09/09/2012

Vers la fin du moi(s)

   C'est un histoire vraie, vécue par une réfugiée tchèque à Genève. Je l'ai "transformée" en nouvelle...

   Cinq heures précises. Une précision aléatoire, bien entendu. Tout le monde était parti sauf le directeur et sa secrétaire particulière. Particulière n’est pas aléatoire, c’est de ce qu’il y a de plus précis dans cet univers, étrangement rassurant et poli,  où travaillent Monsieur X et Mademoiselle Z,  la compagnie d’assurances Sécurité & Santé.

- Mademoiselle  Z  ,  venez dans mon bureau, cria Monsieur X, directeur hautement apprécié de la sphère dirigeante de son pays.

   La plus que  dévouée employée arriva au galop.

   - Oui, Monsieur, qu’y-a-t-il ?

   Le grand patron des Assurés  (brebis égarées rattrapées par ce saint homme) était confortablement installé dans son fauteuil. Il fumait un havane que lui avait offert le ministre de la santé et de l’écologie.

   - Il y a que nous sommes le 24 du mois et c’est le jour de paie. L’avez- vous oublié ?

   - Non, Monsieur, on ne peut pas oublier un jour comme celui-ci. D'ailleurs, ça fait trois jours que...

   - Que quoi, Mademoiselle Z ?

   - Non, rien, Monsieur le directeur...

   - Si, si, dites-moi tout ce que vous avez sur le coeur...

   Elle hésitait. Elle semblait timide. Elle donnait l’impression de sortir à peine d’un internat pour jeunes filles, un internat dirigé par des soeurs nullement fraternelles.

   - Je  ne vous paye pas assez ? Que voulez-vous, une augmentation ?

   - ...

   - C’est ça, une augmentation ?

   - ...

   Il ouvrit  le tiroir principal de son bureau et sortit son chéquier.

   - Voyons ! Quel est votre salaire ? dit-t-il d’un ton sérieux, en pointant son stylographe (un Mont-Blanc offert par le ou la ministre des écoles) sur le premier chèque du chéquier.

   - Il ne s’agit pas de ça, Monsieur, dit-elle, toute tremblante face à cette homme au pouvoir iconique.

   - Ah bon! Il ne s’agit pas de ça... de quoi alors ? dit-il avec étonnement.

   - J’aimerais pouvoir toucher ma paie comme mes collègues, expliqua-t-elle à voix basse.

   - C’est-à-dire ?

   - Vous savez très bien de quoi je veux parler...

   - Oui, probablement, mais  je souhaiterais que l’on  me rafraîchisse la mémoire...

   Elle s’apprêtait à... mais brusquement elle changea d’idée et dit à haute voix:

   - A une condition !

   - Laquelle ?

   - A condition que le mois prochain,  je puisse enregistrer vos gémissements...

   - Quoi ?

   - Juste   vos  gémissements  au moment de la remise du chèque...

   - Mais c’est pour me faire chanter !...

   - J’ai dit juste vos gémissements... Je serai bientôt en possession d’un enregistreur qui signale tout son en voie de banalisation...

   - Pourquoi les miens et pas les vôtres ?

   Elle sourit puis:

   - Ma bouche est pleine, donc muette à ce moment-là, Monsieur le directeur.

   L’homme sourit à son tour. Puis  subitement  le patron des Assurés sembla inquiet.

   - C’est trop vous demander, Monsieur ? Moi qui dans quelques minutes... je serai obligée de danser pour vous... toute nue sur votre bureau glacial... pendant que vous... vous caresserez  votre chéquier et votre bouillant...

   - Ca va , ça va , coupa-t-il.

   - Puis obligée d’avaler... avaler votre...

   - Avaler quoi ? cria-t-il.

   Silence. Un silence total. Puis un ange passa et Mademoiselle Z dit:

   - Vous savez , Monsieur, vers la fin du mois, trois jours avant de toucher ma paie,  je commence à... à ne plus être moi-même...  

   - Toutes les mêmes ! dit-il.

   Silence à nouveau. Autre silence. Autre ange. Ou plutôt un démon... Monsieur X signa le chèque, l’arracha de son chéquier et le tendit à Mademoiselle Z en lui déclarant:

   - Votre paie. Pas de danse cette fois-ci. L’idée d’enregistrer mes... m’a... m’a fragilisé.  

15:07 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

@Hank Vogel Excellent BRAVO malheureusement ce cas n'a pas n'a jamais été isolé.D'autres rumeurs cerfifiées par les victimes elles-mêmes mais plusieurs décennies après confirment ce qui a été vécu par cette réfugiée alors que pour d'autres et pourtant bien Suissesses cet odieux chantage à la culotte par des socialistes bien culottés faut l'avouer a connu son heures de gloire.Ensuite ce sont les toujours mêmes socialistes qui veulent interdire la fumée ?qu'il fait bon vivre au pays des enfumeurs!
C'est ici que l'expression , des bruits de coulisses prend toute sa valeur!

Écrit par : lovsmeralda | 10/09/2012

cette histoire m'interpelle ,des membres de la famille Skoda étaient venus comme réfugiés dans notre commune,j'ose espérer qu'il se s'agit pas en l'occurence de l'endroit d'ou j'écris car en rougissant je pourrais certifier que ce chantage a duré de nombreuses années mais qu'il fut mis à jours en 2002 seulement .Parcontre on peut aussi rassurer les éventuelles craintes le parcours du combattant existe toujours pour les plus affaiblis,je veux bien sûr parler des gens à l'AI handicapés de naissance .Car obliger les gens à courir d'une administraiton à l'autre en prétendant les dossier égarés,n'est-ce pas une autre forme de chantage?
Un très beau livre à lire ,de Fabienne Regard aux Editions Cabédita :La Suisse Paradis de l'enfer

Écrit par : lovsmeralda | 11/09/2012

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