17/01/2013

La vieille femme et l'enfant (12, à suivre)

 - Parce que j'aimerais avoir un entretien avec le Président.

 - C'est impossible.

 - Pour quelle raison?

 - Parce que Monsieur le Président est très occupé.

 - Et moi, vous ne croyez pas que je suis très occupée?

 - Probablement mais Monsieur le Président a lui de très nombreux dossiers à étudier. Des dossiers très importants.

 - Concernant quoi?
 
 - Concernant la politique intérieure et extérieure de notre pays.

 - Et des cas particuliers, s'occupe-t-il des cas particuliers?

 - Sûrement. Mais pourquoi toutes ces questions?

 - Parce que j'ai une demande à lui faire.

 - Il faut lui écrire pour cela et son secrétaire vous répondra dans un délai d'un mois.

 - Un mois?

- Un mois ou deux semaines.

 Alors ma grand-mère se gratta la tête puis elle dit à l'homme:

 - Je constate donc que notre Président n'est pas un président original. Il agit comme les autres présidents de cette terre... Je comprends maintenant pourquoi tout va de travers.

 Le gardien fit une drôle de mine. Mais ma grand-mère continua :

 - Il suffirait qu'un seul homme d'état fasse quelque chose de fabuleux qui satisfasse la totalité de ses concitoyens pour que la face du monde commence à changer... ait meilleure allure. Malheureusement cet homme-là n'est pas encore né. Car trop de principes et de préjugés accablent les politiciens. On dirait que l'on a plus affaire à des comptables cupides qu'à des organisateurs logiques et désintéressés.

 A ces mots, le gardien gonfla sa poitrine et dit à ma grand-mère:

- Vous allez trop loin, Madame. Je pourrais vous arrêter pour insultes et trahison.

 Alors ma grand-mère se mit à rire et le gardien à paniquer. L'autre gardien vint au secours du premier et dit à ma grand-mère:

 - On ne rit pas ici, Madame.

 Et ma grand-mère cessa de rire.

 - Rire ici laisserait supposer que l'on est en train de se moquer du Président, expliqua gentiment le premier gardien.

 - Je comprends votre panique, dit ma grand-mère.

 Et elle poursuivit :

 - Notre Président ne doit pas être un homme commode. J'espère qu'il rit de temps en temps... car le rire est le propre de l'homme.
 
 - Notre Président ne rit jamais, dit le premier gardien.


 - Nous, nous ne l'avons jamais vu rire, corrigea le second.

 - Et avec les siens, sa famille, ses amis ou ses enfants, il doit bien rire de temps en temps, non? dit ma grand-mère.

 - C'est un homme solitaire, expliqua le second gardien. Il mange seul, boit seul et dort seul du lundi au vendredi. Le samedi matin, sa femme et ses enfants le rejoignent pour passer ensemble le week-end. Et tout se passe dans le calme le plus absolu. Jamais de disputes, de pleurs ou de rires.

 - Quelle triste vie ça doit être, dit ma grand-mère.

 - C'est ce qu'on raconte, dit le premier gardien. On peut se tromper aussi.

 - Sûrement, dit ma grand-mère. Le contraire serait plus proche de la réalité. Mais si le Président a décidé de laisser courir ces bruits, c'est sans doute pour une raison bien précise. Question d'image de marque, sans doute. Aucune importance, l'essentiel est qu'il fasse bien son travail, ne croyez-vous pas?

 - Si, firent simultanément les deux gardiens.

 Et nous nous éloignâmes du palais présidentiel.

 - Nous allons où maintenant? demandai-je à ma grand-mère.

 - Au bureau de poste le plus proche, me répondit-elle d'un air rêveur.

 - Pour quoi faire?

 - Envoyer un télégramme au Président.

 Eh oui, ma grand-mère ne manquait jamais d'imagination. Elle trouvait toujours un remède à toute souffrance et une solution à toute impossibilité... à suivre

11:11 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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