vieille femme et l'enfant (35, fin)

 Et, avec un léger retard, le peuple se mit en marche en direction du palais présidentiel. C'était la marche de l'avenir. On chantait et on criait:

 - Liberté, égalité et une maison pour chaque famille.

 La marche dura des heures et des heures. Mais les heures ne comptaient pas. Dans la joie et l'enthousiasme, le temps file à une vitesse inimaginable; il ne préoccupe que les prisonniers et les esprits non libres. Et nous étions libres. Ma grand-mère et moi, nous nous trouvions à nouveau aux sources de notre existence. A un moment donné, quelques images vaporeuses et dérangeantes de mon passé ressurgirent du fond de ma mémoire mais bien vite elles se dissipèrent dans le champs raisonnable de mon esprit...

 J'ai oublié de vous dire, les oiseaux aussi étaient là. Dans les arbres, dans le ciel et sur les toits des maisons. Ils sifflaient, ils chantaient avec nous.

 Et nous arrivâmes devant le palais présidentiel. Un bataillon de soldats armés jusqu'aux dents nous attendait.

 Un homme dans la foule cria:

 - Président-pantin, on ne te veut plus. Nous voulons un président soutenu par tout un peuple et non pas un président soutenu seulement par son armée.

 Et la foule se mit à hurler:

 - Élections! Élections! Élections!...

 A ce moment-là, tout mon corps frissonna.

 Puis, poussé par une étrange force, venant de je ne sais où, je sentis dans ma poche la fameuse pièce d'or que ma grand-mère m'avait fait cadeau avant de partir pour le désert, que j'avais prise d'ailleurs avec moi, et je la montrai aux manifestants en déclarant tout haut:

 - Cette pièce d'or est le symbole de l'effort. D'un effort qui doit être récompensé. Ma grand-mère a mis toute une vie pour économiser ce bout de métal et toi, président sans amour, tu n'a pas voulu prendre cela en considération. Tu ignores tout de la souffrance humaine. Nous te demandons donc de quitter ce palais. Tout le pays te le demande. Nous voulons un nouveau président. Un président digne de ce nom. Un président qui sache comprendre son peuple. Un président qui aime son peuple. Un président simple et sensible. Un président qui se préoccupe de l'avenir culturel de son peuple. Un président qui sache renoncer aux honneurs personnels. Un président qui se donne pour tâche essentielle la résolution des problèmes sociaux de son pays et ceux du monde. Un président ouvert à tout dialogue. Nous voulons un grand président, un vrai président.

 Mon petit discours terminé, la foule se mit à applaudir.

 Trois hommes et deux femmes vinrent vers moi, c'étaient des représentants de divers mouvements progressistes et l'un d'eux me dit:

 - Tu es des nôtres. Ensemble nous vaincrons...

 - C'est vrai, nous devons nous unir, dis-je.

 Malheureusement la conversation fut interrompue par des coups de feu. Les soldats avaient reçu l'ordre de tirer en l'air et de lancer des grenades lacrymogènes. Et ce fut la panique générale. Les soi-disant amis de l'ordre avaient semé le désordre. Face au peuple, le président en place venait de signer sa défaite par un acte de violence, un acte digne d'un homme vaniteux qui ignore tout de l'âme d'un peuple. L'erreur est humaine mais la monstruosité est impardonnable.

 On compta de très nombreux blessés et quelques blessés graves mais heureusement aucun mort.

 Au bout de quelques semaines, grâce aux forces progressistes réunies le Président démissionna.

 Un gouvernement provisoire se constitua  et il organisa des votations nationales à tous les échelons. On voulait tout recommencer à zéro. On créa une nouvelle constitution que le peuple tout entier approuva. On créa donc la chambre des députés et la chambre ministérielle. Je me présentai en tant que candidat député et je fus élu. Le nouveau président n'avait plus les mêmes pouvoirs que l'ancien. Il n'était plus que le président de la chambre des ministres qui, eux, étaient chargés d'exécuter les lois et les décisions votées par les députés. En réalité, il ne s'occupait plus que d'un ministère.

 Les années passèrent et, petit à petit, chaque famille avait obtenu sa propre maison avec un coin de terre.

 Un jour, j'épousai Juliette et, dans la même année, je devins ministre de la culture.

 Puis le rêve de ma grand-mère, ce rêve qu'elle ne m'avait dévoilé qu'à moitié se réalisa: on me fit l'honneur de me nommer président de mon pays. Fonction que j'occupe encore actuellement.

 Ma grand-mère a sans doute énormément vieilli ces derniers temps mais elle est toujours solide comme un roc. Ses idées et ses réflexions m'étonnent toujours. Face à elle, je me sens toujours petit. Je me sens ce petit garçon que j'étais. Ce jeune habitant de la forêt qui, le jour, parlait aux arbres et qui, la nuit, avait peur de leur ombre, surtout les jours où la lune brillait en unique seigneur dans le ciel. La vieille femme a fait de moi un homme et je me suis fait un devoir de le rester. C'est pourquoi, je suis constamment attentif à tout ce qui se passe dans mon pays et dans le monde. Je regarde de mes deux yeux et j'écoute de mes deux oreilles. Tout être a droit à son paradis sur terre. Et toute idée nouvelle ne doit jamais être automatiquement écartée mais doit être prise en considération, mérite d'être analysée avec sérieux, profondeur. Et tant que je vivrai, je lutterai pour le Bien, le Merveilleux.

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |