31/01/2013

La vieille femme et l'enfant (25, à suivre)

- C'est que je n'ai...

 - Ça n'a aucun importance, moi non plus...

 Nous nous approchâmes de son lit et nous nous embrassâmes de nouveau. Nos corps tremblaient de peur et de joie. De douceur et de volupté.

 Puis, avec prudence et timidité, nous nous couchâmes sur le lit et, tout en nous dévorant de baisers, nous nous déshabillâmes... et nos corps s'unirent au-delà de toute convention, au-delà de toute gêne, au-delà des mots et de toute explication. Dieu venait de me faire pour la deuxième fois son plus beau cadeau. La lune nous souriait toujours. Elle ne cessait d'embellir nos peaux et la forme de nos corps. Pour le plaisir de nos yeux et pour le plaisir de la vie. J'avais rencontré mon âme-soeur, ma première complice, une autre part de moi-même.

 - Je t'aimerai jusqu'à ma mort, me dit Isabelle. Et j'aimerai mourir dans tes bras. J'aimerai tant ça.

 - Pourquoi tu es si lugubre? lui demandai-je, horrifié par l'idée de la mort.

 - Parce que j'ai peur de mourir, m'expliqua Isabelle. Peur de la souffrance, peur de te perdre... Une peur extrême m'habite jour et nuit. Comme si un ange était constamment à mes côtés, un ange prêt à me prendre par la main pour l'ultime voyage. Le jour, il est dans ma tête et la nuit, j'ai l'impression qu'il est assis au pied de mon lit.

 - Et maintenant, est-ce qu'il est là?

 - Non, pas maintenant, parce que tu es là, me répondit-elle.

 - Alors, je tâcherai d'être le plus souvent possible à tes côtés, lui dis-je.

 Et nous nous embrassâmes de nouveau... et nous nous endormîmes.

 Le chant des oiseaux nous réveilla et me conseilla de rentrer chez moi. Et notre première séparation fut ma première cicatrice.

 Ma grand-mère n'avait pas dormi de la nuit. Elle m'attendait assise dans son fauteuil.

 - Qu'est-ce qu'il t'arrive, Tsoulakia? me demanda-t-elle. Tu m'inquiètes de plus en plus.

 Je ne répondis pas. Mais au fond de moi, un sincère désir de la rassurer bouillonnait comme la lave d'un volcan.

 - Tu es vraiment amoureux? me demanda-t-elle.

 - Je suis l'être le plus heureux de la terre, lui dis-je.

 Un léger signe de satisfaction se dessina sur son visage. Je m'approchai de la vieille femme, me mis à genoux, lui pris la main et lui dis:

 - L'amour est un royaume délicieux et amer à la fois. Délicieux quand les êtres aimés se retrouvent. Et amer quand ils sont séparés... quand ils rêvent d'être de nouveau ensemble. Car dans le rêve les images pleines de désirs et de lumière vont et viennent et s'associent parfois à de ténébreuses images pleines de craintes. Il aurait été préférable que l'homme reste éternellement enfant ou passe rapidement, en quelques secondes, de l'enfance à la vieillesse... L'amour est un trop lourd fardeau pour mes minces épaules. Au moindre obstacle, c'est l'effondrement total. Je n'aurais jamais pensé qu'une personne puisse avoir autant de pouvoir sur une autre.

 - Ne confonds pas amour et passions amoureuses, me dit ma grand-mère. Les passions amoureuses font partie de ton royaume. L'amour, lui, ne fait partie d'aucun empire, il est au-delà de tout. À chaque âge son échelon... sur cette interminable échelle des sentiments. Les passions amoureuses mènent parfois l'être humain aux abîmes de l'insoutenable, du pire, de l'absurde. Ce sont des vents violents qui, parfois, arrachent sans pitié tout ce qui se trouvent sur leur passage... et tout ce qui a été construit avec délicatesse et joie part en éclats. Puis dans le désespoir, on essaye de recoller les morceaux cassés. Mais ce qui a été recollé a perdu sa force et sa beauté initiale. Et on recommence à zéro. C'est pourquoi, Tsoulakia, sois attentif à tout ce qui se passe autour de toi et en toi. Observe-toi. Méfie-toi de toi comme si tu avais affaire au plus cruel de tes ennemis. L'ombre d'un homme peut trahir le même homme.

 J'embrassai la main de ma grand-mère puis je lui dis:

 - Je prends note de tes bons conseils.

 Et j'ajoutai avec le sourire :

 - Je tâcherai de fréquenter les endroits les moins ensoleillés de mon jardin... à suivre

08:03 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

30/01/2013

La vieille femme et l'enfant (24, à suivre)

 - Qui c'était? me demanda la vieille femme avec une curiosité de mère possessive.

 - Je ne sais pas, répondis-je vaguement encore sous l'effet de l'émotion.

 - Tu ne sais pas ou tu ne veux pas me le dire?

 - On vient de me faire une déclaration d'amour, es-tu satisfaite?

 - A cette heure-ci de la nuit? Ça doit être une folle. Je la connais?

 - Non et moi non plus. Mais...

 - Mais?

 - Je crois savoir qui c'est. Il faut que j'aille à ce rendez-vous.

 - Quel rendez-vous? Tu sais l'heure qu'il est?

 - Et alors? Il n'y a pas d'heure pour ceux qui s'aiment. Ni mur, ni frontière.

 - Tu es devenu fou.

 - Et toi tu as beaucoup changé depuis que nous vivons dans ce pays.

 Ma grand-mère posa sa main sur mon épaule et me dit:

 - Tu as raison, j'ai beaucoup changé depuis que nous sommes ici... parce que j'ai peur, peur de te perdre et te voir gâcher ta vie.

 - Ne crains rien, grand-mère, lui dis-je, je ne te quitterai jamais. Tu es trop précieuse pour que je t'abandonne et trop bonne conseillère. Mais il me paraît aussi nécessaire que je m'envole parfois de mes propres ailes afin que je découvre d'autres horizons même si je dois perdre quelques plumes. Tu n'es pas d'accord?

 - Je suis toujours d'accord mais sois très prudent, me répondit ma grand-mère avec une légère tristesse.

 Et me voilà à nouveau dans ce monde où pour un rien le coeur se met à palpiter et les jambes à trembler. Quelle bizarre gymnastique que celle de l'esprit!

 Je courus comme un cinglé en direction de la villa d'Isabelle. Le chemin, je le connaissais déjà. Car je savais que je le prendrais un jour dans un but bien précis, celui de me jeter dans les bras de mon être aimé. Oui, je courus comme un cinglé pour ne pas rater ce rendez-vous qui m'était tombé du ciel. Seul le temps était mon unique ennemi. Cette nuit-là, je courus si vite que j'aurais pu battre le plus rapide coureur de la planète.

 Isabelle m'attendait accoudée sur le rebord de sa fenêtre. Quand elle m'aperçut, elle se redressa et fit un pas en arrière. Et mon coeur se mit à battre, à battre...

 - C’est toi... tu voulais me voir? demandai-je avec une extrême timidité en m'approchant de la fenêtre.

 - Parle doucement, me supplia-t-elle à voix basse, mes parents dorment juste à côté.

 Et notre première conversation sérieuse, comme bien d'autres par la suite, fut un véritable chuchotement.

 - Tu voulais me voir? redemandai-je.

 - Oui.
 
- Je comprends, je comprends, dis-je ne sachant pas quoi dire d'autre.

 - Fais le tour, je t’ouvre la porte, me dit Isabelle en m'indiquant du bras par où je devais passer.

 Et comme un voleur, je fis le tour qu'elle m'avait indiqué et je m'arrêtai devant la porte d'entrée qui était plutôt bien cachée.

 La porte s'ouvrit silencieusement et Isabelle me fit signe d'entrer.

 - Suis-moi sur la pointe des pieds, me dit-elle.
 
 J'obéis. La maison me semblait un interminable labyrinthe car toutes les lumières étaient éteintes excepté celle de sa chambre.

 Une fois que nous avions franchi le seuil de sa chambre, Isabelle ferma la porte à clé et éteignit la lumière.

 Puis elle me prit par la main et me tira vers la fenêtre qui était restée ouverte.

 Dans un ciel rempli d'étoiles, la lune nous souriait et nous envoyait sa lumière pâle et froide.

 Nous restâmes un bon moment à nous regarder avec un profond sérieux sans prononcer le moindre mot.

 Puis Isabelle me dit :

 - Je t’aime, Tsoulakia. Je t’aime comme je n'ai jamais aimé personne. Est-ce que toi tu m'aimes?

 - Depuis longtemps, répondis-je.

 - Embrasse-moi alors, car le temps presse.

 - C'est que je n'ai...

 - Ça n'a aucune importance, moi non plus...

 Et nos bouches s'unirent. Dieu venait de me faire son plus beau cadeau, un cadeau unique, un cadeau qui sentait bon la tendresse et l'éternité.

 Puis quand nos bouches se séparèrent, Isabelle me dit:

 - Fais-moi l'amour. Tu veux bien?... à suivre

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29/01/2013

La vieille femme et l'enfant (23, à suivre)

 Après le dessert, une délicieuse glace aux marrons, le père de Pierre s'alluma un cigare et dit:

 - La jeunesse me donne le vertige. Elle veut refaire le monde mais elle n'a rien de nouveau à proposer.

 - C'est une réaction tout-à-fait naturelle, dis-je. Face à l'inconnu l'homme surchargé de bons souvenirs et installé confortablement dans un univers organisé découvre que ses pouvoirs ne tiennent qu'à un fil. La jeunesse, elle, n'a rien à perdre mais au contraire tout à gagner. C'est pourquoi il serait préférable que l'homme reste toute sa vie jeune. Mourir seconde après seconde et renaître constamment.

 - Mais qui donc vous a inculqué ces idées? me demanda avec étonnement le père de Pierre.

 - Ce ne sont pas des idées, répondis-je, mais des constatations, pareilles à des sentiments qui me me sont survenues à des moments d'attention. La forêt et ma grand-mère m'ont enseigné l'art d'être attentif.

 - Vous me faites peur, me dit l'homme. Et il se mit à apprécier son cigare sans prononcer mot...

 Pendant ce temps-là, Pierre, sa mère et moi, nous continuâmes à discuter sur tout et sur rien dans la simplicité et la bonne humeur.

 Puis Pierre m'invita à découvrir sa collection de timbres. En feuilletant un de ses albums, j'aperçus un vieux timbre de mon pays. Il avait pâli avec le temps et perdu quelques dents. Il reflétait assez bien l'image que je me faisais de la terre de mes ancêtres.

 - Tu vois ce timbre? dis-je à Pierre. Tous les empires finissent comme lui.

- C'est un timbre de chez toi, me dit Pierre. Il vaut une fortune!

 - Ça ne m'étonne pas. On donne plus de valeur aux boutons de la culotte d'un tyran qu'aux paroles d'un sage.

 - Quel rapport avec ce timbre?

 - Aucun sans doute. Je disais ça comme ça. C'est sans importance.

 Ce vieux et minable timbre avait pour un laps de temps réveillé en moi d'anciens et pénibles souvenirs. Pour Pierre, qui était collectionneur, ce bout de papier dentelé était une forte monnaie d'échange, une mine d'or.

 Comme une même chose peut donner de la joie aux uns et de la tristesse aux autres, me dis-je. Que nous sommes petits! Tellement petits!

- Je l'ai échangé à Isabelle contre une ancienne pièce d’argent, m'avoua Pierre. Ma cousine collectionne les vieilles pièces de monnaie.

 Et un étrange sentiment de culpabilité mêlé d'espoir vint troubler le champ de mes pensées.

 - Elle me demande souvent de tes nouvelles, tu sais, me dit Pierre.

 - Ah, bon? fis-je vaguement.

 Mais, en vérité, mon coeur s'était mis à battre comme un fou et mon imagination à fabriquer des situations plausibles pleines de tendresse.

 - Il faut qu'on lui rende visite un de ces jours, ça lui fera sûrement plaisir, me dit Pierre. Tu veux bien?

 - Je n'ai rien contre, dis-je sans enthousiasme afin de camoufler le fond de mes sentiments.
 
 La ville toute entière était plongée dans un profond sommeil sage et habituel à l'exception de deux brebis égarées qui mettaient du temps avant de se laisser emporter par les anges du rêve et du repos de l'âme: ma grand-mère et moi-même.

 Ma grand-mère, couchée dans sa chambre, lisait un livre que lui avait prêté une fraîche connaissance. Moi, assis les coudes sur la table à manger et les mains supportant une tête lourde de fatigue, j'attendais qu'un miracle ou qu'un événement extraordinaire se produisît.

 Tout à coup le téléphone sonna. Je sursautai et aussitôt une montagne d'images extravagantes sans queue ni tête se mirent à danser dans ma petite cervelle. Puis une fois revenu sur terre, je me levai tout naturellement et allai répondre...
 
 Au bout du fil, une voix lointaine me déclara:

- Tsoulakia, je t’aime. Si tu m'aimes toi aussi viens me voir. Je t’attends à ma fenêtre jusqu'à l'aube. 

 Et on raccrocha.
 
 Est-ce bien la voix d'Isabelle? me demandai-je.

 Et les images, d’il y a quelques minutes qui n'avaient ni queue ni tête, prirent alors des dimensions énormes. J'étais devenu le roi d'un grand royaume fait de volupté et de tendresse, un royaume que je dirigeais sans faille et sans difficulté, un royaume dont la reine n'était autre qu'Isabelle.

 - A quoi tu joues? fit ma grand-mère.

 Je sursautai à nouveau.

 - Tu m'as fait peur, lui dis-je... à suivre

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28/01/2013

La vieille femme et l'enfant (22, à suivre)

 J'avais jusqu' à lors aimé les êtres et les choses d'un amour transparent, sans difficulté, sans interrogations... jusqu'au jour où Pierre, un compagnon d'études, me présenta à sa cousine Isabelle. C'est sans doute elle qui marqua, à jamais, d'un fer rouge la parcelle la plus sensible de mon âme. La nuit de ce jour-là, les paysages nets de la terre de mes ancêtres avaient cédé leur place aux paysages brumeux d'un sentiment que je ne pouvais pas contrôler. Que s'était-il passé? Où était toute cette force, cette lucidité que ma grand-mère m'avait aidé à forger? Un visage, un sourire et quelques mots insignifiants m'avaient fait perdre l'équilibre et je m'étais trouvé allongé sur un sol brûlant et glacial à la fois, un sol envoûtant, un sol généreux et avare à la fois, un sol qui m'empêchait de voir l'horizon... Oui, j'étais follement amoureux d'Isabelle mais, sans doute par timidité ou par Dieu sait quel sentiment de culpabilité, je préférais me taire, m'obligeant ainsi à consommer cet amour, ou à le nourrir, en rêvant et en écrivant des poèmes et des récits romantiques.

 La forêt avait fait de moi un enfant du silence. Les gens me paraissaient tous agités et trop axés sur eux-même malgré la bonne éducation qu'ils avaient reçue, une éducation basée sur un idéal de fraternité. Ils respectaient l'autre par politesse et non pas par sensibilité. Et j'avais du mal à me sentir proche de quelqu'un. J'étais un déraciné qui flottait éternellement sur une mer d'huile et paresseuse. Pars le moindre vent, pas la moindre vague. Je flottais, je flottais... Pierre était l'exception qui confirmait la règle. Avait-il eu une enfant malheureuse? Je le saurais peut-être un jour. Mais en ce temps-là ma curiosité se contentait d’emmagasiner les informations à l'état brut, c'est-à-dire sans me soucier d'en savoir plus. J'étais en plein dans la chimie du coeur et je me refusais de résoudre ses nombreuses et spectaculaires formules. Je vivais en spectateur et ma grand-mère était ma bible car ses paroles effaçaient à jamais mes douleurs naissantes.
 

 La pluie, le vent et les nuages me permettaient de voyager à travers les paysages de l'imaginaire. Ce sont probablement ces éléments-là qui me firent naître une seconde fois. Et les quelques personnes que je côtoyais me baptisèrent le poète. Certainement pour mieux me localiser dans leur esprit. Mais pour moi, je n'étais rien. J'étais un jeune homme comme les autres qui vivait avec sa grand-mère et qui avait vécu un certain temps dans une forêt... Il n'y avait rien d'extraordinaire à cela. Mais pour certains, j'étais celui qui venait tout droit d'un conte de fée. Bref, on m'avait collé une étiquette et je devais m'en accommoder.

 Un certain samedi de printemps, Pierre m'invita à dîner chez lui ou plus exactement chez ses parents. Sa mère était une excellente cuisinière et son père un grand gourmand. Sa mère était fine, élégante et discrète et son père était tout le contraire: lourd, vulgaire et bavard. Mais quand on les voyait ensemble, on ne pouvait pas s'empêcher de dire qu'ils étaient vraiment faits l'un pour l'autre.
 

 Avant de nous mettre à table, la mère de Pierre me pris à part et me dit:

 - Ne faites pas trop attention à tout ce que mon mari raconte. Il exagère souvent et se met facilement en colère pour un rien. Mais en fin de compte, c'est quelqu'un de très sensible et de très humain.

 Nous nous mîmes à table.

 - C'est vrai que vous avez vécu dans une forêt? me demanda le père de Pierre.

 - Oui, c'est vrai, dis-je, mais il ne faut pas croire que c'est un exploit extraordinaire. C'était plus par nécessité que par plaisir.

 - La nécessité de quoi? me demanda-t-il d'un ton un peu agressif.

 - La nécessité de survivre et de vivre autrement, répondis-je.

 - C'est une simple question d'illusion! dit-il d'un air moqueur.

 - Probablement, dis-je. Mais la question ne se pose pas lorsqu'on est en danger. Ma grand-mère n'a pensé qu'à mon bien... Celui qui a les poches pleines ignore tout de la misère. Il peut philosopher sur la chose mais ne peut pas la ressentir. Et c'est ça la grande lacune.

 - Mais votre grand-mère avait-elle pensé aux conséquences ? me demanda l'homme qui avait les yeux plus grands que son ventre.

 - Le raisonnement du calculateur ne mène pas forcément à la raison, répondis-je. La spontanéité est la véritable noblesse de l'âme.

 La mère de Pierre sourit.

 - Pourquoi tu as souri? lui demanda sèchement son mari.

 - J’ai souri, dit la femme, parce que je suis contente que notre fils se soit lié d'amitié avec un jeune homme comme il faut et intelligent.

 Le sang me monta à la tête. Les compliments m'ont toujours gêné... à suivre

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27/01/2013

La vieille femme et l'enfant (21, à suivre)

 Et nous nous mîmes en marche pour un ailleurs tout autre... en direction de notre plus proche pays voisin. Un pays qui, depuis toujours, avait une très bonne réputation. Un pays où la culture de l'esprit primait sur les autres cultures. Un pays qui était dirigé par des hommes sincères, honnêtes et soucieux de l'avenir de leurs compatriotes.

 - Halte ou je tire! cria un soldat.

 - Où sommes-nous? demanda ma grand-mère.

 - Vous venez de traverser la frontière illégalement.

 - Nous n'avons vu aucune indication. Comment est-ce possible?

 - Faut pas vous promener dans des régions interdites.

 - Interdites par qui? Ça fait des années que nous nous promenons et que nous vivons dans cette forêt et jamais personne ne nous a dit pareille chose.

 - Je vois, dit le soldat et il nous fit signe de nous approcher de lui.

 Nous obéîmes.

 - Vous fuyez votre pays? nous demanda gentiment le soldat.

 - Non, nous fuyons le danger, corrigea ma grand-mère. Nous fuyons la folie et l'absurdité des hommes.

 - Je vois, je vois, répéta le soldat.

 Puis, il nous demanda de le suivre, ce que nous fîmes sans la moindre protestation, et il nous présenta à son supérieur qui, à son tour, nous présenta à quelqu'un d'autre... Et ce cirque dura des heures interminables. Pour certains nous étions des bêtes curieuses échappées d'un bizarre jardin zoologique mal entretenu et pour les autres des êtres humains semblables à eux. Finalement, après cette ballade à travers des bureaux gris et impersonnels, on nous invita à prendre une collation dans un beau salon où chaque table était éclairée par une lampe à abat-jour. Là, on nous servit du thé de Chine et de petites pâtisseries soigneusement préparées par un maître en la matière.

 - Je peux en prendre un deuxième? demandai-je à ma grand-mère, après avoir englouti le plus volumineux des gâteaux.

 La vieille femme me nettoya la bouche avec son mouchoir, une bouche qui donnait la preuve de ma gourmandise, et elle me répondit:

 - Si tu avais véritablement faim, tu n'aurais pas demandé d'en prendre un deuxième. Un oeil avide est le pire des compagnons pour un estomac délicat. Soit le maître de tes sens et non l'esclave de tes désirs, Tsoulakia.

 Ces paroles ne me plurent pas sur le moment. Car cela faisait des années que je n'avais pas mangé de gâteau et j'ai toujours eu un faible pour la chantilly et le chocolat. Et puis, ces pâtisseries étaient trop alléchantes et offertes pour que je n'en profite pas. Alors, sans dire un mot, je me servis une seconde fois.

 Ma grand-mère fit comme si de rien n'était.

 Mais, une fois que j'eus apaisé ma gourmandise, la vieille femme me dit:

 - Tout est dans la tête. Vouloir ou ne pas vouloir. Résister ou se laisser prendre au piège. Quelle est la meilleure des solutions pour devenir un homme? En vérité, s'il y a choix, il ne peut pas y avoir d'évolution. On évolue lorsqu'on comprend, lorsqu'on est attentif au fonctionnement de notre machine cérébrale. Car cette vieille machine ne fait qu'accumuler souvenir sur souvenir...  elle fait ça dans le seul but de ressusciter les beaux moments de notre vie. Si tu comprends ça, Tsoulakia, ta vie sera riche en découvertes et non pas en accumulations de vieilleries...

 Un homme d'un certain âge, habillé avec élégance, s'approcha de nous et dit à ma grand-mère:

 - Nous savons qui vous êtes et ce que vous représentez pour un grand nombre de vos concitoyens, Chère Madame. C'est pourquoi nous allons faire en sorte que votre séjour ici vous sera des plus profitables. Votre petit fils pourra poursuivre ses études et vous pourrez jouir enfin des distractions agréables de notre société. On va vous loger dans un bel appartement et vous recevrez chaque mois la somme nécessaire pour gérer confortablement votre ménage. Qu'en dites-vous?

 Quoi répondre face à une telle offre? C'était un miracle. Et face à un miracle, on ne peut être que silencieux. Oui, un dieu inconnu, bon et désintéressé, nous était venu en aide. C'était comme si venions de gagner à la loterie... un lot inestimable. Une nouvelle vie venait de nous ouvrir toutes grandes ses portes.

 Malheureusement, après chaque miracle, la vie redevient normale... L'homme est un animal intelligent qui s'habitue à tout et la plupart du temps avec une rapidité qui dépasse la vitesse de la lumière. Il préfère déterrer les bons souvenirs que d’en enterrer les mauvais. Il oublie vite ce qu'il a envie d'oublier et cultive en lui ce qu'il n'a jamais su faire éclore.

 Ce pays d'accueil, en quelques années, avait fait de moi un jeune homme cultivé et de bonne moralité et avait permis à ma grand-mère de goûter aux fruits de la liberté. Mais la terre de nos ancêtres étaient très souvent présente dans nos rêves et nos conversations... à suivre

09:39 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

26/01/2013

La vieille femme et l'enfant (20, à suivre)

 - Je n'ai pris aucun risque parce que je savais qu'il ne ferait pas une chose pareille. Quand le coeur parle, les mots n'ont plus de sens. Et puis j'ai remarqué un tas d'autres choses. Je l'ai observé quand il reconstruisait notre cabane. Son visage parlait, ses mains parlaient, il parlait des pieds à la tête. La peur et la tristesse parlaient pour lui. Et surtout n'oublie pas que celui qui se soumet facilement sans la moindre retenue aux lois des autres est un homme qui craint les lauriers et les couronnes.

 - C'est tout de même un sale type, dis-je.

 - Ne juge pas trop vite, me dit ma grand-mère. C'est comme ça que l’on se fabrique des ennemis. Et que l’on accumule fausses idées sur fausses idées. Tu ne crois pas ?

 - Je ne sais pas, répondis-je à ma grand-mère, je n'ai ni ennemi, ni ami, je n'ai que toi et les arbres de cette forêt.

 A ces mots, quelques traits profonds s'ajoutèrent aux rides de la vieille femme.

 Ma grand-mère me prit la main et me demanda:

 - Tu t'ennuies avec moi? Tes camarades te manquent, n'est-ce pas?

 - Je ne sais, répondis-je vaguement.

 Et ce vague “je ne sais pas” empêcha ma grand-mère de trouver facilement le sommeil. Durant plusieurs nuits de suite et ce jusqu'au jour où son côté philosophique pris enfin le dessus sur son côté maternel.

 Nous étions, paraît-il, selon le chasseur, devenus célèbres dans tout le pays. Mais cette célébrité n'eut sur nous aucun effet, ni sur notre entourage d'ailleurs. Car les arbres se contentaient d'être ce qu'ils étaient et préféraient ignorer tout du domaine des flatteries et de la vanité.

 Nous étions, aux yeux de nos concitoyens, malgré nous, l'étincelle qui avait mis le feu aux poudres. Et les pauvres et les chômeurs s'étaient inspirés de nous pour refaire leur vie. Nous étions le rêve devenu réalité. Nous étions les pionniers d'une nouvelle civilisation, la civilisation de l'essentiel et du refus du superflus et du gaspillage. Mais tous ces beaux qualificatifs ne nous incitèrent  jamais à nous gonfler la poitrine, ni à lever le nez au ciel. Au contraire, ils nous obligèrent, parfois, à imaginer ce que notre société aurait pu devenir avec ses lois de plus en plus compliquées, ses obligations de plus en plus infernales et ses interdictions de plus en plus nombreuses. Nous étions heureux et nous savions que des milliers de femmes et d'hommes vivaient dans le malheur. Mais la forêt était devenue notre unique patrie.

 Quelques années plus tard, un rêve mystérieux fit dire ma grand-mère:

 - La partie n'est pas gagnée. J'ai rêvé que je jouais aux jeux d'échec. Mon adversaire n'avait plus que la reine. Moi, j'avais tous les pions mais j'avais de la peine à me décider... à faire bouger le bon pion. Mon adversaire ressemblait à notre Président. Son visage était en sueur. Il souriait de temps en temps. Moi, j'étais pâle comme une lavette et je tremblais. Car ton avenir était en jeu. Puis tu es arrivé et le Président t'a cédé sa place. Tu as joué contre moi et tu m'as battue. Le Président a pris peur et s'est enfui. Nous, nous nous sommes embrassés comme de bons sportifs et nous nous sommes mis à rire. Puis...

 - Puis? dis-je à ma grand-mère afin de connaître la suite.

 - Non, la suite, je préfère la garder pour moi, me dit la vieille femme. Car c'est la première fois de ma vie qu'un tel rêve m'oblige à croire... non, rien, c'est un signe du destin ou rien du tout.

 Je n'insistai pas. Ma grand-mère avait sans doute ses raisons pour garder sous silence la suite de ce rêve et moi, je tenais à respecter tout ce qui venait d'elle, tout ce qui venait du fond de son âme.

 Le lendemain matin, le visage rayonnant de joie et de lucidité, ma grand-mère me dit:

 - Le temps des cueillettes et de la solitude est terminé pour toi. Nous allons quitter cette forêt et nous diriger vers un ailleurs tout autre. Il y a un temps pour chaque chose. Celui qui s'éternise sur une sucrerie passe à côté de la vie, des délices de la vie. Et la vie est une grande fête, un grand bal, masqué pour certains, mais un bal où les voyageurs arrivent avec un mignon petit sourire plein de curiosité et doivent partir avec un énorme sourire plein de satisfaction. Notre séjour ici n'était qu'une étape. Une étape pour ton éducation et un pas en avant sur le monde hostile à toute nouveauté. Nous allons tout abandonner et tout recommencer à zéro pour une seconde fois.

 Puis elle ajouta avec ironie :

 - Nous allons pouvoir acheter enfin quelque chose avec ma fameuse pièce d'or, qui sait!... à suivre

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25/01/2013

La vieille femme et l'enfant (19, à suivre)

 - Vous ne lisez pas les journaux?

 - Est-ce nécessaire?

 - C'est nécessaire parfois. Surtout quand on peut éviter à certaines personnes de se fourrer davantage dans de sales draps.

 - Je ne comprends rien à vos salades.

 - Eh bien, je vais tout vous raconter depuis le commencement puisque vous semblez tout ignorer de l'actuelle situation politique de notre pays...

 - Je ne veux rien savoir, coupa ma grand-mère.

 - Vous êtes drôle, fit l'homme. Vous voulez savoir pourquoi j'ai détruit votre cabane ou quoi?

 - Je ne veux qu'une seule chose: vous voir remettre en état notre habitat. Le reste je m'en moque éperdument, dit ma grand-mère.

 - Et si je refuse?

 - Vous ne refuserez pas car vous êtes un homme prudent qui tient à sa vie... Et maintenant au travail... Allez, au travail!

 Et l'homme se mit au travail. Une fois qu'il  eut terminé de reconstruire ce qu'il avait détruit et de ranger ce qu'il avait balancé dans tous les sens, ma grand-mère dit à l'homme:

 - Il est plus facile de détruire que de  construire, n'est-ce pas? Avant d'agir, il faut réfléchir. Surtout quand on a décidé d'agir pour le compte du mal.

 - Je n'ai fait que mon métier, dit l'homme. Et puis, vous croyez que c'est facile de nos jours de gagner son pain quotidien? On ne choisit pas son métier comme on veut, vous savez.

 - Je sais, lui répondit ma grand-mère. Mais je sais aussi que celui qui a une conscience ne se prostitue pas.

 - C'est facile à dire.

 - Le chemin le plus facile n'est pas toujours celui qui mène droit au but.

 - J'ai des bouches à nourrir, moi! dit l'homme en haussant la voix.

 - L'humanité tout entière en a, dit calmement ma grand-mère.

 - Ce n'est pas moi qui ai décidé de faire ce que je fais mais notre gouvernement, expliqua l'homme. C'est lui qui a eu l'idée d'engager des anciens chasseurs au chômage pour faire fuir les nouveaux habitants des bois. Si les journalistes n'avaient pas tant amplifié un fait banal, je ne serais pas ici et vous non plus. Il faut toujours que les gens se copient!

 - Quel fait banal?

 - La police recherchait une vieille dame et son...
 
 Subitement, l'homme s'arrêta de parler et se mit à nous regarder bizarrement.

 - Pour quelle raison étaient-ils recherchés? lui demanda ma grand-mère.

 - J'y suis! s'écria l’homme, comme s'il venait de faire une découverte importante.

 Puis, s'adressant à moi:

 - Tu t'appelles Tsoulakia, n'est-ce pas ?

 - Oui, répondis-je tout étonné.

 D'où me connaît-il cet étrange individu? me demandais-je.

 - Vous savez que vous êtes célèbres? dit l'homme à ma grand-mère.
 

 - Mais qu'est-ce que vous me chantez-là, fit la vieille femme.

 - Oui, célèbres dans tout le pays, dit le chasseur avec enchantement. Célèbres et très mal vus par les autorités. Mais aimés et soutenus par les opposants au régime actuel... lesquels ont toute mon estime...

 - Ne cherchez pas à m'attendrir, ça ne servirait à rien, votre fusil vous ne l'aurez pas, lui dit ma grand-mère.

 - Vous avez tort de ne pas me croire, dit-il. Tenez!...

 Et il nous dit tout ce qu'il savait sur nous et  tout ce que nous savions déjà et tout ce que la presse avait écrit sur nous.

 Lorsque l'homme eut fini de déballer tout son savoir, ma grand-mère s'approcha de lui, lui tendit son fusil et lui déclara avec un certain humour noir:

 - Si ma tête peut en nourrir des millions d'autres, alors que les anges du mal vous aident à exercer votre métier.

 L'homme pris le fusil et répondit à ma grand-mère:

 - Quand un chasseur reconnaît sa proie, il ne peut que se transformer en bon berger...  Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, plus personne ne viendra vous ennuyer.

 Quand le chasseur disparut de notre vue, je dis à ma grand-mère :

 - Il aurait pu nous tuer. Tu a pris un grand risque là.

 Ma grand-mère me fixa tendrement dans les yeux puis elle me dit:... à suivre

10:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/01/2013

La vieille femme et l'enfant (18, à suivre)

 C'est dans cette forêt que je me suis rendu compte que je n'étais rien et que pour devenir quelqu'un il fallait que je me développe comme un arbre.

 A un moment donné, ma grand-mère s'arrêta et dit:

 - C'est ici que nous construirons notre cabane.

 Et nous nous mîmes à ramasser toutes les branches qui traînaient dans le coin et nous en fîmes un grand tas.

 Puis nous nous mîmes à construire notre cabane. Et petit à petit notre habitat pris forme. C'était une cabane qui avait l'allure d'une hutte. Sans fenêtre ni porte mais une entrée ouverte à tous.

 Mais au fil des jours, par protection contre le froid, le vent et la pluie, notre habitat prit une tout autre forme. Il était devenu moins sauvage et plus confortable. Nous étions finalement bien installés et nous nous nourrissions bien. Nos repas étaient composés de graines, de noisettes, de pommes, de champignons et d'autres fruits et légumes sauvages dont seule ma grand-mère connaissait les vertus. L'eau que nous buvions était celle d'un ruisseau  que j'avais découvert par hasard en cherchant des champignons et qui chantait encore le soir, mais en sourdine, quand les habitants de la forêt dormaient d'un paisible sommeil et quand, moi, je m'apprêtais à fermer les yeux. D'après ma grand-mère, en peu de temps, j'avais pris du poids et des couleurs. Et au fil des mois et des saisons, le vent, la pluie, la neige, les orages et le froid étaient devenus des amis, des amis au caractère bien différent l'un de l'autre, mais des amis précieux car tous nous apportaient, directement ou indirectement, des éléments nécessaires pour vivre et mieux vivre. Je connaissais presque par coeur les quelques livres d'école que j'avais pris avec moi. Par contre, en orthographe et en grammaire, j'avais encore quelques difficultés de compréhension et de mémoire. Mais en sciences naturelles, je devais dépasser de loin les gamins de mon âge. Chaque soir, en lisant le dictionnaire, je découvrais un nouveau mot qui, parfois sûrement, m'en faisait oublier un autre.

 Le silence de la forêt nous convenait à merveille. Et à aucun moment la moindre nostalgie, le moindre souvenir ne vint perturber ce silence sain et harmonieux. Excepté le jour où un pauvre individu... non, il serait plus sage de ma part que je reste sur mes gardes et que je décrive les situations telles que je les ai vécues et non pas comme je les ressens actuellement. Chose difficile mais nécessaire pour comprendre le fond de tout problème...

 Un jour, en rentrant avec ma grand-mère d'une cueillette de pommes, nous eûmes la fâcheuse surprise de découvrir notre cabane toute détruite. On y avait tout saccagé. Qui avait fait cela? Un sanglier en colère? Une tempête passagère et locale?
 
 Ma grand-mère, lorsqu'elle aperçut ce tableau désolant, leva la tête vers le ciel et cria:

 - Même en cachette, il faut que le malheur s'abatte sur nous. Quel est ce dieu destructeur qui s'acharne contre nous.

 A peine eut-elle fini de dire cela qu'un coup de feu derrière notre dos nous fit sursauter.

 Quand nous nous retournâmes, nous aperçûmes un chasseur aux cheveux grisonnants qui braquait son fusil sur nous. Le canon de l'arme fumait encore.

 Ma grand-mère, craignant le pire, eut la géniale idée de dire à l'homme:

 - Vous avez meilleur temps de ranger votre fusil, la chasse est interdite dans la région.

 L'homme s'approcha de nous et répondit à ma grand-mère d'un ton agressif:

 - Je chasse quand je veux et ce que je veux.

 - Même quand vous avez derrière vous deux gardes forestiers qui vous observent? lui demanda ma grand-mère.

 - Les ruses de singe, c'est mon domaine, ma chère dame.

 Mais à cet instant le dieu des pauvres et des opprimés fit tomber du haut d'un arbre une vieille branche non loin du chasseur, obligeant celui-ci à regarder derrière lui.

 Ma grand-mère, profitant de la situation, lança de toute ses forces son panier de pommes sur la figure de l'homme.

 Le chasseur perdit connaissance et s'écroula parterre.

 Ma grand-mère ramassa le fusil et me dit:

 - Nous allons attendre que ce fou reprenne connaissance... Une fois réveillé, il rangera et reconstruira ce qu'il a détruit.

 - Et s'il meurt? dis-je.

 - C'est impossible, dit ma grand-mère. Des comme lui, on n'en veut pas au paradis. Ce serait trop facile. Et puis, détruire puis mourir, c'est l'oeuvre d'un révolutionnaire suicidaire et non pas celle d'un désaxé mental qui sème le désordre pour être bien vu par l'ordre, par ce système démoniaque qui se dit le mainteneur de l'ordre et qui néglige l'essentiel.

 L'homme revint à lui.

 Ma grand-mère pointa l'arme en direction du chasseur et dit à celui-ci :

 - Celui qui a eu le courage de détruire peut aussi avoir le courage de construire.

 L'homme se releva et dit à ma grand-mère:

 - Je n'ai fait que mon métier, Madame.

 - Votre métier? Quel beau métier! s'exclama ma grand-mère.

 - Oui, je n'ai fait que mon métier, répéta l'homme.

 - Et qui est ce patron minable pour lequel vous travailler ?

L'homme se frotta le visage, à l'endroit où il avait reçu le coup de panier.

 - Vous avez une sacrée force, vous savez, dit-il à ma grand-mère.

 - Je sais, répondit sèchement la vieille femme... Qui vous paye pour faire un travail pareil ?

 - L'état.

 - L'état?

 - Le gouvernement, si vous préférez.

 - Et en quel honneur?

 - Pourquoi, vous n'êtes pas au courant?

 - Au courant de quoi?... à suivre

11:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/01/2013

La vieille femme et l'enfant (17, à suivre)

 Puis, une fois que l'ange du bien l'eut calmée, elle me dit:

 - Nous allons faire nos bagages et quitter cette maison avant que quelqu'un vienne te chercher de force. Nous construirons notre cabane sans demander l'autorisation à qui que ce soit.

 Nous fîmes nos bagages. De maigres bagages. L'essentiel. De toute façon, nous ne pouvions pas faire autrement, vu que nous n'avions pas grand-chose. Et nous quittâmes ce chez nous qui nous avait si chaleureusement abrités pour un ailleurs plus exaltant. Le rêve commençait à devenir réalité. Par la force des circonstances. Le destin avait décidé pour nous. Et nous voilà à nouveau en pleine aventure. Dans le brouillard le plus total. Adieu maison, école et amis! Comme deux voleurs en fuite, mais éclairés par une belle lune, nous prîmes la direction de la forêt.

 A la lisière de celle-ci, ma grand-mère me dit:

 - J'ai changé d'idée, nous construirons notre cabane à l'intérieur des bois, en plein milieu, là où personne ne pourra nous trouver. Ni gendarme, ni personne.

 Et nous nous enfonçâmes dans les bois en suivant un petit sentier. La forêt semblait dormir d'un profond sommeil jusqu'au moment où un cri mystérieux me fit sursauter.

 - Ce n'est qu'une chouette, elle n'attaque jamais les humains, me dit ma grand-mère.

 Son explication me rassura mais n'empêcha pas pour autant mon imagination de se mettre à voyager à travers d'autres forêts, des forêts plus légendaires où fées et nains viennent aux secours des enfants en péril...

 A cheval entre la réalité et le rêve à l'état d'éveil, je vécus un moment de grande émotion. Un moment unique. Un moment fait d'obscurité et de rêveries. Comme le bonheur peut naître de si peu de choses!

 De temps en temps, l'ombre d'un sapin ou d'un arbre, dont la forme ressemblait à celle d'un homme levant les bras au ciel, mettait du piment à mon imagination. Mais je n'avais pas peur car je me sentais protégé par une montagne de muscles et de savoir, qui n'était autre que ma grand-mère.

 Cette nuit-là, nous marchâmes comme je n'ai jamais marché de ma vie. Jusqu'à l'épuisement le plus total. Presque jusqu'à la mort...

 Le lendemain matin, le chant perçant d'un oiseau nous réveilla, ma grand-mère et moi quasi simutanément.

 Ma grand-mère me regarda et un étrange sourire se dessina sur son visage. C'était un sourire qui semblait venir du fond des âges, du fond de la mémoire des hommes. C'était un sourire qui voulait tout exprimer: la liberté, la joie de vivre.

 Puis nous nous levâmes et nous nous secouâmes pour faire tomber de nos vêtements les petites feuilles mortes et autres petits végétaux qui s'étaient collés à nous durant notre sommeil...

 Ma grand-mère s'approcha de moi, me pris le visage dans ses mains et me dit:

- Si tu crois que cette aventure est un obstacle pour ton avenir, nous pouvons rebrousser chemin. Tu as aussi ton mot à dire, tu sais.

 - Je veux toujours vivre avec toi, répondis-je.

 Alors la vieille femme me serra contre elle et j'entendis battre son coeur. Il battait fort et d'une façon très régulière malgré ces nombreuses blessures advenues au cour des plus pénibles événements, telle la disparition de mes parents ou la mort de mon grand-père.

 Après que nous ayons avalé un morceau de pain et une goutte de lait, ma grand-mère me dit:

 - Bientôt nous serons obligés de tout recommencer à zéro. Comme les premiers habitants du nouveau continent.

 - Comme Robinson Crusoé? demandais-je.

 - Oui, comme lui aussi.

 Et nous continuâmes à nous enfoncer dans cette forêt. Les sapins étaient immenses. Chaque arbre avait sa propre beauté et sa propre couleur mais tous avaient cette même solidité qui naissait au plus bas de leur tronc et qui se perdait dans le ciel. Et tous aussi dégageaient cette bonne odeur que j'appréciais lors des périodes de Noël où une maigre branche de sapin venait remplir le vide de nos quatre murs. Quand je regardais un arbre, j'avais l'impression qu'il me regardait aussi, qu'il voulait me dire certaines choses, ou plutôt qu'il voulait que je comprenne son message, un message fait d'odeur et de silence. Les pieds dans la terre et la tête dans les airs, il connaissait tout de la vie: il sentait les vibrations du sol et voyait apparaître et disparaître le soleil. Pour moi, c'était le plus grand de tous les savants car il était autant bon géologue qu'astronome... à suivre

10:02 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/01/2013

La vieille femme et l'enfant (16, à suivre)

 Ma grand-mère et moi,  nous faisons partie, sans faire partie, si je puis m'exprimer ainsi, de ces gens qui se sont toujours refusés d'appartenir à une quelconque famille d'hommes et de femmes aux idées bien établies... Nous étions deux vagabonds, sans reproches et libres de tout engagement, qui ne pensaient qu'à réaliser un modeste rêve. Au risque même de devoir briser des murs ou de devoir franchir la plus haute des murailles. Seul Dieu était un obstacle. Et encore, le pauvre, ce grand Être était hors jeu.

 Ma grand-mère regarda la belle herbe verte du parc et dit:

 - Il n'y a plus qu'à rentrer chez soi. En espérant qu'il fasse quelque chose pour nous.

 Le retour me parut plus court que l'aller. Étrange sensation que celle-ci. Une sensation qui me revient à chaque voyage. Est-ce un caprice de la mémoire? Ou l'inconnu a-t-il une plus longue vie que le connu? Le temps nous échappe constamment. Sa marche arrière est une prison où les supplices et les délires du passé ont le même visage. Celui d'un vieux fantôme fatigué et déçu de son existence. L'avenir, lui, est hors du temps. C'est un embryon de quelque chose qui ne cesse de se transformer. Éternellement à l'état embryonnaire, il se nourrit en suçant la sève des rêveries anciennes. Rien n'est plus beau que le présent. Il est beau parce qu'il est réel et mortel. Son parfum est celui de la jeunesse, de cette folle et joyeuse jeunesse qui refuse de s'aligner sur les rangs des vieilleries et des lois établies. Chaque jour est une vie. Je nais le matin quand je me réveille et je meurs le soir quand je m'endors...

 Et les jours passèrent dans l'indifférence et la banalité la plus totale jusqu'au jour où une étincelle miraculeuse vint mettre le feu aux poudres. C'était un soir de semaine. Nous étions à la cuisine. Nous avions fini de dîner. Ma grand-mère était entrain de raccommoder mes chaussettes et moi de faire mes devoirs, quand on sonna à la porte. Ma grand-mère qui était penchée sur son travail se redressa, releva ses lunettes et me dit:

 - Ça ne doit pas être une bonne nouvelle. Les bonnes nouvelles, quand elles arrivent, elles arrivent le jour.

 On sonna de nouveau.

 Ma grand-mère se leva et alla ouvrir...

 Une femme au regard d'aigle et déguisée d'une tenue quasi diabolique était là. Elle dit quelques mots que je ne compris pas.

 Ma grand-mère la fit entrer et la pria de s'asseoir. La femme entra mais refusa de s'asseoir.

 Elle regarda autour d'elle et me dévora des yeux comme si j'étais une créature de l'enfer. Puis elle demanda à ma grand-mère:

 - C'est lui Tsoulakia?

 - Oui, c'est lui Tsoulakia, dit ma grand-mère avec fierté.

 - Eh bien, à partir de demain, tout va changer pour lui, dit la femme avec autorité.

 Ma grand-mère me sourit.

 - Je suis également la directrice de l'orphelinat du canton, dit la femme.

 Ma grand-mère changea de mine.

 - Votre petit fils y trouvera son bonheur, dit la femme.

 - Comment ça? fit ma grand-mère. Le Président vous a envoyée pour nous aider ou pour nous désunir ?

 La femme joignit ses mains comme pour prier et dit:

 - Notre Président est un homme pieux et réfléchi qui ne prend aucune décision sans prier d'abord. Et puis c'est un homme intelligent qui a étudié et qui sait ce qui est bien et ce qui est mal. Et l'orphelinat que je dirige a été récemment créé par lui. C'est un établissement moderne dont le personnel a été rigoureusement sélectionné parmi les plus disciplinées des religieuses de mon ordre. Ce sont des femmes braves qui ont juré fidélité à notre seigneur Jésus-Christ.

 - Mais Tsoulakia n'est pas catholique, ma soeur, dit ma grand-mère.

 A ces mots, je compris que cette femme était une de ces femmes dont mon grand-père disait souvent qu'elles puaient Dieu et la fraternité entre soeurs.

 Et cette religieuse répondit à ma grand-mère:

 - Cela n'a aucune importance, l'enseignement de notre Seigneur est universel. C'est un enseignement d'amour et de paix.

 Mais ma grand-mère, qui n'avait aucune envie de se séparer de moi, ni moi d'elle bien entendu, dit à cette femme:

 - Un enseignement d'amour, ce n'est pas l'amour. L'amour est une chose qui ne se maîtrise pas, c'est quelque chose qui nous échappe totalement... qui est au-delà de toute logique, de toute intelligence. Et tout enseignement, aussi généreux soit-il, n'arrive jamais à faire fleurir dans l'âme d'un être la moindre semence d'amour. Apprendre à aimer et l'amour, c'est pareil à apprendre à bien manger à table et apprécier la nourriture. L'amour est à la fois une larme qui ne sèche jamais et un sourire qui ne s'éteint jamais.

 Et la religieuse, cloîtrée par son enseignement, dit à ma grand-mère:

 - Je comprends, Madame, mais il s'agit avant tout de l'avenir de l'enfant. Vous n'êtes pas toute jeune et un de ces prochains jours votre petit fils se trouvera tout seul dans la rue.

 Alors ma grand-mère avec une force de géant pris la femme par les épaules et lui dit en la secouant:

 - La mort guette aussi bien les jeunes femmes que les vieilles. Allez dire au Président que ses méthodes sont diaboliques!

 Et la religieuse toute étourdie et effrayée prit la fuite.

 Ma grand-mère se mit à trembler. De peur ou de honte. Car elle avait horreur de la violence. Pourtant ce qu'elle venait de faire à la religieuse n'était autre qu'un acte de pure légitime défense... à suivre

18:19 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/01/2013

La vieille femme et l'enfant (15, à suivre)

  Si ma mémoire est bonne, la conversation débuta par une question du Président:

 - Est-il vrai que vous soyez ma soeur, chère Madame?

 Et ma grand-mère répondit avec un courage surhumain:

 - J'ai menti, Monsieur le Président. J'ai menti par nécessité. Comme un soldat qui cherche à tout prix à vaincre son ennemi. Car la vie n'est pas facile pour une femme de mon âge qui lutte pour un idéal. Un idéal à la porté de tous. Mais un idéal inacceptable pour les autorités locales. Je sais, j'aurais dû vous écrire mais une lettre n'est qu'une lettre. Et j'ai une trop vilaine écriture.

 Le Président sourit.

 - Tiens! fit ma grand-mère. On m'a dit que vous ne souriez jamais.

 Le Président fut tout étonné.

 - Les gens parlent souvent pour ne rien dire, dit ma grand-mère. Ils collent des étiquettes sur n'importe quoi et sur n'importe qui. Et ainsi les êtres et les choses sont classés une fois pour toutes dans leur petite cervelle. Mais la vérité est tout autre. La semence n'est pas éternellement une semence et l'enfant n'est pas éternellement un enfant. Tout change. Tout se transforme. S'enlaidit ou s'embellit. Naît et meurt. C'est pourquoi les lois ne doivent pas être éternelles.

 - A quoi vous voulez en venir ? demanda le Président.

 - A quelques mètres de terre que l'on refuse de me vendre, Monsieur le Président.

 Et elle ajouta :

 - Une misérable parcelle, qui finalement n'en est pas une, à la lisière d'une forêt.

 Le Président se frotta les yeux puis il dit:

 - Un bon avocat vous rendrait la chose possible.

 - Mais Monsieur le Président, je suis veuve! dit ma grand-mère. J'ai en tout et pour tout une pièce d'or. Sans doute ancienne mais rien de plus. Et un bon avocat me rendrait plutôt la chose impossible.

 - Et pour quoi faire vous voulez ce terrain? demanda-t-il.

 - Ce ne sont que quelques mètres de terre, expliqua ma grand-mère. Dix mètres sur dix mètres tout au plus. Pour y construire une petite cabane habitable et y planter quelques légumes. Le minimum vital.

 - Mais pourquoi près de la forêt?

 Et ma grand-mère dit d'un air rêveur:

 - Les arbres des forêts transmettent des forces. Et mon petit fils et moi-même, nous en avons sérieusement besoin. Et puis, d'un côté il y a les hommes avec leurs problèmes, la civilisation et de l'autre la forêt avec son silence, ses richesses et ses pouvoirs régénérateurs... Je veux faire de mon petit fils un homme, un vrai... un être attentif, harmonieux, capable de sentir et de prévoir le moindre danger. Capable surtout d'apprécier seconde après seconde les beautés de l'existence.

 Le Président fit une drôle de grimace. Voulait-il rire, voulait-il pleurer? Puis l'élu du peuple posa à ma grand-mère un tas d'autres questions dont je ne me souviens plus. Elles devaient être peu importantes ou totalement démunies d'intérêt...

 Quand le grand homme eut assez de satisfaire sa curiosité, il dit à ma grand-mère,  mais cela je m'en souviens comme si c'était hier:

 - Je tâcherai de faire quelque chose pour vous, Madame. Dans la mesure de mes possibilités.

 Avec ces mots, je compris que le grand homme n'était pas si grand que ça. J'eus même l'impression qu'il menait une barque dans un épais brouillard, de contraintes et de craintes, dont le contrôle lui échappait sérieusement. Son pouvoir était un pouvoir plus fictif que réel. Il était là pour le plaisir et l'intérêt des autres. Mais quels autres? Des autres qui ne pensaient jamais aux autres. Il était plus mousse qu'amiral. Plus spectateur qu'acteur. Je compris aussi, ce jour-là, que les hommes avaient de nombreuses facettes. Et que la plupart d'entre elles ne reflétaient que des choses superficielles et banales.

 Puis, après que l'un des deux colosses qui protégeaient le Président eut fini de noter notre adresse dans un petit calepin, le cortège présidentiel reprit la route...

 Ma grand-mère me pris par la main et me dit:

 - Le rêve est indiscutablement plus beau que la réalité. Un homme qui impressionne tout un peuple n'est pas à l'abri de l'indifférence d'une mouche. Un rien peut l'amener à l'essentiel comme un tout peut le faire plonger dans les ténèbres de l'absurde. Il est très dangereux d'admirer quelqu'un ou de l'envier... Sois toujours toi-même. Et agis toujours selon tes propres expériences, selon ta propre conscience, selon ton intuition... à suivre

09:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/01/2013

La vieille femme et l'enfant (14, à suivre)

 Puis, pour tromper l'ennemi, elle ajouta avec ruse:

 - Mais ceci n'est qu'un détail. L'essentiel est de revoir mon frère. Après toutes ces longues années, il a dû énormément changer. Et il était si attaché à sa grande soeur.

 Les deux hommes se regardèrent puis, sans prononcer le moindre mot, il se retournèrent comme des marionnettes et s'éloignèrent de nous...

 Quand les deux hommes disparurent de notre vue, je demandai à ma grand-mère:

 - C'est vrai que le Président est ton frère?

 Ma grand-mère me sourit et me fit la théorie suivante:

 - Pour pêcher, il faut avoir une canne, du fil, un hameçon et des asticots. Pour chasser: un fusil et des cartouches. Pour jouer aux cartes: des cartes. Ces activités ont toutes les trois le même but: vaincre. Le pêcheur veut vaincre le poisson. Le chasseur le gibier. Et le joueur de cartes son adversaire. Mais quand la canne risque de se briser vu le gros poisson, quand le fusil a un trop petit calibre vu le gros gibier et quand les cartes sont trop mauvaises, il ne reste à ces pauvres individus qu'une seule chose: utiliser la matière grise... la ruse ou le bluff. Dans mon cas, c'était le bluff.

 - Mais grand-mère, lui dis-je, si j'ai bien compris, tu as menti... N'est-ce pas que tu as menti?

 Et ma grand-mère me répondit avec ironie:

 - Le curé et le pasteur ne cessent de répéter que nous sommes tous frères et soeurs  en ce bas monde. Ai-je dis le contraire?
 
 C'est vrai, en quelque sorte, ma grand-mère n'avait pas menti, elle n'avait qu'essayé de réaliser ce vieux rêve où les grands et les petits jouent dans le même jardin et s'interpellent gentiment par leur prénom.

 Un peu plus tard, une immense voiture bleu marine, escortée par quatre gendarmes en moto, deux devant et deux derrière, et suivie d'une autre voiture, noire celle-ci, s'approcha et s'arrêta à quelques mètres de nous. Voitures comme motos n'avaient pas respecté la pancarte qui se trouvait à l'entrée du parc et sur laquelle on avait inscrit: il est formellement interdit, sous peine d'amende, de circuler en bicyclette, en trottinette ou en tout autre véhicule à roues sur la pelouse. Mais vu les circonstances, ou plus précisément vu l'importance des déclarations de ma grand-mère, le règlement en question avait été remplacé par un autre règlement, réservé à une certaine élite qui avait perdu, à cause du pouvoir, le sens de l'exemple.

 Puis un homme et une femme sortirent de la voiture noire, s'approchèrent de nous et l'homme nous dit:

 - Sécurité, nous sommes obligés de vous fouiller.

 Et on nous fouilla. La femme: ma grand-mère. Et l'homme: moi et nos sacs à dos.

 Puis, comme nous n'avions rien de si explosif dans nos sacs, la femme fit un étrange signe en direction de la voiture bleu marine et deux colosses sortirent de celle-ci et se mirent au garde-à-vous.

 Puis l'homme qui nous avait fouillés nous tira, ma grand-mère et moi, gentiment par le bras et nous conduisit jusqu'à la voiture bleu marine...

 Et ce fut le miracle! Plus exactement la matérialisation d'une image. Le héros en photo qui me regardait d'un air sévère durant mes heures pénibles en classe était maintenant en face de moi, en chair et en os. Quelle joie et quelle tristesse à la fois! Sur la photographie, il paraissait beaucoup plus jeune et surtout moins fatigué mais plus autoritaire. Et là, assis confortablement sur le siège arrière de la voiture, il semblait porter sur son visage toute la souffrance du monde. Il est vrai qu'en ce temps-là le monde allait très mal. Mais tout de même! Non, je crois que le Président devait souffrir d'un mal incurable... Le mystère restera total et je suis peut-être le seul à avoir découvert quelque chose car, selon la presse, quelques d'années plus tard, le Président mourut en toute lucidité et de mort naturelle.

 Quand le Président porta son regard sur moi, j'eus une étrange sensation, une sensation mêlée de peur et de fierté. Était-ce à cause de son portrait qui m'observait régulièrement en classe? Probablement.

 Mais quand l'élu du Peuple porta son regard sur ma grand-mère, la vieille femme ne réagit pas: le Président était un homme comme les autres... ni plus beau, ni plus intelligent que n’importe quel autre homme... à suivre

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18/01/2013

La vieille femme et l'enfant (13, à suivre)

 Au bureau de poste, elle dicta, pour le Président, les mots suivants:

 - Monsieur le Président, il paraît que vous ne riez jamais. Moi, je ne vous demande qu'un sourire. Je vous attends donc en face de votre palais. Une de vos soeurs.

 Le message inquiéta d'abord le postier mais le mot soeur encouragea celui-ci à faire normalement son travail.

 Ma grand-mère paya et nous allâmes nous asseoir sur la pelouse du parc qui se trouvait en face du palais présidentiel.

 Quand je pense maintenant à ce télégramme, je me dis que la vie est très injuste. Aujourd'hui, pour un oui ou pour un non, j'envoie des télégrammes aux quatre coins du monde qui ne me coûtent pas un centime. Et dire que le télégramme que ma grand-mère avait envoyé au Président, nous avait coûté les yeux de la tête, des heures de sacrifices, et nous avait valu tant d'ennuis, des ennuis qui auraient pu nous paralyser à vie si nous étions des esprits conventionnels.

 Une demie heure plus tard, tout au plus, deux hommes, habillés l'un d'un imperméable beige et l'autre d'un manteau en cuir noir, s'approchèrent de nous.
 
 L'homme au manteau sortit de sa poche droite une carte multicolore, la présenta à ma grand-mère et lui dit :

 - Service de la surveillance du territoire.

 Ma grand-mère se leva et dit à l'homme :

 - Enchantée de vous connaître, de quoi s'agit-il?

 L'homme à l'imperméable nous déclara:

 - Vous êtes sur une zone particulière surveillée.

 Étonnée, ma grand-mère lui demanda :

 - Sommes-nous sur une zone très polluée ou une zone dont le taux de radioactivité dépasse la norme autorisée par nos gentils savants?

 Les deux hommes sourirent. Puis l'homme au manteau dit à ma grand-mère:

 - Côté santé, il n'y a rien à craindre ici. D'ailleurs, c'est le coin le plus propre de la planète. Mais ceci n'est pas notre problème. Notre problème à nous, c'est de maintenir le calme tout autour du palais présidentiel. Et d'arrêter les éventuels éléments perturbateurs. C'est pourquoi nous sommes dans l'obligation de vous demander vos papiers.

 - Mes papiers, quels papiers ? s'exclama ma grand-mère.

 - Carte d'identité, passeport ou permis de conduire, dit l'homme à l'imperméable.

 - Je n'en possède aucun, dit ma grand-mère.

 - Dans ce cas, ayez la gentillesse de nous suivre jusqu'au commissariat. C'est le règlement.

 - Quel règlement? dit ma grand-mère avec un sourire au bout des lèvres.

 - Le règlement c'est le règlement et on ne plaisante jamais avec ça, dit l'homme au manteau.

 - Je suis trop fatiguée pour me déplacer, déclara ma grand-mère. Et puis j'attends le Président. Je lui ai donné rendez-vous ici même. Que dira-t-il s'il vient et ne trouve personne?

 Les deux hommes sourirent de nouveau.

 - Vous me croyez pas? demanda ma grand-mère... Eh bien, vous avez tort. Je suis la grande soeur du Président. Et je viens d'envoyer un télégramme à mon frère en lui disant que je  l'attends dans ce parc.

 - Le Président n'a plus de soeur, dit l'homme à l'imperméable. Elles sont toutes mortes.

 - Alors l'actuel président n'est pas un président, déclara ma grand-mère avec fermeté. Car un homme d'état qui renie les siens n'est pas digne de gouverner.

 Un léger doute plana dans la tête des deux hommes...

 - Quel est votre nom? demanda subitement l'homme à l'imperméable.

 Mais ma grand-mère qui n'était pas née de la dernière pluie et qui se méfiait de toute personne qui représentait l'autorité, répondit à cet homme :

 - Je n'ai plus l'âge de jouer au jeu du chat et de la souris, ni à celui du gendarme et du voleur d'ailleurs. Je suis venue voir le Président sans arme et sans munitions et vous vous comportez vis-à-vis de nous comme si nous avions l'intention d'assassiner l'élu du peuple. Vous vous égarez mes amis. Et sérieusement! Et puis quelques mètres carrés de terre à la lisière d'une forêt ce n'est tout de même pas un continent! Non, Messieurs, nous n'avons pas fait tous ces kilomètres pour rien.

 Les deux hommes semblaient maintenant ne plus rien comprendre.

 Puis l'homme au manteau demanda à ma grand-mère:

 - Qu'avez-vous à demander à Monsieur le Président?

 - Une faveur, une toute petite faveur, répondit ma grand-mère avec simplicité... à suivre

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17/01/2013

La vieille femme et l'enfant (12, à suivre)

 - Parce que j'aimerais avoir un entretien avec le Président.

 - C'est impossible.

 - Pour quelle raison?

 - Parce que Monsieur le Président est très occupé.

 - Et moi, vous ne croyez pas que je suis très occupée?

 - Probablement mais Monsieur le Président a lui de très nombreux dossiers à étudier. Des dossiers très importants.

 - Concernant quoi?
 
 - Concernant la politique intérieure et extérieure de notre pays.

 - Et des cas particuliers, s'occupe-t-il des cas particuliers?

 - Sûrement. Mais pourquoi toutes ces questions?

 - Parce que j'ai une demande à lui faire.

 - Il faut lui écrire pour cela et son secrétaire vous répondra dans un délai d'un mois.

 - Un mois?

- Un mois ou deux semaines.

 Alors ma grand-mère se gratta la tête puis elle dit à l'homme:

 - Je constate donc que notre Président n'est pas un président original. Il agit comme les autres présidents de cette terre... Je comprends maintenant pourquoi tout va de travers.

 Le gardien fit une drôle de mine. Mais ma grand-mère continua :

 - Il suffirait qu'un seul homme d'état fasse quelque chose de fabuleux qui satisfasse la totalité de ses concitoyens pour que la face du monde commence à changer... ait meilleure allure. Malheureusement cet homme-là n'est pas encore né. Car trop de principes et de préjugés accablent les politiciens. On dirait que l'on a plus affaire à des comptables cupides qu'à des organisateurs logiques et désintéressés.

 A ces mots, le gardien gonfla sa poitrine et dit à ma grand-mère:

- Vous allez trop loin, Madame. Je pourrais vous arrêter pour insultes et trahison.

 Alors ma grand-mère se mit à rire et le gardien à paniquer. L'autre gardien vint au secours du premier et dit à ma grand-mère:

 - On ne rit pas ici, Madame.

 Et ma grand-mère cessa de rire.

 - Rire ici laisserait supposer que l'on est en train de se moquer du Président, expliqua gentiment le premier gardien.

 - Je comprends votre panique, dit ma grand-mère.

 Et elle poursuivit :

 - Notre Président ne doit pas être un homme commode. J'espère qu'il rit de temps en temps... car le rire est le propre de l'homme.
 
 - Notre Président ne rit jamais, dit le premier gardien.


 - Nous, nous ne l'avons jamais vu rire, corrigea le second.

 - Et avec les siens, sa famille, ses amis ou ses enfants, il doit bien rire de temps en temps, non? dit ma grand-mère.

 - C'est un homme solitaire, expliqua le second gardien. Il mange seul, boit seul et dort seul du lundi au vendredi. Le samedi matin, sa femme et ses enfants le rejoignent pour passer ensemble le week-end. Et tout se passe dans le calme le plus absolu. Jamais de disputes, de pleurs ou de rires.

 - Quelle triste vie ça doit être, dit ma grand-mère.

 - C'est ce qu'on raconte, dit le premier gardien. On peut se tromper aussi.

 - Sûrement, dit ma grand-mère. Le contraire serait plus proche de la réalité. Mais si le Président a décidé de laisser courir ces bruits, c'est sans doute pour une raison bien précise. Question d'image de marque, sans doute. Aucune importance, l'essentiel est qu'il fasse bien son travail, ne croyez-vous pas?

 - Si, firent simultanément les deux gardiens.

 Et nous nous éloignâmes du palais présidentiel.

 - Nous allons où maintenant? demandai-je à ma grand-mère.

 - Au bureau de poste le plus proche, me répondit-elle d'un air rêveur.

 - Pour quoi faire?

 - Envoyer un télégramme au Président.

 Eh oui, ma grand-mère ne manquait jamais d'imagination. Elle trouvait toujours un remède à toute souffrance et une solution à toute impossibilité... à suivre

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16/01/2013

La vieille femme et l'enfant (11, à suivre)

 Le lendemain matin, à notre réveil, je fis observer à ma grand-mère que mon sac de couchage était trempe. Alors la vieille femme m'expliqua que la rosée avait fait son travail et que c'était dans l'ordre des choses, pour le bien de tous et de tout, sauf peut-être pour mon malheureux sac de couchage. Puis nous prîmes notre collation. L'eau fraîche d'une rivière voisine avait remplacé le café au lait. Et les fruits d'un noisetier sauvage avait remplacé le pain. Je me sentais bien dans ma peau malgré quelques courbatures dues sans doute à la rigueur du sol. Tout au long de notre voyage, j'expliquai cela à ma grand-mère mais la vieille femme préféra garder le silence. Elle ne fit pas la moindre remarque concernant la dureté de ce sol qui nous avait accueilli et qui, de loin, n'était pas aussi agréable que le matelas de notre lit. Ce n'est que plus tard, des années plus tard, qu'elle me dit qu'elle avait mal dormi et qu'elle aurait préféré dormir dans un lit douillet ou à la rigueur sur un cube de foin.

 Et un jour nouveau s'ouvrit à nous. Riche et pauvre à la fois. Riche en surprises et pauvre en promesses. Ou le contraire? Cela n'avait aucune importance: l'essentiel était d'arriver au but quels que soient les obstacles à passer ou les épreuves à subir et non pas de se préoccuper de ce qui pouvait être bien ou mal pour notre avenir...

 Ma grand-mère et moi, nous étions devenus en l'espace de moins d'une semaine des êtres prêts à tout pour obtenir ces quelques mètres carrés de terre à la lisière des bois de notre commune, une misérable parcelle de terre dont ma grand-mère rêvait faire notre paradis, que le maire avait refusé de nous louer.

 Par moment, l'idée de ce refus de la part de l'autorité communale, nous stimulait davantage à poursuivre notre route et les efforts physiques n'étaient qu'un jeu pour petit écolier. C'était incroyable mais vrai. Mais ce qui était encore plus incroyable, c'était le nombre de kilomètres que nous avions fait jusqu'à lors... Si mes souvenirs sont bons, je crois que... non, il serait absurde de ma part de chercher à me perdre dans le monde de ces valeurs qui ne reflètent jamais la réalité mais une image abstraite de celle-ci. Car aussi bien le poids que la mesure échappent aux poètes et aux admirateurs des choses de la vie.

 Et enfin vint ce grand moment où nous nous trouvâmes face à l'immense grille qui entourait le palais présidentiel. Tel un singe estimé de tous mais condamné à être enfermé dans sa cage de marbre, l'élu du peuple donnait des ordres à ses ministres ou à ses conseillers afin que tout se déroule dans le calme et l'harmonie. Ce fut... cette image qui me traversa l'esprit à ce moment-la. Si les grilles n'avaient pas excité, j'aurais peut-être eu une toute autre pensée, meilleure sans aucun doute. Je n'étais pas responsable de cette vision. Seuls ceux qui avaient eu l'idée de dresser cette grille et ceux qui avaient imaginer un tel acte de discrimination étaient les véritables responsables de cette étrange vision.

 Ma grand-mère et moi, nous contournâmes cette horrible grille afin de trouver l'entrée principale qui menait tout droit au palais du Président. Et le chemin me parut interminable. Presque aussi interminable que le voyage que nous venions de faire. C'est ce qui explique fort bien la notion du temps et des distances. C'est un processus mental qui varie avec l'âge et qui, selon notre état d'âme, frise parfois la folie.

 Ma grand-mère s'approcha d'un des deux gardiens qui étaient plantés devant la porte principale, fermée bien entendu, et lui demanda:

 - Est-ce que le Président est chez lui ?

 L'homme sourit et répondit à ma grand-mère:

 - Monsieur le Président est toujours chez lui même quand il est en déplacement.

 Cette réponse parut à ma grand-mère d'une
étrange logique. Alors elle demanda à son auteur:

 - Mais qui gouverne alors ?

 Et le gardien lui répondit:

 - Je ne me suis jamais posé la question, Madame.

 - Et maintenant est-ce qu'il est là ?

 - Je l'ignore.

 - Peut-on au moins le savoir ?

 - Il faudrait pour cela posé la question à son secrétaire.

 - Et où se trouve-t-il ce cher monsieur ?

 - Auprès du Président.

 - Mais c'est une histoire à vous faire tourner en bourrique!

 - Pourquoi dites-vous ça?

 - Parce que j'aimerais avoir un entretien avec le Président.

 - C'est impossible... à suivre

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13/01/2013

La vieille femme et l'enfant (10, à suivre)

Quand le chauffeur, qui s'était éclipsé lors de la conversation avec la comtesse, réapparut, ma grand-mère lui dit, à haute voix vu l'infirmité de cet homme:

 - La leçon a été une bonne leçon pour mon petit fils et une preuve de plus pour moi. Mais après la leçon, il y a la récréation qui est aussi nécessaire pour l'évolution de l'élève. Vivre ici serait constamment répéter la même leçon. Et l'inculcation est un frein pour l'évolution. Votre comtesse porte bien son titre. Malheureusement pour elle, mon petit fils et moi-même, nous sommes fait pour vivre avec des gens simples et non pas avec des gens qui se croient supérieurs aux autres et qui se gonflent et se dégonflent comme des accordéons pour essayer de créer un climat harmonieux. Et puis, pour tout vous dire, la vieille bonne avec son fils que vous attendiez, doivent sûrement vous attendre quelque part près du château car il y a eu erreur de personnes... Dites à votre comtesse que je regrette de lui avoir fait perdre son temps mais que son temps n'est guère plus précieux que le mien....

 Et à notre tour, nous prîmes congé de cet homme qui, par un manque de sérieux et de curiosité, nous avait permis de vivre un tel moment.

 Hélas! Le paradis qui semblait nous ouvrir ses grandes portes en mettant à notre disposition, façon de dire, une magnifique voiture noire, n'était autre qu'une illusion de plus. Oui, une fois de plus Dieu était absent. Et avec l'âge, je pense que je vais finir par croire aux idées de mon grand-père, surtout lorsqu'il disait que le Créateur, à force d'avoir entendu crier les hommes, était devenu sourd et fatigué. Mais à cette époque, moi, je voyais Dieu partout: aussi bien dans le ciel que sur la terre. Il se manifestait souvent sous la forme d'un nuage qui avait l'allure d'une tête d'homme barbue ou lorsque le vent soufflait, sous la forme d'un arbre dont le sommet m'était inaccessible. Quelque fois, j'avais même l'impression qu'il était tout près de moi quand un rêve venait de se réaliser ou quand je me mettait à sentir le parfum des fleurs dont j'ignorais leur nom. Dieu sentait bon et son doux parfum m'embaumait d'espérance et de liberté. Mais les années passent et les belles images ternissent avec le temps. Les couleurs pâlissent et les détails se perdent dans le cimetière de nos souvenirs. C'est pourquoi, si parfois je manque de détail ou de précision, je vous demande de bien vouloir m'en excuser car, avec les années, mon esprit est devenu un océan agité, un océan où de nombreux bateaux chargés de belles pensées n'atteignent jamais les rives auxquelles ils avaient décidé d'accoster. Je m'efforce donc de remonter le temps et de me retrouver tant bien que mal sur la route de mon enfance...

 Quand la nuit tomba, ma grand-mère et moi, nous dépliâmes notre sac de couchage et nous nous couchâmes. Nous étions en pleine campagne.

 Je me serrai contre ma grand-mère et lui demandai :

 - Pourquoi nous ne nous sommes pas mis sous un arbre? Nous serions à l'abri d'une éventuelle pluie.

 Ma grand-mère me caressa le front et me répondit, bien qu'à côté de la question:

 - C'est pour réaliser un vieux rêve de jeune fille. Autrefois seuls les vagabonds et les aventuriers avaient le privilège de dormir à la belle étoile. L'honnête homme, lui, ne risquait pas de mettre sa vie en danger. Et la jeune fille rêvais, rêvais, rêvais d'un monde merveilleux, sans armées, ni pirates... un monde où elle pourrait bercer son petit à la lueur de la lune et sous le regard scintillant de l'univers. La chose n'était qu'un modeste rêve mais un rêve irréalisable. Au fil du temps, petit à petit, le comportement de l'homme a changé mais sa violence est restée la même. Et moi aussi, j'ai changé. La jeune fille est devenue femme, une vieille femme, solide peut-être, mais dont la beauté n'attire plus personne. A part quelques vieux gâteux qui espèrent recevoir ce qu'ils n'ont jamais su donner. Alors comme tout a changé, je m'offre le luxe de m'allonger sous le regard paisible de l'univers à côté de mon meilleur compagnon de voyage et j'attends que la première étoile vienne me dire que le rêve est enfin devenu réalité.

 Et pendant que ma grand-mère attendais la première étoile, mes yeux se fermèrent et le sommeil m'emporta à des années lumière de la réalité... à suivre

10:34 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/01/2013

La vieille femme et l'enfant (9, à suivre)

  Ma grand-mère et moi, nous nous regardâmes dans les yeux. Pourquoi ce conseil? De quoi voulait-il parler exactement?

 L'homme fit redémarrer la voiture puis il nous dit:

 - Vos appartements se trouvent juste derrière les cuisines. Ce qui vous évitera beaucoup d'efforts inutiles. Et pour vos achats au marché, je suis à votre disposition de huit heures à dix heures, uniquement pour les achats au marché. Le reste du temps, je suis à la disposition de Madame la Comtesse.

 Nous comprîmes seulement à ce moment-là que ce conducteur, si généreux derrière le volant de sa voiture, s'était trompé de personnes et que lui-même n'était autre que le chauffeur d'une comtesse au caractère difficile. Connaissant ma grand-mère, l'erreur était trop belle pour faire marche arrière. La vieille femme souriait, elle souriait comme si elle venait de recevoir la plus belle récompense de sa vie. Quant à moi, étant habitué à tant d'injustices et de non-sens depuis ma plus tendre enfance, cette erreur ne me faisait ni chaud, ni froid. C'était une erreur de plus, sans gravité, sans importance, qui venait de s'agrafer à la poitrine d'un décoré du malheur, un décoré blasé.

 Mais quand nous fûmes face à la Comtesse, cette erreur sans importance pris des proportions énormes. Elle m'appris beaucoup plus que n'importe quel manuel de savoir vivre ou de philosophie.

 Ma grand-mère et moi, nous étions comme deux brebis égarées face à un loup avide de sang et de destruction.

 La Comtesse nous dit, en nous examinant des pieds à la tête:

 - Dans une tenue pareille, vous n'êtes bons qu'à faire fuir les moineaux.

 Et ma grand-mère dit à cette dame qui était habillée à quatre épingles:

 - Les épouvantails sont aussi nécessaires. Dans certains pays, ils chassent même les mauvais esprits. Et dans ce château, elle chasseront vos ennemis.

 La Comtesse, outrée qu'une personne qui n'était pas digne de son rang lui tienne tête, dit à ma grand-mère quasi avec violence:

 - Je vous donne deux heures pour aller vous acheter des habits neufs et repassés.

 Et ma grand-mère lui répondit avec calme:

 - Et moi je vous donne trente secondes pour me dire qui vous êtes pour me parler sur ce ton.

 Les yeux de la Comtesse gonflèrent de colère et elle cria:

 - Je suis Madame la Comtesse de...

  Mais ma grand-mère lui coupa la parole en criant également:

 - Et moi la Sainte Vierge pour vous faire comprendre que vous n'êtes rien du tout.

 Et comme par miracle la Comtesse tomba de son trône. Elle s'approcha de ma grand-mère et lui dit avec gentillesse:

 - Vous me plaisez parce que vous n'avez peur de personne. D'où tenez-vous ce courage?

 Et ma grand-mère lui répondit :

 - Lorsque vous n'avez rien à perdre ou rien à gagner, les feux de l'enfer ne brûlent qu'en douceur et votre pouvoir est celui du mur et non celui du roseau qui se plie au moindre vent et qui finit par se briser... Vous me plaisez également, Madame. Vous me plaisez parce que je n'ai rien contre vous, ni contre tout ce que vous représentez. Toutefois...

 - Toutefois?
 
 - Je me méfie de toute personne qui change de masque d'une seconde à l'autre.

 La Comtesse ne savait plus quoi dire. Elle semblait paralysée telle une collégienne face à un monument de savoir et de franchise. Mais ma grand-mère, qui a le coeur sur la main, ajouta:

 - Je plaisantais, Madame.

 Alors la Comtesse, se sentant déculpabilisée, remonta sur son trône et nous dit avec une froideur digne d'un magistrat:

 - Mon chauffeur vous mettra au courant de tout.

 Et elle pris congé de nous.

 Quand la comtesse disparut de notre vue, je demandai à ma grand-mère:

 - Tu veux vraiment travailler ici?

 Ma grand-mère me regarda dans les yeux et me posa la question suivante:
 
 - Un chasseur en difficulté, faut-il qu'il devienne pêcheur pour le caprice d'une comtesse?

 Je réfléchis puis je répondis:

 - Un chasseur-né meurt chasseur.

 Ma réponse satisfit la vieille femme.

 - C'est bien, me dit-elle, je vois que tu as compris qu'il ne faut jamais abandonner le but que l’on s’est fixé... à suivre

09:12 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/01/2013

La vieille femme et l'enfant (8, à suivre)

  Ma grand-mère ne répondit pas à l'homme mais me dit:
 

 - Tu vois, petit, même dans ton propre pays tu es obligé d'affronter le ridicule.

 Puis, en s'adressant à l'homme, elle dit:

 - Le ridicule ne fait pâlir que les imbéciles et les désarmés. Et, malheureusement pour vous, nous n'appartenons à aucune de ces deux catégories d'individus.

 Et l'homme, tel un robot imperméable à tout discours, dit de nouveau:

 - Je crains que vous vous soyez trompés d'adresse.

 Ma grand-mère se leva d'un bond et dit à l'homme:

 - Vous ignorez tout de nous et vous parlez d'adresse. Vous ne trouvez pas qu'il y a là une énorme erreur de logique? A moins que ce bel endroit ne soit réservé qu'à des êtres d'outre-tombe.

 - C'est cela, dit l'homme sèchement.

 - Ça tombe bien alors, dit ma grand-mère, car nous sommes morts de fatigue.

 - Ce n'est pas mon problème, dit l'homme.

 - Et que faites-vous de la charité humaine? fit-elle.

 Et l'homme répondit avec une froideur perverse:

 - Il y a des organismes pour ça. Ils accueillent avec beaucoup de grâce aussi bien les pauvres que les chiens. Et surtout les personnes qui ne savent pas respecter les belles choses.

 - Pourquoi dites-vous ça? demanda ma grand-mère, étonnée de cette réflexion.

 - Parce que votre fils n'a pas le sens des valeurs, répondit-il. Il s'est laissé tomber sur sa chaise comme un hippopotame.

 Ma grand-mère jeta un regard examinateur vers ma chaise ou plutôt vers la chaise sur laquelle j'étais assis. Puis elle dit à l'homme:

 - Un hippopotame l'aurait fait passer de la troisième dimension à la deuxième.

 L'homme ne compris pas.

 Alors ma grand-mère profita pour lui dire:
 
 - L'instruction aurait évité à certains de se comporter comme ce singe qui, pour se débarrasser de sa compagne, dit à la guenon: saute sur une autre branche car la branche sur laquelle nous sommes assis ne supporte plus que mon poids...

 Puis ma grand-mère cessa de parler. Car elle avait l'impression de parler dans le vide.

 Elle me tira par la main et me dit :

 - Viens, mon petit, les murs n'ont des oreilles que pour semer la zizanie.

 Et nous quittâmes ce bel endroit qui, à nos yeux, avait perdu tout son charme par la faute d'un seul homme.

 Mais, ce jour, Dieu était de notre côté. En sortant de l'enfer, nous découvrîmes le paradis.

 Une grande voiture s'arrêta à quelques mètres de nous. Le conducteur baissa la vitre et nous cria:

 - Vous allez au château?

 Ma grand-mère me regarda puis elle répondit à l'homme:

 - Qui dans sa vie n'a pas rêvé de passer une nuit dans un château?

 Et le conducteur, qui semblait n’avoir rien entendu, dit à ma grand-mère:

 - Approchez, je suis un peu sourd.

 Et nous approchâmes de la voiture.

 Et l'homme nous redemanda :

- Vous allez au château?

 Un oui machinal s'échappa de la bouche de ma grand-mère.

 - Alors, montez vite, nous dit le conducteur.

 Et nous nous installâmes dans la voiture. Ma grand-mère derrière et moi à côté du conducteur...
 
 Après quelques kilomètres de route et surtout après un long silence, l'homme dit à ma grand-mère:

 - J'espère que Madame la Comtesse ne se mettra pas en colère. Elle a horreur de l'inexactitude. Et un non mal placé la met hors d'elle.

 - Quelle triste femme doit-elle être, fit ma grand-mère.

 L'homme ne répondit pas. Mais, trois seconds plus tard, il freina brusquement, se retourna vers ma grand-mère et lui dit:
 

 - Un bon conseil, ma brave dame... si vous voulez vivre tranquille dans ce château, faites ce que l'on vous demande de faire, ni plus ni moins. Et ne portez aucun jugement sur quoi que ce soit. J'ai toujours agir ainsi et je suis un homme heureux.

 Ma grand-mère et moi, nous nous regardâmes dans les yeux... à suivre

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10/01/2013

La vieille femme et l'enfant (7, à suivre)

  Ma grand-mère ouvrit son sac à dos, y retira une bouteille d'eau, la débouchonna et me la tendit.

 - Ne bois pas tout, me dit-elle quand elle s'aperçut que mes lèvres avaient de la peine à se séparer du goulot.

 Vexé (et conscient de mon propre égoïsme), je redonnai aussitôt la bouteille à ma grand-mère.

 La vieille femme ne but qu'une gorgée d'eau. Et elle me dit:

 - Il n'y a que l'eau qui désaltère. Rares sont ces moments où les éléments essentiels de la vie sont vraiment appréciés.

 Puis elle rangea la bouteille d'eau dans son sac à dos et me dit:

 - Un jour tu remerciera le ciel pour ne pas être né riche. Ni trop pauvre. Car le riche, comme le trop pauvre, a tendance à perdre le sens de l'effort. Quand on a rien et quand on a tout, la vie n'est plus qu'une succession de jours lugubres et monotones où l'effort se meurt d'ennui. Et l'effort est cette minuscule étincelle miraculeuse qui peut bouleverser l'univers tout entier. Une étincelle qui bouillonne d'impatience et de désir... L'homme est un bâtisseur de cathédrales. Il est né pour cela. Le jour où il pris sa truelle, la mort commença à faire son travail, en douceur mais sûrement. C'est pourquoi il faut toujours continuer à se battre et ne jamais crier défaite. Surtout quand deux imbéciles, mis en place par l'ignorance populaire et la corruption bourgeoise, ont décidé de m'enterrer.

 Subitement ma grand-mère se leva et me dit:

 - Continuons, la beauté du paysage aurait tendance à me faire oublier pourquoi je suis ici. Et je n'ai nullement envie de revenir sur ma décision.

 Et nous, continuâmes à marcher... Et pour effacer de mon esprit le rythme mécanique et monotone de mes pas, je me mis à rêver et un tas d'images pleines de douceur et de joie vinrent inonder ma cervelle, à un tel point qu'à un moment donné j'eus l'impression que mes jambes ne m'appartenaient plus. J'étais devenu pour un laps de temps un enfant-oiseau, un ange aux ailes invisibles, un élément vaporeux et insensible de l'univers... j'étais dans un état au-delà de toute notion du bien et du mal. Dieu était en moi, j'étais Dieu. Mais bien vite, la lourdeur de mes jambes me firent revenir sur terre. Et pour la première fois de ma vie, tel un soldat contraint de suivre un général déterminé à retrouver et à vaincre un ennemi d'enfance, je me sentis prisonnier d'une idée qui n'était pas la mienne mais celle de ma grand-mère. Et je dis à la vieille femme: 

 - J'aime bien notre maison, tu sais.

 Ma grand-mère me pris par la main et me dit:

 - La fatigue engendre la nostalgie et la nostalgie engendre la mort. Pour atteindre le sommet de la montagne, il faut grimper et non se laisser glisser sur les fesses. Au sommet, il y a la lumière et au creux de la vallée, il y a l'ombre. L'ombre est facilitée, la lumière, elle, est récompense et source de vie.

 Et ces paroles, bien que compliquées pour moi à cette époque, me donnèrent du courage et des forces. La voix de ma grand-mère avait-elle un pouvoir surnaturel? A en juger la situation sociale et financière dans laquelle je me trouve aujourd’hui, on pourrait difficilement prouver le contraire. Bref, tant de mystères nous échappent qu'il serait absurde de s'attarder sur un mystère de plus dans le seul but de prouver à la face du monde, une fois le phénomène banalisé, que n'importe quoi s'explique scientifiquement. Car à ce tarif, les romans d'amour ne seraient plus que des manuels de chimie organique et les romans d'aventure des manuels de physique élémentaire.

 Après ces quelques lignes au-delà de toute poésie, je replonge avec un grand plaisir dans le royaume de mon enfance où les êtres et les choses avaient tous un parfum bien à eux.

 Après cette première marche qui fut longue et épuisante, ma grand-mère et moi, nous entrâmes dans une petite auberge dont l'aspect extérieur était en contradiction avec l'aspect intérieur. Dehors, c'était le moyen-âge et la pauvreté. Dedans, c'était les temps futurs et la richesse.

 Ma grand-mère hésita avant de s'asseoir. Quant à moi, trop fatigué pour me demander si nous avions assez d'argent pour boire  un thé ou une limonade dans un pareil endroit, je m'étais laissé tomber comme un fardeau sur une chaise qui méritait peut-être plus d'égard.
 
 Un homme s'approcha de nous et nous dit:

 - Je crains que vous vous soyez trompés d'adresse... à suivre

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09/01/2013

La vieille femme et l'enfant (6, à suivre)

  Ma grand-mère me pris la main, la serra fortement dans la sienne et me dit:

 - Même les enfants de personne sont capables de mettre le feu aux poudres. Nous nous battrons jusqu'au bout. Oui, nous nous battrons pour notre coin de terre près de la forêt.

 Le lendemain matin, ma grand-mère me réveilla en me secouant.

 - Debout Tsoulakia, me dit-elle, nous allons montrer à ce vieux bonhomme qu' un rêve de vieille femme est plus dur à enterrer qu' un rêve de jeune homme.

 Je me levai mollement et, tout en m'habillant, je me mis à observer ma grand-mère. Elle faisait les cents pas comme un lion dans une cage. Et elle n'aimait pas ça. Car sa cage à elle, cette cage dans laquelle on l'avait enfermée, avait été construite par des hommes qui adhéraient à des sociétés humanitaires et philanthropiques qui protègent les animaux, la nature, la culture et les droits de l'homme. Mais cette cage permit aussi à une grand-mère, peut-être tardivement, de sentir la forte odeur de faux que dégagent certaines personnes et qui s'échappe parfois de certaines maisons honorables.

 Puis ma grand-mère s'arrêta de marcher et me dit:

 - Nous allons voir le Président. Et nous lui dirons tout ce que nous voulons et tout ce que nous pensons de notre maire et de son adjoint.

 - Et comment allons-nous faire? demandai-je à ma grand-mère, sachant que le grand homme résidait dans un magnifique palais inaccessible aux communs des mortels qui se trouvait à des centaines de kilomètres de notre humble habitation et que, pour toute fortune, nous n'avions qu'une pièce d'or pour acheter quelques mètres de terre.

 Et ma grand-mère avec une assurance digne d'un explorateur expérimenté me répondit :

 - Nous marcherons et nous ferons de l'auto-stop.

  C'est à ce moment-là que je compris que la seule différence qu'il y a entre un homme et une femme est une différence basée sur la forme, la musculation et la douceur de la peau.

 Et nous partîmes sac au dos. Et pour toute provision, nous n'avions que du pain, du fromage et de l'eau.

 Après les cinq premiers kilomètres de marche, je demandai à ma grand-mère:

 - Pourquoi nous n'essayons pas de faire de l'auto-stop ?

 - Pas encore, me répondit-elle. Nous demanderons de l'aide lorsque nous serons fatigués. Et puis, n'oublie pas qu'il n'y a qu’une chance sur mille pour qu'une voiture s'arrête... Je suis trop vieille et toi tu es un peu encombrant.

 - Qu'est-ce tu veux dire par là ?

 Ma grand-mère posa sa main sur mon épaule et me dit:

 - Un automobiliste ne s'arrête jamais pour rien. Quand il s'arrête, c'est qu'il a une idée derrière la tête. Car c'est un animal assoiffé de plaisir...

- Tous les automobilistes sont comme ça ?

 - Pas tous, Dieu merci, mais la plupart... Derrière son volant, l'homme se sent puissant. Il a perdu une bonne partie de sa timidité. Car il porte la casquette. C'est lui le maître à bord. Et il phantasme. Il rêve et son rêve lui chatouille la cervelle. Et plus la cervelle est petite, plus l'automobiliste risque d'exploser. Et quand ça explose, c'est trop tard, il n'y a plus de limites: l'être humain n'est plus qu'une bête féroce qui ne cherche qu'à dévorer sa proie. C'est une triste réalité mais c'est la réalité.

 - Je comprends maintenant pourquoi certaines personne possèdent une grande voiture et d'autres en possèdent une petite, dis-je à ma grand-mère.

 - Et pourquoi selon toi ?

- C'est une question de gourmandise, répondis-je.

 Ma réponse fit sourire ma grand-mère. Et curieuse de savoir si j'avais parlé au sens propre ou au sens figuré, elle me demanda:

 - Qu'est-ce que c'est pour toi la gourmandise ?

 Je réfléchis une seconde puis je répondis:

 - La gourmandise, c'est avaler n'importe quoi pour le cracher ensuite. De la nourriture ou autre chose.

 Et ma grand-mère me dit:

 - Tu est vraiment le petit fils à ton grand-père.

 Au bout de quelque heures, épuisés comme des rescapés d'un camp de prisonniers, nous nous arrêtâmes près d'un croisement et nous nous assîmes au pied d'un vieil arbre mal en point, un pommier peut-être, je ne me souviens plus très bien, planté à trois mètres de la route qui, comme nous, attendais qu'une main miraculeuse vienne lui porter secours... à suivre

08:48 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |