Désordre (1, à suivre)

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  Ce petit essai fut publié en 1992...

 Chapitre premier. Erreur! Une intention qui ne colle pas avec le titre de cet ouvrage. Aucune importance. Penser au désordre c'est penser à l'ordre. Comme penser à la mort... la vie est présente à chaque seconde. Je m'organise. Deuxième erreur. Je devrais me désorganiser. Me laisser aller. Pour me laisser envahir par le désordre. Je suis victime de mon éducation. De l'éducation de l'ordre. Tout doit être à sa place. Un tram passe. Voilà qui est bien! Je progresse. Au fil des pages l'art du désordre surgira petit à petit du fond de ma mémoire. Lieu paradisiaque d'un désordre entassé avec un sens sacré de l'ordre. Dans un système ordonné, une poussière désorganise tout. Dans un système désorganisé, une poussière ne dérange personne, strictement personne. Une histoire qui commence et se termine n'appartient pas au monde du désordre. Trop parler du désordre, cela risque de faire naître un souffle nouveau... stop, halte, bref! J'entre dans l'enfer des hommes.

 Je suis un acteur. En plein dans une société vide de sentiments.La civilisation du chômage. Le chômage: virus engendré par la société de consommation. Un virus qui au vingt et unième siècle fera des dégâts considérables. Un virus engendré surtout par un égoïsme pébliscité par des individus pathologiquement atteints d'une dose surhumaine de bêtise. Les politiques se gargarisent. Ils se nourrissent grâce au désordre. Créé par leurs prédécesseurs et recréé par eux-mêmes. Un fonctionnaire passe. Les voitures passent. Le temps passe. La littérature passe. La terre est condamnée à n'être plus qu'un désert de poussière et de cendre. Il n'y aura plus personne pour parler de Jésus, de Moïse, de Bouddha ou de Confucius. Ni chat, ni chien, ni personne. Vers la fin des temps, l'ordre aura sa vraie raison d'être. Le bruit qui osera aller contre ce monstre qui a rongé nos derniers tendres moments de silence? Un spécialiste en écologie humaine? Ou un éthologue révolutionnaire? De nos jours, seul un scientifique nourri par une mère spirituelle pourra être le prochain messie. C'est écrit nulle part. C'est écrit dans la nécessité.

 Je fume la pipe. C'est vrai, j'ai tort. Je devrais fumer de santé. Telle une cheminée qui fume de bonheur. Quand on la regarde, on devine une grand-mère en train de préparer une bonne soupe de légumes. Fumer qui a créé ce désordre de l'âme?

 On craint le désordre. Mais on craint également celui qui s'en prend à l'ordre, à ce soi-disant ordre qui néglige le véritable ordre moral.

 Où est donc cette citadelle où jadis je respirais l'air pur de l'espérance? Je suis face à une montagne de probabilités. Tout mène à quelque part. À un résultat banal. À un résultat absurde. Au néant. À un résultat en tout cas. Les nuages sont magnifiques à regarder. Quelles merveilles brumeuses! Ils ou elles? Elles ou ils? Ils s'unissent et ne font plus qu'un. Puis le vent, le destin, la vie en décide autrement. Des gens parlent fort. Que de mots pour un seul objet! Que de bavardages! On parle pour parler. On parle pour oublier. On crache des mots chargés de haine, de vengeance, d'amertume. J'ai envie de crier: «- Ferme ta gueule vieille conne. Ferme ta gueule vieux con. Fermez-la une fois pour toutes.» Mais à quoi bon? Je change de cap. Je vise ailleurs. Ailleurs: cet éternel merveilleux. Et si j'y allais? J'y vais... à suivre

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