31/12/2012

Bonne année 2013

... 2013, c'est l'année du serpent...

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30/12/2012

La vieille femme et l'enfant (1, à suivre)

 Le soleil va et vient. Ou plutôt les nuages vont et viennent... le printemps est là. Il était temps. Car l'hiver a trop duré. Tel un enfant capricieux, il nous a fait voir des vertes et des pas mûres. Le seul cadeau qu'il nous a fait est de nous prouver que nous ne sommes pas grand-chose, que nous ne pouvons rien face au pouvoir de la nature. Enfin, le pauvre diable au manteau gris et blanc est parti... et, lui aussi face au pouvoir de la nature, il s'est rendu compte qu'il n'était pas grand-chose, qu'il n'était rien.

 Mon visage a déjà rougi aux premiers piquants rayons de soleil et ma grand-mère a déposé sur la tombe de mon grand-père les premières fleurs de l'année.

 Ma grand-mère est un être exceptionnel. Comme toutes les grand-mères sans doute. Mais la mienne a quelque chose de plus que les autres: premièrement, c'est la mienne et deuxièmement, c'est elle qui m'a élevé, d'abord avec mon grand-père, ensuite toute seule. Mes parents ayant disparu sans laisser d'adresse. Tout simplement, à la veille de mes cinq ans. Par folie peut-être. Ou par plaisir de se sentir coupables d'un tel acte inhumain jusqu'à la fin de leurs jours. Enfin, à quoi bon philosopher sur le comportement bizarre des individus! Notre cervelle est une machine si compliquée que personne jusqu'à maintenant n'a pu en construire une plus parfaite. Oui, ma grand-mère est un être exceptionnel car elle a tout fait pour que je devienne un homme dans le sens noble du terme.

 En parlant d'homme, une image me vient à l'esprit. C'était... j'avais onze ans... en rentrant de l'école, ma grand-mère me dit avec son éternelle voix douce et déterminée, mais avec plein de chagrin ce jour-là:

 - Tsoulakia, ton grand-père est mort, il faudra que tu te comportes en homme maintenant.

 Elle me serra de toutes ses forces contre elle et elle me déclara:

 - Les hommes ont toutes les chances de leur côté. Ils ont tout à gagner et les femmes tout à perdre. Heureusement que tu es un garçon.

 Quand elle me relâcha, ses yeux étaient inondés par les larmes. Je la regardai un moment sans dire un mot, sans la moindre réaction, contemplant ainsi la beauté et la douceur de son visage... Elle avait été envahie par une profonde douleur qui m'était totalement étrangère.

 Le soir, curieux de nature et désireux de mettre un terme à tant d'interrogations qui bouillonnaient dans mon esprit, je lui demandai :

 - Grand-mère, c'est quoi la mort? Pourquoi ceux que l'on aime meurent?

 Elle me caressa la tête et me répondit:

 - La terre est trop petite. Si nous étions éternels, les gens se marcheraient sur les pieds du matin au soir.

 Et je lui dit :
 
- Pourtant les déserts sont immenses.
 
 Elle me sourit et m'expliqua:

 - Les déserts sont trop brûlants pour qu'on y vive. Et puis on ne peut rien planter dans le sable.

 - C'est Dieu qui s'est trompé ?

 - Dieu ne s'est pas trompé. S'il a créé les déserts, c'est sans doute pour une raison bien précise.

 - Laquelle?

 - Je ne sais pas... pour que la terre ne se refroidisse pas trop vite, peut-être...

 À ces mots, je me sentis fier, fier de ma grand-mère, fier de sa science, de ses réponses... ces réponses, qu'aucun manuel d'école ne m'avait jusqu'alors apportées... à suivre

11:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/12/2012

Un anniversaire prémédité (11 et fin)

 Le lendemain matin vers dix heures, le ministre de la police et de la justice appela Fox au téléphone. Il tint le discours suivant:

 - Fox, je vous croyais plus intelligent que ça. La presse toute entière parle ce matin de vous. Celle de gauche comme celle de droite. On sait tout sur vous. De vos méthodes et de vos déboires. Et le gouvernement tout entier est scandalisé. Vous vous êtes permis sans preuves d'accuser des innocents et pas n'importe quels innocents. On n'est pas au moyen âge, Fox. Nous sommes au vingtième siècle et dans un pays civilisé. Quel est donc ce monstrueux moustique qui vous a piqué? Êtes-vous tombé sur la tête? Avez-vous une explication sérieuse à me donner? Et la reine, qu’est-ce qu' elle va penser de moi? Car, à cause de vous, je suis dans la merde jusqu'au cou. J'exige de vous des explications précises. Je vous écoute, Fox.

 Et Fox, d'une décontraction digne d'un héros, répondit ceci:

 - Monsieur le ministre, dans un monde fou, pour réussir, il faut être fou. Des preuves, je n'en ai aucune. C'est pourquoi je me suis permis d'accuser sans preuves des soi-disant innocents. Mais j'ai du nez. Et c'est l'unique outil, la seule arme valable qui permet de nos jours de démasquer les fraudeurs intelligents et haut placés. Le petit voleur laisse toujours des traces, le grand n'en laisse aucune. Mais la bataille n'est pas perdue pour autant, perdu pour la police que je représente. Car, comme je vous l'ai dit, j'ai du nez. Et je suis rusé. Rusé comme mon nom... Si Fox avait organisé cette fête, personne ne serait venu. Ou que quelques pauvres innocents. J'espère que vous me comprenez, Monsieur le ministre... Votre silence me rassure. Écoutez-moi bien. Ma méthode est très simple. Trop simple. C'est la méthode dite la méthode de l'oeuf. On plonge tous les oeufs que l'on possède dans une bassine, une bassine remplie d'eau froide et au bout de quelques secondes seulement on peut faire la distinction entre les oeufs frais et les oeufs qui ne sont pas frais, entre ceux qui flottent à la surface et ceux qui restent sagement au fond. Tôt ou tard, les coupables se manifesteront. Par des départs prématurés, des accusations injustifiées ou des suicides. Le temps était nécessaire. Ce déguisement était nécessaire. La fête était nécessaire. Et mes accusations étaient également nécessaires. Voilà, Monsieur le ministre, c'est simple comme bonjour.

 Un mois plus tard, la méthode de l'oeuf put être vérifiée: l'amiral avait demandé sa retraite anticipé, le pasteur s'était proposé d'aller évangéliser les Papous en Nouvelle-Guinée, le professeur de mathématiques avait résolu de nombreuses équations pleines d'inconnues et avait communiqué ses résultats à la presse, le professeur de physique avait pesé le pour et le contre de ses relations normales et anormales avant de s'offrir un voyage sans retour pour le monde paradisiaque de la métaphysique, le rédacteur en chef avait, comme toujours, profité de la situation dramatique de tous pour écrire et faire écrire de nombreux articles très explosifs et d'autres personnes, par naïveté ou par désir de célébrité, s'étaient fait plaisir en dénoncer n'importe qui ou de se dénoncer. On avait même pris le risque d'aller jusqu'à dénoncer le mari de la reine. Par sécurité pour le royaume, la reine avait décoré personnellement ces courageux dénonciateurs et avait demandé à ceux-ci, pour l'amour de Dieu et de la monarchie, d'effacer de leur esprit la moindre trace de souvenir ou d'imagination qui laisserait supposer au plus commun des mortels que l'élu de Sa Majesté eût participé à ce scandaleux vidage de tiroir.

 Et après les vérifications, les accusations, les condamnations, les excuses, les regrets, les pardons, les justifications, vraies et fausses, les explications, les larmes et les sourires, vrais et faux, Fox demanda au père de sa fausse femme la main de sa fille. Et l'homme, qui n'était autre qu'un véritable pêcheur, qui n'avait jamais péché de sa vie, accepta sans conditions de marier son unique enfant à un héros national aimé des uns et haïs des autres.

 Le soir du mariage, Fox déclara à ses invités, qui étaient peu nombreux (il y avait le maire, les témoins, les parents et quelques familiers) :

- Les vraies fêtes sont les petites fêtes. Ce sont celles que l'on passe en famille, avec peu de gens, avec des personnes que l'on connaît bien. Les grandes fêtes, elles, sont des pièges pour les innocents et pour les voyous. Les innocents, je n'ai rien contre eux. Malheureusement, je ne les connais pas. Par contre, les voyous, je les connais bien, trop bien. Ils me dégoûtent à un tel point qu' ils m'empêchent d'apprécier le moindre morceau de sucre. Et dans notre pays, il y en a trop. Trop! Il y a les voyous qui cassent tout, les voyous qui profitent des objets cassés, les voyous qui se remplissent les poches, les voyous des rues, les voyous des institutions... et une montagne d'autres voyous de grande ou de petite importance... Mais il y a aussi les pires de tous: les voyous de la reine. Oui, ce sont les pires, car ils flirtent avec la royauté et crachent sur le bienêtre et les richesses du peuple. C'est pour cette raison-là que j'ai préféré fêter notre mariage dans l'intimité, à l'abri de la jalousie et de l'hypocrisie...

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28/12/2012

Un anniversaire prémédité (10, à suivre)

Le commissaire se frotta les yeux puis il dit:
- Je crois que vous m'avez mal compris. Rien d'étonnant dans un pareil enfer où les images et les promesses meurent avant même de naître. Le jour viendra où l'homme comprendra sans effort l'essentiel des choses. Pour l'instant, le résultat est nul. Car nous menons une vie de misérables, de misérables mendiants... nous mendions, faute de courage et de savoir. Le droit de manger, de boire et de dormir sous un toit! Nuit et jour, nous avalons des informations gommées et soigneusement présentées pour des informateurs trop prudents. La peste et le choléra ne nous préoccupent pas du tout... Ou que rarement, les jours de fêtes, quand le prêtre, le curé ou le pasteur fait réellement son devoir.

 Le pasteur
 - Vous exagérez!

 Le commissaire
 - Oh, non! Je n'exagère pas du tout. Chacun ne pense qu'à lui seul et à personne d'autre dans ce bas monde. Même en amour, les choses se passent de la même manière: d'un côté le chasseur, de l'autre la proie, la victime. Pas de pardon. Pas de pitié. Pas la moindre larme. Avec un égoïsme extrême, l'homme s'acharne à trouver ce maudit mot que l'on appelle le bonheur. Tous les moyens sont utilisés: vol, viol, escroquerie, assassinat, attentat, guerre... On se moque éperdument des conséquences, de demain et de l'avenir de l'humanité. Et c'est avec ce même égoïsme que je me suis mis au travail pour découvrir ces salauds, ces voyous qui se sont mis un sacré trésor dans leurs proches.

 L'amiral
 - Mais qui êtes-vous exactement, cher Monsieur. Vous me rappelez un original que j'ai entrevu un jour dans les couloirs du palais de justice et qui disait à un de mes collègues, à haute voix, pour se faire entendre, que les voyous ne l'impressionnaient pas et qu'il mettrait un terme à tous les dégâts provoqués par ceux-ci. Manque de chance, cet original fut trouvé mort d'une balle perdue. Sans doute la balle d'un voyou.

 Le commissaire
 - Je me souviens très bien de ce jour-là, Monsieur l'amiral. Il est mort d'un accident et non pas d'un assassinat. Car l'original en question n'était autre que moi-même.

 Le pasteur
 - Vous voulez dire que c'est vous le commissaire Fox?

 Le commissaire
 - En chair et en os.

 Le professeur de mathématiques
 - Fox était plus petit que vous...

 Le professeur de physique
 - Et avait une toute autre tête. Vous plaisantez ou quoi?

 Le commissaire
 - Jamais quand je travaille.

 Le rédacteur en chef
 - Mais c'est une farce pour le premier avril. Fox est mort et enterré.

 Le commissaire
 - Pour la presse, pour vous et pour tous ceux qui ont cru à cet accident ou assassinat. Selon certains journaux. Mais en vérité, Fox est vivant et bien vivant. Plus vivant que jamais. J'ai mis du temps à devenir ce vivant-là, mais j'y suis parvenu. La technique était très simple. Trop simple pour les esprits compliqués. Un jeu d’enfant. Bref, résultat: un pasteur, un amiral, un rédacteur en chef, un professeur de physique et un professeur de mathématiques pris au piège.

 L'amiral
 - Vous dites n'importe quoi! De quel piège voulez-vous parler?

 Le commissaire
 - La brebis têtue finit toujours par se jeter dans la gueule du loup. L'invitation, c'était le piège... et vous les brebis.

 Le pasteur
 - Vous me décevez de plus en plus.
 
 Le commissaire
 - Gardez vos larmes pour plus tard.

 L'amiral
 - Je ne comprends rien à vos salades.
 

Le commissaire
 - Votre ami le professeur de mathématiques est un excellent comptable, votre ami le professeur de physique a le sens de la logique et votre ami le pasteur a le sens du partage... Vous voyez de quoi je veux parler? Dans le cas contraire, je demanderais à votre ami le rédacteur en chef de remonter le temps et de vous rappeler les moments de votre carrière de marin... Bref, soyons plus directs! Il est temps, mes chers amis, de mettre un point final à cette comédie absurde où le spectateur rit jaune. Messieurs, je vous accuse d'avoir puisé de l'argent dans un tiroir qui appartient au trésor de notre pays. Vous êtes donc des voleurs!... Ma chère épouse, tu peux maintenant servir le premier et dernier verre des condamnés.

 Et Madame Stok servit à boire. Et on se sentit obligé de trinquer. Puis on se mit à rire, à pleurer, à trembler, à pâlir, à imaginer Dieu sait quoi et surtout à chercher à savoir si c'était vrai que Stok était le commissaire Fox.

 Une heure plus tard, tout le monde était saoul. Alors Madame Stok ouvrit toute grande la fenêtre du salon et proposa, en criant, aux voisins, aux passants et aux clochards, de venir fêter les douze années et demi de mariage du couple Stok. Et la foule arriva aux galops. Riches, pauvres, alcooliques, abstinents, juifs, protestants, catholiques, patriotes, réfugiés, ouvriers, intellectuels, idiots, intelligents, travestis, homosexuels, obsédés, normaux et anormaux participèrent à la fête. Même ceux qui avaient été invités personnellement par Monsieur Stok et qui ne s'étaient pas présentés au début de la soirée vinrent avec le sourire. Ce fut un anniversaire de mariage unique au monde. J'exagère peut-être mais je ne suis pas loin de la vérité... à suivre

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27/12/2012

Un anniversaire prémédité (9, à suivre)

Le rédacteur en chef
 - Il y va de soi...

 Le professeur de mathématiques
 - Exactement, c'est aussi élémentaire que deux plus deux font quatre...

 Le professeur de physique
 - Ou aussi transparent que le faisceau lumineux à travers un prisme qui...

 M. Stok [subitement, il cria]
 - Silence!
 
 Tous se regardèrent avec étonnement.

 M. Stok
 - J'ai quelque chose de très important à vous communiquer.

 Un long silence.

 M. Stok
 - Comme toujours, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Beaucoup sont invités et peu assistent réellement à la fête... Le monde va de travers, mes chers amis. Ce que j'ai à vous communiquer et si important que je vais essayer de vous le dévoiler petit à petit... délicatement... par respect de la chose... Commençons par le commencement. Tout d'abord, qui peut me dire pourquoi vous avez été choisis pour boire un verre, que ma femme ne vous a pas encore offert, oui, pour boire un verre à la santé de notre mariage qui a toujours été aussi mal en point qu'un prisonnier injustement condamné par une troupe de partisans assoiffée de sang? Qui peut me le dire?

 Le pasteur
 - Dans le malheur on implore Dieu, dans la souffrance on fait appel à ses amis.

 M. Stok
 - Bonne réponse! Mais ce n'est pas la réponse.

 Mme Stok
 - Est-ce que je connais la réponse?

 M. Stok
 - Réponds et je te le ferai savoir... Alors Messieurs, qui peut me le dire?... Vous avez peur de me cracher la vérité à la figure ou c'est tout votre savoir qui vous étouffe à un tel point qu'il vous plonge dans l'ignorance la plus totale?... Je vois. Je comprends. Je constate. Je me rends compte. On se méfie. On se méfie de moi comme de la peste ou du choléra. Mais qui se méfie? Seul celui qui n'est pas net se méfie. L'enfant qui a volé pour la première fois de sa vie va se cacher dans sa chambre et se met à méditer. S'il a une conscience ou une sensibilité à fleur de peau. Mais que fait l'homme comme vous et moi? Il se réfugie dans le silence. N'est-ce pas, Messieurs? Le coupable se tait, l'accusé proteste. Mais il y a protestation et protestation. L'une engendrée par l'injustice, l'autre par la peur du huis clos. Et l'art de discerner l'une de l'autre, c'est l'observation par le coeur et par l'esprit. Car une âme sincère dégage un parfum de sincérité et une âme non sincère dégage une forte odeur de mensonge et de fourberie. C'est pourquoi un policier doit avoir du nez. Un nez comme le mien, par exemple. Un nez capable de sentir à distance les nuages polluants de l'ingratitude humaine. Malheureusement, de nos jours, la police fait trop appel à la technique, à la chimie, à la balistique... et à d'autres sciences qui permettent aux policiers paresseux de mettre rapidement un point final à leur enquête. Résultat: trop d'innocents paient pour les coupables. Je dirais donc que le véritable policier devrait avoir du nez, un nez puissant relié directement au coeur et à l'esprit. Un nez capable de sentir la moindre vibration fausse ou malsaine. Un détecteur de l'immoral. Oui, Messieurs, il est temps de mettre de l'ordre danse foutu bordel où seul l'ingrat et l'imbécile en retire du profit. Faisons place pour un cirque plus convenable. Car les vieux clowns ne font plus rire personne; leur vocabulaire a sérieusement terni et leurs mascarades ont profondément sombré dans le ridicule. Et puis, mois aussi, j'en ai assez de jouer... Il est donc temps de mettre les choses à leur place. Qu'importe les dégâts! De toute façon, le vent effacera tout... et les souvenirs mourront avec les nostalgiques... Les coupables sont venus à moi comme les brebis sont allées au sauveur. Ça se dit? Aucune importance, je l'ai dit. Alors, Messieurs les voyous, vous n'avez rien à me dire?


 Le pasteur
 - Monsieur Stok, permettez-moi de vous dire que vos propos me chagrinent énormément. Ainsi qu'aux autres invités, je suppose.

 Et le commissaire, avec une féroce autorité, déclara:
 - On ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs. Si j'étais un marchand d'explosifs et non pas ce soi-disant contrôleur du gaz, votre usine à prières, à sermons aurait rejoint depuis longtemps le monde moléculaire du carbone.

 Le pasteur [choqué]
 - Mais vous blasphémez! Vous êtes le diable en personne. Je me plaindrai auprès de votre directeur. Car avec votre folie, vous seriez capable de faire sauter tous les compteurs à gaz.

 Le commissaire se frotta les yeux puis il dit:
- Je crois que vous m'avez mal compris. Rien d'étonnant dans un pareil enfer où les images et les promesses meurent avant même de naître. Le jour viendra où l'homme comprendra sans effort... à suivre

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26/12/2012

Un anniversaire prémédité (8, à suivre)

M. Stok
 - Vous vous égarez sérieusement, Monsieur le pasteur. Ne sommes-nous pas tous égaux dans ce bas monde?... Cela prouve bien des choses. Les théories humanitaires ne sont plus bonnes que pour les applaudissements. Car quand il s'agit de les mettre en pratique, la salle est vide... Le jour où les oiseaux se frotteront le front, l'homme aura fait un sacré bond en avant dans le domaine de l'éducation.

 Le rédacteur en chef
 - Avez-vous fait du journalisme, Monsieur Stok?

 M. Stok
 - Occasionnellement, dans ma jeunesse.

 Le rédacteur en chef
 - Ça se remarque. Et peut-on connaître le nom du journal qui a publié vos articles?

 M. Stok
 - Le grand et le petit gaz.

 Le rédacteur en chef
 - Je n'en ai jamais entendu parler.

 M. Stok
 - Pourtant, c'était un journal très explosif. Il a même failli faire détrôner votre reine.

 Le rédacteur en chef
 - Ma reine? Quelle reine?

 M. Stok
 - Vous savez bien de qui je veux parler. Non? Le contraire m'inquiétrais car mon langage n'est guère plus à double tranchant que les articles de vos journalistes pour lesquels vous avez une admiration toute particulière.
 

Le rédacteur en chef
 - Soyez plus concret.

 Le professeur de mathématiques
 - Rien n'est plus concret qu'une formule abstraite. Je sais que cela étonne bien des personnes. Mais une fois que l'on a compris la règle de quatre, la conception du monde n'est plus qu'un jeux d'enfant.

 Le professeur de physique
 - Je ne suis pas de votre avis. L’univers mathématique repose sur trop d'inconnues, comment pouvez-vous aboutir à un résultat aussi enfantin?

 Le pasteur
 - Notre professeur de mathématiques est sur le bon chemin, notre Seigneur n'a-t-il pas dit que le jour du jugement dernier seuls les simples... non, ce n'est pas ça... Qu'est-ce qu'il a dit au fait?...

 M. Stok
- Monsieur le pasteur, que vous arrive-t-il?


 Le pasteur.
 - Que voulez-vous, nos églises sont de moins en moins fréquentées que de plus en plus les pasteurs oublient le quart de leur sermon.

 Mme Stok
 - Mais un culte n'est pas un spectacle!

 Le pasteur
 - Je sais, Madame. Malheureusement le fautif, c'est l'auditeur et non l'orateur.

 M. Stok
  - Moi, je trouve que le plus grand fautif, c'est le gouvernement... qui autorise les concierges des établissements religieux de faire payer l'entrée de leur église sous prétexte que celle-ci est un monument classé non subventionné par le ministère de la culture.
 
 Le pasteur
 - Dans quel journal ridicule avez-vous lu ça?

 
 M. Stok
 - Je vous parle en connaissance de cause.

Le pasteur
 - Vous plaisantez?

 M. Stok
 - Je ne plaisante jamais quand je mets en cause un système gouvernemental ou religieux.

 Le rédacteur en chef.
- Savez-vous qu'il y a dans mon journal toute une page réservée à nos lecteur?

 M. stok
 - Foutaise camarade! Et que faites-vous de la censure? Car, aussi bien à l'ouest qu'à l'est, on censure. On censure même pour le plaisir de censurer. Et votre journal ne fait pas exception...

 Le rédacteur en chef
- Vous vous trompez. Mon journal est en avance d'un siècle sur les autres journaux.


 M. Stok
 - Ils disent tous ça. Chaque rédacteur en chef se croit le meilleur péteur.

 Mme Stok
 - Chéri, un peu de tenue!

 M. Stok
 - La meilleure tenue est celle de l'âme. Et puis ces messieurs se sont sûrement trouvés dans de plus pénibles situations. Ils ont tous fait l'armée.

 L'amiral
 - Moi, j'ai toujours été dans la marine.

 M. Stok
 - Armée ou marine, c'est du pareille au même, la vulgarité fleurit toujours là où la discipline est de rigueur.

 L'amiral
 - Que voulez-vous dire par là? Que notre marine et notre armée ne sont bonnes qu'à rendre les hommes plus vulgaires qu'ils le sont?

 M. Stok
 - L'inverse m'étonnerait. Apprendre à charger un fusil et à viser en plein dans une cible représentant un homme ne peut anoblir que les imbéciles.

 Le pasteur.
 - Là, nous entrons dans un domaine bien délicat.

 M. Stok [au pasteur]
 - Seriez-vous devenu le saint patron des marchands de canons, Monsieur le pasteur?

 Le pasteur [vexé]
- Je ne choisis pas mes paroissiens.
 
 M. Stok
 - Cela explique bien des choses.

 Le pasteur
 - Je ne vous suis pas... à suivre

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24/12/2012

Joyeux Noël !

Chers internautes, chers lecteurs, chers spectateurs...

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23/12/2012

Un anniversaire prémédité (7, à suivre)

L'amiral
 - Je l'ai vu de mes propres yeux, je vous dis.

 Le pasteur
 - Dieu est invisible...

 Le professeur de mathématiques
 - Et incalculable.

 L'amiral
 - Je l'ai pourtant vu.
 

 Le rédacteur en chef
 - Êtes-vous certain?

 L'amiral
 - Je suis un amiral, Monsieur le rédacteur en chef, et non pas un marin d'eau douce.

 Le rédacteur en chef
 - Vous auriez dû alors me contacter. Et l'événement aurait fait la une de mon journal.

 Le pasteur
  - Quel blasphème vous auriez sorti de votre plume!

 M. Stok
 - Le dieu qui vous donne trop à réfléchir est un dieu bien compliqué... il est à l'image de son créateur, c'est-à-dire l'homme.

 
 Le pasteur
 - Mais où est-elle donc passée toute votre instruction religieuse, Monsieur Stok? Partie en fumée comme votre optimisme?

 M. Stok
 - Oh, non! Monsieur le pasteur, rien n'est parti en fumée, au contraire, religion et joie
de vivre bouillonnent dans le volcan de mon âme.

 Le pasteur
 - Quelle belle image!

 M. Stok
 - Une image, aussi incroyable soit-elle, n'est qu'une image.... car elle ne peut traîner
derrière elle qu'un vague parfum de l'exitence.

 Le professeur de physique
 - Tout est relatif. La réalité, cette réalité que nous croyons si bien connaître, n'existe que pour nous, existe parce que nous existons...


 L'amiral
 - Que vous êtes compliqués, mes amis. Je vous ai dit que j'ai vu Dieu de mes propres yeux et une montagne de thèses sortent de vos bouches bavardes et avides d'oxygène. Pourquoi faut-il à l'homme des preuve pour
croire à quelque chose? Ayez le courage de me croire, je suis votre amiral après tout!

 M. Stok
 - Monsieur l'amiral, grand commandeur de l'ordre des navigateurs d'eau douce et d'eau salée, des naufragés exilés et des veuves remariés, je comprends votre réaction... mais l'homme d'aujourd'hui ne croit plus au Père Noël et encore moins aux histoires d'outre-tombe, d'outre-mer ou d'outre-ciel.

 Le professeur de mathématiques
 - Mathématiquement tout s'explique.
 
 M. Stok
 - La règle de trois n'aura jamais lieu.

 Le professeur de physique
 - La règle de trois a été remplacée par la règle de quatre, mon ami.
 Le professeur de physique
 - Grâce aux découvertes des physiciens!

 Le professeur de mathématiques
 - C'est un mathématicien et non pas un physicien qui a trouvé ce processus mathématique... en vérifiant ses impôts.

 Le professeur de physique
 - Mais si ce mathématicien n'avait pas été engagé, temporairement, par le Centre de recherches physiques, il n'aurait jamais vérifié ses impôts.

 M. Stok
 - En somme, c'est un mathématicien au chômage qui a découvert la règle par quatre, non?

 Le professeur de physique
 - Un mathématicien rayé de l'ordre des mathématiciens.

 Le professeur de mathématiques
 - C'est faux!


 Le professeur de physique
 - Une fois la preuve faite, l'ordre ne régnait plus dans l'ordre des calculateurs à formules, vous en souvenez-vous?


 L'amiral
 - Et voilà, une preuve de plus! Des preuves, des preuves, que des preuves!

 Le pasteur
 - L'important c'est le résultat. Et cette preuve pour ou de quatre où nous mène-telle?

 Le professeur de mathématiques
 - A Dieu.

 Le pasteur
 - Encore?
 
 L'amiral
 - Moi, je n'ai pas eu besoin de cette preuve pour me trouver face à Dieu.

 Le rédacteur en chef [au professeur de
mathématiques]
- C'est intéressant, continuez.


 M. Stok
 - La vérité est un noeud que la presse doit défaire avec délicatesse.

 Le rédacteur en chef
 - Un noeud?

 M. Stock
 - Oui, un noeud, un noeud comme le noeud de mon lacet.

 Le rédacteur en chef
 - C'est amusant!

 M. Stok
 - C'est amusant pour l'homme talentueux, non pas pour le fils à papa qui n'a acquis pour toute connaissance que la connaissance de ses relations. Tout cela peut vous paraître brumeux...

 Mme Stok
 - Oui, trop brumeux pour un jour de fête. Changeons de disque, voulez-vous?

 Le pasteur.
 - Que diriez-vous mes amis d'un... d'un...

 L'amiral
 - Dans le doute abstiens-toi dit le dicton populaire.
 

 Le pasteur
 - Un blanc peut arriver à n'importe qui. Même à un homme de mon rang.

 M. Stok
 - Vous vous égarez sérieusement, Monsieur le pasteur. Ne sommes-nous pas tous égaux dans ce bas monde?... à suivre

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21/12/2012

Un anniversaire prémédité (6, à suivre)

Mme Stok
 - A ce point-là?

 M. Stok
 - Cela te surprend?

 Mme Stok
 - Non, mais j'ai l'impression de découvrir un autre homme.

 M. Stok.
 - Ce n'est qu'un début.

 Mme Stok
 - J'espère que demain matin je n'aurai pas affaire à un étranger. J'ai eu tant de mal à t'admettre, je n'ai pas envie de recommencer ce cirque des mises en question et des compromis. Un mariage vieillit déjà trop. Un second me clouerait au lit pour une vingtaine d'années. Si les voyages forment la jeunesse, les mariages déforment la vieillesse. Et pour une fois que je me trouve bien dans peau, ce serait criminel de ta part de me faire sortir de ce bienêtre. J'existe aussi, mon cher.

 M. Stok
 - Mais je n'ai nullement l'intention de te chasser de ma vie.

 Mme Stok
 - Alors pourquoi tu me racontes toutes ces histoires? C'est uniquement pour me faire peur?

 M. Stok
 - L'incertitude engendre la peur...

 Mme Stok
 - C'est moi qui t'étouffe?

 M. Stok
 - Pas toi, les autres. L'amiral avec son sous-marin sans fenêtre, le médecin avec son cabinet stérilisé, l'astrologue avec ses planètes enfermées dans des maisons, le physicien avec ses lois établies, le pasteur avec son dieu sans tête ni queue, le boucher avec ses bêtes sans queue ni tête, le banquier avec ses coffre-forts cachés dans d'autres coffre-forts, le mathématicien avec ses interminables équations qui se terminent par un infini trop bien défini... et... et... et...

 Mme Stok
 - Et?

 M. Stok
 - Et la reine avec ses ministres qui se gonflent et se dégonflent au gré des heures... J'étouffe dans un bocal soufflé par un souffleur de verre en panne de souffle et d'imagination. Oui, nous vivons la fin d'un siècle qui est en train d'agoniser. Et c'est insupportable!

 Mme Stok
 - Alors cesse de boire du thé!
 

 M. Stok
 - Au contraire, je devrais en boire davantage pour oser crier plus fort.

 Mme Stok
 - C'est la guerre que tu cherches?

 M. Stok
 - Non, la révolution.

 Mme Stok
 - Ça ne marche plus de nos jours. Une petite campagne publicitaire et le tour est joué, la vermine est neutralisée. La radio, la télévision et les magnétoscopes à cassette endorment les masses à coup d'images faussement paradisiaques.

 M. Stok
 - Je suis de ton avis.
 
 Mme Stok
 - Alors?

 M. Stok
 - Il faut trouver quelque chose d'autre... Commençons par balayer autour de nous les saletés que les autres ont volontairement jetées dans l'espoir de nous nuire. Car le monde est méchant. Et essayons de voir les êtres et les choses avec des yeux neufs...

 Mme Stok
 - Une bonne tasse de café te ferait beaucoup de bien.

 M. Stok
 - Quel café?

 Mme Stok
 - Du café avec de la caféine.

 M. Stok
 - Avec ou sans sucre?

 Mme Stok
 - Avec une cuillère à soupe de sel de cuisine.

 M. Stok -
 - Mais c'est un remède contre l'ivresse et le mal de mer!


 Mme Stok
 - C'est un remède contre le mal de terre, le mal de hier et le mal de rien.

 M. Stok
 - D'où tiens-tu ces secrets?

 Mme Stok
 - De ma tante Yo que tu as oubliée d'inviter ce soir.

 M. Stok
 - Ce soir, notre maison sera ouverte aux invités et aux non-invités. Il y aura des frites pour les affamés et de la bière pour les assoiffés. Il y aura du feu dans la cheminée pour ceux qui auront froid et de l'air frais à gogo pour ceux qui auront chaud. De la musique pour les mélomanes et du silence pour ceux qui auront sommeil. Les invités et les oubliés pourront danser ensemble jusqu'à l'aube pour parfaire leur connaissance. Même les chiens et les chats seront de la fête. Notre maison sera le paradis pour les uns et le purgatoire pour les autres.


 Mme Stok
 - Si j'ai bien compris, il ne me reste qu'à mettre de l'ordre et d'aspirer la poussière.

 M. Stok
 - C'est ça, tu ne pouvais mieux comprendre...
 
 Quelques heures plus tard.

 M. Stok
 - Mes chers amis, ennemis, proches et moins proches, je suis fier et content que vous soyez là pour fêter et franchir ensemble le cap de nos douze ans et demi de mariage. A toi chérie...

 Mme Stok
- Mes chers amis, ennemis, proches et moins proches, je suis fière et contente que vous soyez là pour fêter et franchir ensemble le cap de nos douze ans et demi de mariage. A toi chéri...

 M. Stok
- Le mariage est une institution qui a été créée pour le bien-être de tous. Pour le couple d'abord, pour les autorités ensuite. Malheureusement, une institution n'est qu'une institution, c'est-à-dire un quelque chose qui est aussi vaporeux et instable qu'un nuage dans un ciel bleu, rose ou noir. C'est ce qui explique peut-être qu'un couple, qui s'est tout dit, ne parle plus que de la pluie et du beau temps. Par nostalgie du temps où le petit nuage était encore compacte et tout chargé d'électricité.

 Le professeur de physique
 - Simple question d'ambiance. Tout élément, organique ou inorganique, n'existe que s'il se transforme. La matière, c'est de l'énergie transformée et l'énergie, c'est de la matière transformée. Simple question d'ambiance. L'ambiance ou volume ou vide ou néant ou trou noir est le ventre de l'existence. Tout vient de là et y retourne afin de renaître.

 Le pasteur
 - Je trouve votre théorie un peu absurde. Car Dieu n'a pas de ventre.


 Le professeur de mathématiques
 - Dieu est incalculable.

 Le professeur de physique
 - Dieu est un faux calcul. Simple question d'ambiance...

 L'amiral
 - Dieu existe, je l'ai vu de mes propres yeux.

 Mme Stok
 - Où ça?
 
 L'amiral
 - En pleine mer.
 
 Le professeur de physique
 - C'était un effet optique.

 L'amiral
 - Je l'ai vu de mes propres yeux... à suivre

13:24 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/12/2012

Un anniversaire prémédité (5, à suivre)

M. Stok
 - Il y a six mois.
 
 Mme Stok
 - Six mois?

 M. Stok
 - Oui, il y a six mois...

 
 Mme Stok
 - C'est drôle, hier je suis montée au grenier et je n'ai rien vu.

 M. Stok
 - Le carton est tout au fond dans un coin. Tu es allée tout au fond?

 Mme Stok
 - Tu sais bien que j'ai peur des souris.

 M. Stok
 - Des souris au grenier? Depuis quand?

 Mme Stok
 - Mais depuis toujours!

 M. Stock
 - Tu as dû rêver, il n'y a jamais eu de souris au grenier. Des cafards éventuellement.

 Mme Stok
 - Oh, quelle horreur!

 M. Stok
 - Si je comprends bien, je serai obligé de descendre moi-même le carton.
 

Mme Stok
 - Tu ne veux tout de même pas que je me casse une jambe le jour de notre anniversaire de mariage? Et surtout le jour où nous attendons le gratin du district!

 M. Stok
 - Le gratin? Qu'est-ce qui te fait dire ça? Les Pietersen et les Smit, ce sont des gens comme toi et moi, ni plus ni moins...

 Mme Stok
 - Et les autres?

 M. Stok
 - Quels autres?

 Mme Stok
 - L'amiral, le médecin, le graphologue, le professeur, le boucher, le pasteur et la bande qui les accompagne. Ce sont aussi des gens comme toi et moi?

 M. Stok
 - Evidemment!


 Mme Stok
 - Alors pourquoi tu as oublié d'inviter ma mère et ma soeur?
 

 M. Stok
 - Je ne les ai pas oubliées, ce sont elles qui ont oublié de te communiquer leur nouveau nom de famille. Et pour tout savoir, ta mère, depuis qu'elle s'est remariée, s'appelle Nel Pietersen et ta soeur, depuis qu'elle s'est enfin mariée, s'appelle Araldina Smit.

 Mme Stok
 - Tu es sûr de ce que tu avances?

 M. Stok
 - Si je suis devenu chef de mon service, au service du gaz, ce n'est pas par pistonnage, c'est grâce à ma précision et à mon sens de l’observation. Dans toute ma carrière decontrôleur, je n'ai fait peut-être qu'une centaine de petites erreurs allant de cent à mille écus par abonné.

 Mme Stok
 - Mais c'est énorme!


 M. Stok
 - Ce n'est rien en comparaison des erreurs de mes subordonnés et de mes supérieurs.

 Mme Stok
 - Je comprends maintenant pourquoi le gaz est si cher.

 M. Stok
 - Le gaz est cher pour des raisons politiques et sociales.

 Mme Stok
 - Vraiment?

 M. Stok
 - Parfaitement. Notre pays vend une partie de son gaz pour le racheter ailleurs. C'est de la pure tactique politique. Il ne faut pas oublier que les échanges maintiennent les bonnes relations entre les peuples...

 Mme Stok
 - Comme le sport pour les athlètes.

 M. Stok
 - Pourquoi tu dis ça?
 Mme Stok
 - Je n'ai pas raison?

 M. Stok
 - La question n'est pas là.

 Mme Stok
 - Je te trouve très hygiénique depuis quelque temps.

M. Stok
 - Hygiénique?

 Mme Stok
 - Oui, je te trouve très hygiénique. Tu parles de forme, de maintenance, de relation, de travail, de gaz... comme quelqu'un qui, après avoir fait trois fois le tour de la terre et vu trente six mille horizons, décide de vivre une vie simple, saine et organisée. Qu'est-ce qui t'arrive, mon chéri?

 Monsieur Stok sourit.

 Mme Stok
 - Pourquoi tu souris?

 M. Stok
 - Parce que malgré toi, tu est tombée en plein dans le mille.

 Mme Stok
 - En plein dans le mille?

 M. Stok
 - Cette nuit, j'ai fait un rêve étrange. J'ai rêvé que mon père qui était déguisé en ange me conseillait de balayer le jardin de mon enfance. Un jardin tout recouvert de feuilles mortes et de vieux livres jetés par mes anciens professeurs. Quand je me suis réveillé, une idée m’est venue à l'esprit.

 Mme Stok
 - Une bonne idée?

 M. Stok
- Par forcément bonne pour tout le monde.

 Mme Stok
 - Explique-toi.

 M. Stok
 - J'ai décidé d'être un autre homme ou plutôt de redevenir moi-même.

 Mme Stok
 - Pourquoi? Tu n'est pas bien comme tu es? Tu es mal dans ta peau?

 M. Stok
- J'étouffe. J'ai l'impression d'être enfermé dans un bocal. Et je crois que je suis fait pour le grand air. J'étouffe du matin au soir partout où je me trouve.

 Mme Stok
 - Même à la maison?

 M. Stok
 - A la maison, je me soigne.

 Mme Stok
 - Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit?

 M. Stok
 - Parce que quand on se soigne, on n'a pas le temps de parler de sa souffrance et encore moins de temps pour chercher la ou les
origines de sa souffrance.

 Mme Stok
 - Et tu te soignes en cachette? Qui te dit que je n'ai pas une âme d'infirmière?

 M. Stok
 - Pour ce genre de maladie, la compétence d'une infirmière n'est d'aucune utilité. Ma maladie, c'est une maladie qui demande autre chose que des piqûres ou des cataplasmes. La foudre peut-être mettrait fin à ce conflit entre moi et le monde.

 Mme Stok
 - La foudre?
 
 M. Stok
 - La foudre, la mort ou Dieu.

 Mme Stok
 - Mais qu'est-ce que tu racontes?

 M. Stok
 - Je raconte qu'il est temps que je mette de l'ordre autour de moi... que je mette les points sur les i avant que les y grecs ne les remplacent. Je veux mourir en beauté, royalement... je ne veux pas devoir subir le sort de ces misérables qui finissent à la fin de leurs jours par confondre aube et crépuscule. Ce soir, chacun aura pour son argent et pour son grade. Et à la fin du combat, chacun n'enfilera qu'une chaussette à son pied. Car les abus de pouvoir ainsi que les abus de pourboire m'ont toujours donné des envies de meurtre... à suivre

06:49 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/12/2012

À Gaza, en Syrie ou ailleurs

En attendant la suite de "Un anniversaire prémédité", voici ma dernière "déclaration"...

16:37 Écrit par Hank Vogel dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/12/2012

Un anniversaire prémédité (4, à suivre)

 - La reine vous fait totalement confiance et vous estime beaucoup. Pour elle, vous êtes le commissaire le plus brillant et le plus efficace du pays. Il ne reste donc qu'à vous pour que cette confiance et cet estime à votre égard durent.

  Fox était aux anges. Un compliment de plus et le héros de la cour se serait fait aux culottes.

 Avec une voix proche de celle d'un éclaireur zélé, il dit au ministre:
 - Moi et ma compagne, nous allons jouer une de ces comédies... qui se transformera en un drame... que même Shakespeare en sera jaloux.

 Et le jour J arriva. Tout commença au petit déjeuner. Monsieur et Madame Fox étaient chez eux en présence des éventuelles micros et caméras, cachés dans les murs et les plafonds...

 Voici donc les véritables dialogues de cette comédie policière qui firent de Fox le commissaire le plus célèbre du monde et qui permettent aujourd'hui aux étudiants policiers d'approfondir leurs connaissances psychologiques:

 M. Stok
 - Tu as la mémoire courte.

 Mme Stok
 - Je travaille trop. Et quand on travaille trop, on oublie le quart des choses.

 M. Stok
 - C'est tout le contraire, le travail maintient le cerveau en forme, comme le sport maintient en forme les muscles d'un athlète ou d'un footballeur.

 Mme Stok
 - Sans doute. Mais il y a sport et sport.

 M. Stok
 - Que veux-tu dire par là?
 
 Mme Stok
 - Il y a travail et travail.

 M. Stok
 - N'importe quel travail est bénéfique pour le fonctionnement de cette machine dont la mémoire fait partie. Seuls les inactifs s'ennuient à en mourir. Je dirais mieux: seules les sociétés qui se nourrissent des fruits de leurs propres cultures progressent physiquement et intellectuellement. Je dirais encore mieux: seuls les imbéciles se bronzent à l'ombre quand le soleil est gratuit... et seuls les économes s'endorment sur leurs carnets de chèques qu'ils n'utilisent que pour payer leurs dettes. Si la terre ne cesse de tourner, ce n'est pour les beaux yeux du bon Dieu.

 Mme Stok
 - En somme, d'après toi, on ne devrait jamais se reposer. Et que fais-tu du sommeil?

 M. Stok
 - Le sommeil nous permet de récupérer et non pas de nous reposer.

 Mme Stok
 - Tu as bien changé depuis notre mariage. Au fait, ça fait combien de temps que nous sommes mariés?

 M. Stok [il regarde sa montre-bracelet]
 - Dans une heure, ça fera exactement douze ans et six mois.

 Mme Stok [étonnée]
 - Non? Vraiment? Ce n'est pas une blague?

 M. Stok
 - Non, ce n'est pas une blague, ma chère, c'est la pure vérité.

 Mme Stok
 - Je suis sincèrement désolée. Tu ne m'en veux pas trop?

 M. Stok
 - Non, mais tu peux tout de même me dire bonne fête.

 Mme Stok
 - Bonne fête... Et toi, tu ne me dis rien?

 M. Stok
 - Bonne fête...


 Mme Stok
 - Mais que vont dire la famille et les amis?

 M. Stok
 - Ne te fais pas de soucis, j'ai tout organisé.

 Mme Stok
 - C'était donc pour cela que tu as invité du monde?

 M. Stok
 - C'était donc pour cela...

 Mme Stok
 - Tu n'as oublié personne, j'espère...

 M. Stok
 - J'ai volontairement oublié ceux qui nous avaient oubliés.

 Mme Stok
 - Qui sera de la fête?

 M. Stok
 - J'ai invité les Smit, les Pietersen, notre médecin et son épouse, l'amiral et sa dernière femme, le banquier et sa maîtresse, le professeur de physique de l'école d'à côté et son assistant, le pasteur et sa fille, le graphologue et sa secrétaire, le boucher et sa charcutière, le rédacteur en chef de la nouvelle revue littéraire de la société académique des anciens pilotes de ligne...

 Mme Stok
 - Mais notre maison est trop petite! Où je mettrai tous ces gens?

 M. Stok.
 - Là où tu pourras.
 

 Mme Stok
 - C'est facile à dire! Et la vaisselle, tu as pensé à notre vaisselle?

 M. Stok
 - J'ai pensé à tout. Au grenier, il y a un énorme carton dans lequel se trouvent des assiettes en carton, des gobelets en carton et des couteaux et des fourchettes en plastic.

 Mme Stok
 - Quand as-tu acheté ça?... à suivre

10:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/12/2012

Un anniversaire prémédité (3, à suivre)

  Quinze jours plus tard, la presse comme toujours pressée d'annoncer n'importe quoi, annonça la mort accidentelle du commissaire Fox. Et Monsieur et Madame Stok se mirent au travail... selon un plan bien établi. Et comme chaque contrat de travail demande à être fêté, Fox déguisé en Stok invita sa jeune fausse épouse au restaurant... A l'heure du dessert, il dit à la jeune femme à voix basse:

 - A partir de maintenant, Fox n'existe plus. Nous sommes Monsieur et Madame Stok. Je suis un contrôleur du gaz. Un fonctionnaire farfelu qui a épousé une femme un peu dingue. Pendant douze mois, chez nous comme ailleurs, nous jouerons la comédie. Oui, la comédie comme au théâtre. Car là où nous habiterons, il y a de fortes chances qu'on y a installé des micros... Les fourbes se méfient des nouveaux venus. Et quand les fourbes ont peur, ils s'organisent. Vous avez compris?

 - Compris.

- Alors, à partir de cet instant, tu es ma femme et moi ton mari.

 Et la jeune épouse regarda son mari avec beaucoup d'admiration. Quoi de plus normal lorsqu'on vient de se marier! Mais la vérité était toute autre: Fox et Stok, c'était l'eau et le vin, la laideur et la beauté, la tristesse et la joie, la tradition et la liberté. Et Fox était mort. Provisoirement mais mort tout de même. C'est fou comme la vie peut changer en changeant de visage.

 Les premiers mois de leur vie conjugale furent très chastes. On peut les comparer à des séminaires d'apprentis curés qui n'ont qu'un seul but: se faire aimer de Dieu. Un Dieu provocateur et intolérant qui condamne aux enfers les trop admirateurs du jardin d'Eden. C'était des mois de bavardage et d'espérance. Une espérance axée sur la découverte d'un début de réseau, d'un indice ou d'un soupçon. C'était des mois fades pour ce commissaire exilé dans un corps qu'il avait de la peine à admettre. Un corps qu'il s'était fait pourtant.

 Puis un jour, ce fut le miracle: des soupçons tombèrent du ciel. Bien qu'un ciel pur, immaculé... irréprochable. Et les yeux du commissaire se mirent à briller de jeunesse et son coeur à palpiter. Alors Stok invita sa femme à l'hôtel le plus proche de la plus proche ville d'où ils logeaient et le faux couple se mit à se comporter en vrai couple. Et les satisfactions succédèrent aux désirs et d'autres désirs firent surface. Plus rêveurs, plus éternels. Et oui l'amour venait de naître dans un monde fou remplis de fous. Monsieur et Madame Stok se mirent à s'aimer, en se chuchotant des mots tendres, ailleurs de chez eux, à l'abri des micros et des caméras cachées.

 A l'hôtel, le couple se comportait en véritable couple et à la maison, il se comportait comme un vieux couple qui revise et remet en pratique de temps à autre la première leçon qui traite de la reproduction de la race humaine. Mais le couple n'était pas malheureux pour autant. Il trouvait cela original et unique.

 Cette plaisanterie (pour le ministre de la justice) dura plus ou moins un mois, plus exactement jusqu'au jour où l'ami de la reine dit au commissaire dans un salon vide d'un hôtel:

 - Des soupçons, c'est bien joli, mais ce sont des preuves que nous voulons. Il faut démasquer ces salauds, quel que soit leur rang social. Notre reine est fatiguée d'attendre pendant que vous et votre concubine, vous vous exilez dans des hôtels particuliers afin de vous aimer. Le cul, c'est réconfortant mais il y a des limites à tout. Et puis quand on pense trop à ces choses-là, on a de la peine à se concentrer... et on pardonne plus facilement les sadiques, les violeurs et les profiteurs de l'état.

 Ce discours mit le commissaire hors de lui. Il déclara au ministre avec une rage digne d'un révolutionnaire:

 - Si c'est la jalousie qui est en train de vous étouffer, j'aurai le plaisir de vous excuser pour votre petit discours insensé. Mais si c'est votre logique qui vous a poussé à juger mes actes d'extravagants, alors je prendrais la liberté d'estimer que vous n'êtes pas l'homme de la situation. A vous de choisir. Car dans de pareilles circonstances, il est ridicule et absurde de raisonner normalement... et encore plus absurde de me mettre les bâtons dans les roues. Je suis à quelques heures de démasquer ces salauds, comme vous dites si bien. Que voulez-vous exactement: foutre tout en l'air ou, au contraire, aboutir à un résultat concluant afin que vous soyez décoré une fois de plus par la reine?

 Le ministre, soucieux de l'avenir de son pays et de son propre avenir avant tout, ne répondit pas à la question du commissaire, il se leva calmement de son fauteuil et dit à Fox, en regardant fugitivement le plafond, un plafond qui méritait pourtant qu'on l'admirât:

 - La reine vous fait totalement confiance et vous estime beaucoup. Pour elle, vous êtes le commissaire le plus brillant et le plus efficace du pays... à suivre

14:44 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/12/2012

Un anniversaire prémédité (2, à suivre)

  Le visage de la serveuse était aux anges. Quoi de plus normal après une telle déclaration de la part de Fox. Mais Fox, qui était les trois quarts du temps dans la lune et qui n'osait jamais s'attarder plus d'une seconde sur le visage rayonnant de bonheur ou de plaisir d'une femme, continua en disant, tout en regardant sa tasse de thé:

 - Mais sachez également que toute constatation ou compliment cache une idée bien précise. Vaporeuse parfois, mais précise tout de même. Car...

 - Car ?
 
 - Car... je ne sais plus où j'en suis.

 C'était inévitable. Face à la beauté et la volupté, Fox perdait son latin. Et chaque mot, avant de sortir de sa bouche, était dans sa tête une montagne de mots différents. Mais comme rien n'est éternel, la conversation se poursuivit comme suit:
 
 La serveuse
 - Je peux m'asseoir?

 Fox
 - Le monde appartient à celui qui ose.
 
 La serveuse.
 - Dans ce cas, il serait idiot de ma part de me retenir.

 Et elle s'assit.

 Fox
 - L'intelligence permet à certains pauvres de devenir riches et à aux autres pauvres de devenir encore plus pauvres. Car l'intelligence est une petite flamme qui dérange les imbéciles... Les imbéciles n'admirent que les feux d'artifices. Et vous, c'est pour ces raisons-là que vous avez eu du mal à trouver un emploi qui correspond à vos qualités professionnelles, n'est-ce pas?

 La serveuse
 - Psychologue? Je croyais que vous n'étiez que commissaire.

 Fox
 - Je constate que l'on sait beaucoup de choses sur moi.

 La serveuse
 -Vous constatez beaucoup trop, Commissaire. Et les hommes qui sont trop sérieux dans leur travail finissent par oublier que les frontières ont aussi leur raison d'être. Constatez un peu moins, Commissaire, et vous verrez, les choses arriveront d'elles mêmes. Prier une fois par jour suffit pour récolter le fruit de son désir. Vous n'êtes pas de cet avis?

 Fox
 - Dieu et moi, nous ne sommes pas très amis.


 La serveuse
 - Mais qui vous parle de Dieu! Prier n'a rien à voir avec Dieu. Vous confondez tout, Commissaire. Mais quelle est donc cette femme qui vous a tant marqué? Votre mère? Une institutrice? Ou votre petite amie?

 Fox
 - Personne.

 La serveuse
 - C'est impossible, vous êtes un cas trop troublant.

 Fox
 - Vraiment?
 
 La serveuse
 - A mes yeux: oui.

 Fox se gratta la tête dans l'espoir qu'une pensée vienne à son secours. Hélas! A ce moment-là aucune cellule de son cerveau n'eut envie d'être ce qu'elle n'avait jamais été. Alors Fox baissa les yeux et se mit à rougir. La serveuse se sentit coupable. Avait-elle fait exprès de mettre Fox dans cet état, par pure vengeance? La question est sans réponse. Car cette serveuse était un phénomène de la nature. Capricieuse et énigmatique comme elle. Mais, mis à part ces défauts, ou qualités pour certains, elle avait le coeur sur la main.

 Alors, voyant Fox dans ce malheur psychologique, elle posa ses mains sur celles du commissaire et lui dit:
 
 - J'ai toujours rêvé d'avoir un mari comme vous.
 
 Et ce fut le miracle! Toutes les cellules de la cervelle de Fox se mirent à danser et à crier victoire. Et de cette folle dance cérébrale jaillit dans l'esprit du commissaire une idée géniale. Sans doute trop géniale pour le plus commun des mortels, avide de bien-être et de sécurité. Fox proposa donc ceci à la serveuse:

 - Voulez-vous m'épouser pour la durée d'une année... et ce pour la somme d'une éventuelle décoration que vous ne porterez peut-être jamais?
 
 La serveuse ne savait pas si elle devait rire ou si elle devait pleurer. Mais Fox lui expliqua tout, presque tout. Il lui dit donc:

 - Il s'agit d'un faux mariage. Nécessaire pour démasquer des traîtres. Ou, si vous préférez, des personnes qui sont en train de vider les caisses de notre pays. J'ai un plan excellent. Compliqué mais excellent. Comme notre pays compte douze provinces, nous vivrons durant un mois dans le chef-lieu de chacune d'elles et nous inviterons les hommes et les femmes les plus haut placés ou les plus respectés.

 La serveuse
 - Mais tout le monde vous connaît, Commissaire.

 Fox
 - Attendez, attendez... Le premier mois sera un mois de silence. Pour la presse, le commissaire Fox aura trouvé la mort dans un accident de voiture. Je m'appellerai plus Fox mais Stok et vous Madame Stok.

 La serveuse
  - Et votre allure, votre visage...

 Fox
 - J'ai pensé à tout. Je changerai de coiffure, de paire de lunettes, de costumes, d'imperméable, de souliers... Je grossirai un peu et je me mettrai à fumer le cigare. A part vous, Dieu et le ministre de la justice, personne ne saura que je suis le commissaire Fox déguisé en contrôleur du gaz.

 La serveuse
 - Et si je n'accepte pas, votre plan est foutu.

 Fox
 - Vous n'avez pas le choix. Le fait seul de m'avoir écouté vous oblige à garder le secret et à me suivre jusqu'au bout de l'enfer.

 La serveuse
 - Vous plaisantez?
 
 Fox
 - Je ne plaisante jamais quand je parle de mon travail.

 La serveuse
 - Mais c'est illégal!

 Fox
 - Jamais quand il s'agit de la sécurité de notre pays.

 La serveuse.
 - Et si je me mettais à crier maintenant?

 Alors Fox sortit de sa poche son revolver, un petit revolver, et le braqua sur la jeune femme.

 - Essayez, dit-il.

 Et le visage de la serveuse devint aussi blanc que son joli tablier à dentelles. Puis, jugeant son acte de ridicule, Fox rangea son arme. Et il dit à la serveuse:

  - Criez si vous en avez envie. Tout m'est égal.

  Et il ajouta avec tristesse: 

 - Mon pouvoir de commissaire est parfois un lourd fardeau qui m'écrase dans ma propre solitude. Et qui me fait faire et dire des idioties sans nom. Le pouvoir, comme l'uniforme, a la faculté de vous transformer en un autre homme... Un homme dont la tête se met à gonfler à la moindre hésitation... Merci tout de même de m'avoir permis de rêver un instant.

 La serveuse était à deux doigts de pleurer. Fox avait-il également le pouvoir d'attrister les gens? Sans aucun doute mais cela il l'ignorait totalement. Mais quand un rêve n'est pas forcément une utopie, il serait absurde de tirer un trait sur une proposition prometteuse en aventures. Alors la serveuse dit à Fox:

 - Si c'est pour empêcher notre pays de plonger dans une misère noire, j'accepte volontiers de devenir Madame Stok.

 A ces moments, le visage du commissaire se mit à rayonner de bonheur... à suivre

20:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/12/2012

Un anniversaire prémédité (1, à suivre)

 - Il y a des moments où les gens, que vous êtes en train de regarder, dégagent une forte odeur de ridicule ou de naïveté préméditée. Cette explication peut vous paraître étrange... Mais quels autres mots utiliser pour définir des comportements humains qui, par leur absence de naturel, sont aussi indéfinissables que l'affolement d'un mammouth femelle en chaleur face à un éléphant de cirque atteint d'une andropause précoce. Je vais toutefois essayer d'approcher ces êtres venus de je ne sais où et qui partent vers des destinations souvent opposées aux nôtres... Car, depuis ma plus tendre enfance, on m'a appris à aimer mon prochain. Mais avant de pouvoir l'aimer, il faut pouvoir s'en approcher... afin de l'observer... pour ensuite le dévorer et le digérer. Qu'en pensez-vous, Monsieur le ministre?

 - Bien que je trouve que vos propos frisent la science-fiction mais comme nous nous trouvons dans une situation dramatique, je vous laisse carte blanche.

 - Je suis fier de votre décision, Monsieur le ministre.
 

Et c'est ainsi que le commissaire Fox fit un pas dans une histoire qui allait marquer à jamais l'univers policier de son pays.
 
 Fox était un individu de taille moyenne. Mais vu qu'il se tenait courbé paraissait petit. Une vieille paire de lunettes cachait éternellement ses yeux clairs et timides. On avait de la peine à définir son âge. Certaines personnes disaient qu'il avait trente ans, les autres cinquante. Mais Fox, qui était aussi chaste qu'une vieille fille qui rêve de rencontrer son prince charmant, préférait garder ce secret pour lui tout seul. Ni amis ni parents ne connaissaient sa date de naissance. Seule sa mère, qui était encore vivante, bien entendu. Mais la vieille femme aimait son fils à la folie et lui obéissait comme une petite fille. Il faut dire que Fox faisait passer à sa mère tous ses petits caprices et que celle-ci, parfois, en profitait. Moyen, plutôt maigre, chevelure touffue d'un châtain frisant le décoloré, et armé d'une seule paire de lunettes, Fox n'avait jamais fait peur à personne. Sauf, peut-être une ou deux fois, à des femmes mariées qui étaient en quête d'un amant facile et adroit... et Fox était tout le contraire. Il était si compliqué que les enquêtes les plus banales se transformaient en affaires d'état et les affaire de haute importance en petites affaires de routine.
 
 C'est sans doute pour cela que le ministre de l'intérieur lui avait proposé d'enquêter sur des personnes inconnues qui donnaient du fil à retordre à tout le gouvernement.

 Après ce bref entretien avec le ministre de l'intérieur, Fox alla boire un thé dans un tea room qui se trouvait en face du ministère. Là, en servant son thé au lait, la serveuse lui dit:
 
 - On vous voit rarement mais quand on vous voit, on voit que vous êtes là.

 Etonné de cette réflexion, Fox répondit à la jeune femme dont l'allure attirait même les plus blasés des hommes:
 
- Je vois que vous avez le sens de l'observation. Rares sont les personnes qui savent garder en eux le plus insignifiant des moments vécus.
 
 Et la serveuse lui dit:

 - Votre paire de lunettes est inoubliable. Elle pourrait faire partie des sept merveilles du monde.

 - Dans ce cas, il y en aurait huit, dit Fox.

 - En effet, vous avez raison. J'ai peut-être le sens de l'observation mais je n'ai pas le sens des mathématiques. Désolée pour cette lacune.

 Toujours étonné, mais cette fois-ci par son langage qui cachait un profond savoir culturel, Fox demanda à la serveuse:
 
 - Si mes lunettes sont inoubliables, je ne passe pas inaperçu, n'est-ce pas?

 La serveuse sourit du bout des lèvres.
 
 - Qu'est-ce qui vous fait sourire? demanda Fox.

 Et la serveuse répondit avec une décontraction digne des plus grands sexologues de notre époque:

 - Une paire de lunettes n'est pas un élément suffisant pour mettre en éveil mes organes génitaux.
 
 A ces mots, Fox devint rouge tomate.

 Alors, la serveuse profita pour lui dire:
 
- Quand on a peur du feu, il ne faut s'amuser avec les allumettes.

 Mais Fox qui voulait toujours avoir le dernier mot, malgré sa timidité maladive, dit à la serveuse:

 - Vous vous êtes trompée de cible, Mademoiselle. Il s'agissait d'une question de camouflage et non de mise en valeur. Vous avez peut-être le sens de l'observation très poussé mais votre sens de la logique ou votre sens intuitif, si vous préférez, manque un peu de maturité.

 Et le temps d'un regard, les yeux de la serveuse, tel un crapaud cherchant sa campagne dans un marécage obscur et infesté de serpents, se gonflèrent de colère. Puis la jeune femme se retourna brusquement et alla s'occuper d’un client qui venait d'arriver.

 Fox but tranquillement son thé. Quand je dis tranquillement, je ne veux pas dire en paix. Car en réalité, dans son esprit, une montagne de vieux souvenirs avait surgi du fond de son inconscient... permettant ainsi à toutes ses erreurs prématrimoniales, sociales et professionnelles d'être présentes... et qu'une fois de plus, il venait de commettre une erreur humaine. Mais quand la serveuse réapparut avec le sourire, tous ces vieux fantômes replongèrent aussitôt dans leur tombe. Alors Fox appela la serveuse et lui dit:

 - Je constate, Mademoiselle, que vous savez très bien maîtriser vos sentiments. Je regrette donc de vous avoir sous-estimée.

 Et oui... ce sont peut-être ces mots qui permirent plus tard à Fox de devenir le commissaire de police le plus célèbre du monde et le plus envié, bien entendu. Mais revenons sur terre et plus précisément dans ce tea room dont le décor est si conventionnel et si hétéroclite que seul un poète ou un génie du rêve serait capable d’en tirer bénéfice.

 Le visage de la serveuse était aux anges... à suivre

09:53 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/12/2012

Martigny sous la neige

Ma cabane au Canada... non, pardon, ma maison mobile est sous la neige... C'est le bébut d'un film ou presque...

 

14:16 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |