Désordre (2, à suivre)

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 Entre le feu vert et le feu rouge, je murmure des républiques entières d'espoir et de défaites. J'attends que les anges d'un autre ciel viennent à mon recours. Je suis injuste et pourtant sincère. Mes conquêtes prématurées ont chargé inutilement ma mémoire. Me rendant méfiant. Des hommes et d'une certaine existence. J'étais simple. Je nage maintenant dans le désordre. Victime de ma logique. Victime d'une logique inculquée. Il aurait été préférable pour ma quiétude que je me fusses nourri d'indifférence. Je me suis fait avoir par des monstres et des sorcières séduisantes. Je cesse... non, cesse de te lamenter, devrais-je me dire. M'ordonner. L'été est en plein ciel malgré la folie industrielle. Je hais les sourds aux chants de l'enfance. Je hais les muets qui nous piétinent à retardement. Je hais la haine qui me dévore. J'étais un adolescent de l'ordre. Je suis devenu un adulte du désordre.
 

 Le sexe s'extériorise mal par la bouche. Car la bouche est un volcan de mensonges.

 L'administration est un jeu d'échecs et de chèques. Où le papier est roi. Où le crayon danse la valse. Une valse qui pénalise les faibles et les honnêtes hommes. Adieu cirque! Adieu vipères! Adieu couleuvres engendrées par des vipères! Je monte sur un vélo. Vive l'aventure! Le paysage me chatouille le coeur. Enfin une sensation agréable! Je croise des cylindres en bois dressés pour l'utile. Je croise des bois en forme de trapèze pour l'agréable. La vitesse est irréelle. J'existe dans l'allégresse. J'avance. Je transpire de joie. Les fantômes sont eux aussi morts. Je m'arrête devant le portail d'un cimetière. J'entre. A pieds. Le passé est présent. L'avenir gonfle déjà le marbre. Tout est possible. Rien n'est certain. Je m'assieds sur une tombe. Une femme légère s'approche de moi. Place au dialogue!

 La femme: - Que faites-vous là sur le toit de ma demeure? Moi: - Rien. La femme: - Ce n'est pas une réponse. Un mot en cache un autre. Une réponse en cache une autre. Une femme en cache une autre. Fin du dialogue. Tout disparaît. Le voyage au-delà du réel aurait pu me bercer dans une mélancolie poétique. Dans un royaume ordonné hostile à toute nonchalance littéraire. Contraire à mon désir de non-désir. Car le désir transpire d'ordre et réveille paradoxalement le désordre. Les années perdues au sein de l'égoïsme humain m'ont poussé à adorer la bête sauvage. J'ai rangé mon fusil de chasseur et mes cartouches pour laisser vivre. La bête me sourit sans sourire. Elle n'a pas besoin d'étiquette. Qu'est-ce qu'il aurait fait, l'homme?

 Trois noirs passent. Des nègres pour les uns, des transparences pour les autres. Les douaniers suisses sont allergiques aux visages sombres et aux cheveux frisés. Ils interpellent avec une violence polie toute créature dont la génétique est trop visible. Le corps reflète l'âme. Le désordre est image. Le geste vocabulaire du bouillonnement humain. Les gestes trahissent les vérités profondes. L'explorateur de la psyché découvre des romans de craintes et d'obsessions. Des phrases désordonnées, sans queue ni tête. Des phrases vides et pleines de rien. Des phrases où les baisers et les insultes germent dans les espaces, entre les mots. Les révolutions se préparent. La soif du juste, du différent ou du plus coule parfois de mon stylo. Mais le cri a tendance à négliger l'art. L'art veut vibrer loin des disputes. L'art! L'art ne réclame aucune protection. Il est libre. Seul l'homme réclame de l'argent pour protéger son art. Erreur! La subvention artistique est une injustice sociale. Car l'art est une élégance généreuse au service de l'humanité et non pas au service de la finance. Mais le désordre veut autrement.

 Que vais-je devenir! L'artiste est mal vu dans la cité de Calvin. Même s'il est sérieux, a le sens de l'administration et ne déteste pas la cravate. Question de préjugé. On imagine mal un président-poète au pays du chocolat. Un artiste, ça fait désordre, disent les adorateurs des lingots d'or et du vin blanc. Enfin, on ne corrige pas les commandements de la tradition. Et la sagesse est rare au sein des sociétés helvètes. Il y a des pensées qui s'enracinent. Il y a des pensées qui déracinent. Les sexologues ont mécanisé l'appareillage sexuel. Mais l'amour est une chimie qui échappe à la science. Les pédagogues, eux, essaient de s'approprier le savoir. Malheureusement, le savoir est plus fluide que l'air. La connaissance en sait quelque chose. L'homme de demain devra avoir les reins solides. Je ne serai pas à sa place. Heureusement pour moi... à suivre

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Commentaires

  • quelle belle phrase je suis devenu un adulte du désordre.On est beaucoup surtout quand on entend des gens qui osent avouer en cas de perte de travail,c'est pas grave on ira chomer.Entendre cela de la part d'une personne qui travaille dans la vente et qui a 50 ans,notre désordre lui semble encore bien agencé à comparer avec celui de plus très jeunes malgré tout
    On comprend mieux pourquoi on cherche à ponctionner les retraités grâce à de fausses excuses pour leur raboter ce qui leur revient de droit.

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