19/11/2017

Ils se sont tant aimés (17, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgSubitement, Zoïa changea de ton et d’attitude. Elle se leva et se rassit aussitôt, pour se dégourdir sans doute, et déclara le sourire aux lèvres:

- Puisque votre soif de curiosité est à deux vous rendre folles, je vais vous empêcher de rejoindre les dingues. Ouvrez grand vos oreilles et fermez les yeux pour mieux vous imaginer le tableau de la situation dans laquelle je me suis fourrée... Allez!... Obéissez! Sinon rien.

Mère et filles s’exécutèrent.

Alors, elle poursuivit allégrement:

- Ce matin, un géant et un nain, appuyés l’un contre l’autre comme deux copains inséparables, prêts à rompre leurs liens d’amitié, m’ont proposé tour à tour: accepterais-tu de venir avec moi au cinéma, certainement pour voir pour la centième fois Valeri Tchkalov de Mikhaïl Kalatozov, puis d’aller au bord du Tom, pour nous promener la main dans la main, tout en léchant une bonne glace au chocolat...

- Qui des deux est le plus riche? coupa Micha, en ouvrant un œil.

- Tu triches, ma grande sœur, lui fit-elle remarquer. Laisse-moi finir ma petite histoire...

- C’est du sérieux ou du bidon? ricana Ania.

- Tout est vrai mais autrement que dans la réalité.

- Alors ne t’amuses pas à idéaliser les évènements, lui conseilla sa mère.

- Soit, fin du spectacle! Vous pouvez refaire surface dans la banale réalité.

- C’est tout? crièrent Ania et Macha, conjointement, un peu déçues.

- Je commençais à avoir peur, ajouta la première.

- Moi, c’est tout le contraire, je commençais à me réjouir, dit la seconde. Pour rester polie probablement... Que s’est-il passé ensuite? Lequel des deux a eu droit à ton consentement?

- Aucun des deux.

- Et pourquoi?...

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17/11/2017

Ils se sont tant aimés (16, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgZoïa était toute tranquille en train de boire du thé et manger de la confiture en guise de friandises.

Ses deux sœurs et sa mère s’invitèrent à son habituel petit festin.

- Tu songes à ton prince, lui lancèrent joyeusement ses frangines, quasi simultanément en s’asseyant à table.

- Les princes ont tous ont pris la poudre d’escampette pendant la révolution, rétorqua-t-elle sèchement. Pour ceux qui en ont eu les moyens...

- Il s’agit de prince charmant, précisa sa mère.

- J’avais compris, je ne suis pas débile à ce point là.

- Alors pourquoi tu nous sors des sornettes et tu nous réponds si méchamment? lui demanda Ania.

- Parce la marmite est pleine et que ma cafetière n’est pas loin d’exploser.

- Tu as mal à la tête?... Tu es souffrance?... Il y a quelque chose qui ne va pas?... Quelqu’un t’a harcelée?... On t’a violée?...

Zoïa haussa les épaules.

- De mieux en mieux! fit Macha toute irritée. On se croirait, on se croirait...

- Où ça, bon sang?

- N’importe où sauf à la maison.

- Pourquoi, la famille a remplacé le prêtre?

- Tu lis trop de romans de Tolstoï, ma chérie.

- Si seulement j’avais le temps.

- Tout le monde dit ça et tout le monde s’emmerde à longueur de journée.

- Tu prêches pour ta paroisse.

- Tu es pire que les Américaines.

- Qu’en sais-tu? Tu n’es jamais allée en Amérique et tu n’iras jamais...

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15/11/2017

Ils se sont tant aimés (15, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgDurant son voyage de retour au bercail, qui dura plusieurs jours voire plus d’une semaine vu les nombreuses régions à traverser, dont la Pologne et l’Ukraine, et la lenteur des transports à cette époque, le jeune Niekharochev eut largement le temps de méditer sur son avenir et sur la proposition de son capitaine.

A plusieurs reprises, il se dit:

Jamais, je ne pourrai passer ma vie à soupçonner, à espionner et à moucharder. Jamais, jamais et jamais! C’est une question de personnalité. Ou de dignité personnelle... Le soir, après mon labeur, j’ai envie de passer des heures agréables avec ma famille et dormir sur mes deux oreilles et non pas devoir penser à ma proie du lendemain... A moins qu’à longue la banalité tarira ma conscience. Non, c’est impossible. Guennadi n’est pas Vania.

Et, au bout du compte, suspicion, surveillance et dénonciation, ces trois mots réunis ensemble, finirent par lui donner la nausée...

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13/11/2017

Ils se sont tant aimés (14, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgA Stalinsk, les mineurs s’arrachaient les tartines de Zoïa Dmitrievna.

Certainement parce qu’elles étaient préparées avec énormément de délicatesse et surtout avec beaucoup plus de beurre que celles de ses collègues qui, elles, tartinaient à la va te faire foutre.

S’apercevant de son succès, Elena, une fille un peu naïve qui travaillait aux mêmes horaires qu’elle, lui demanda:

- Ce n’est pas possible, il y a un truc... Pourquoi les tiennes partent plus vite que les nôtres?

- Je n’en sais rien, répondit-elle. Peut-être parce que je suis plus généreuse en sel ou en poivre que vous autres.

- Tu mens. Il y a autre chose...

- Et pourquoi mentirais-je?

- Parce que je t’ai regardé faire et j’ai fait pareil que toi mais rien n’a changé. Les hommes préfèrent toujours les tiennes.

- Serais-tu jalouse pour ça?

- Un peu.

- Eh bien, tu as terriblement tort.

- Pourquoi?

- Parce tu raisonnes en vain comme une capitaliste.

- Vraiment?

- Oui, vraiment! Car aussi bien le bénéfice de mes tartelettes qui disparaissent rapidement que celui des tiennes qui traînent une heure ou deux sur le buffet... vont dans une et même proche. Et sais-tu à qui appartient cette poche?

- Je ne vois pas.

- A l’état... Alors ça ne sert à rien de te fatiguer les méninges pour zéro kopeck dans ta tirelire?...

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12/11/2017

Ils se sont tant aimés (13, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgGuedanni hésita un instant puis déclara à son soi-disant oncle:

- Tu prêches le faux pour connaître le vrai, plus ou moins. Ou en d’autres termes, tes méthodes d’investigation me laissent à croire que tu as dû suivre des formations bien contradictoires pour arriver au poste que tu occupes actuellement. Est-ce un poste à double fonction? L’une visible, l’autre cachée. Tel un iceberg que personne n’ose approcher. Sommes-nous ici,  en tout cas pas moi puisqu’on m’a foutu aux cuisines, pour aider les Allemands à reconstruire leur société selon nos règles et nos principes ou à surveiller et à éliminer les individus récalcitrants? Mon cher oncle, je ne sais pas à quoi tu joues. Est-ce au sauveur ou au persécuteur? Ma famille a tiré un trait sur son passé. Et toi, tu brasses, tu tries, tu fouilles dans les vieilles cendres afin de découvrir une larme qui aurait résisté aux flammes du temps. L’absurdité a enfin trouvé son champion... Je suis désolé de t’avoir craché à la figure mes plus sincères vérités, pensées ou Dieu sait quoi encore, mais c’était nécessaire pour toi et pour moi. Il le faillait. Et il faut également que tu apprennes de ma propre bouche qui je suis réellement et non pas des écrits de tes misérables vassaux. Face aux amis, je me comporte comme un ami. Face aux cons, je me tais tout simplement. J’ai en horreur le mensonge et la jalousie. Et pour en finir avec ma personnalité, je déteste les voyeurs et les mouchards. Ceci dit, je crains pouvoir devenir le héros de tes fantasmes. Voilà, tu peux de me faire fusiller ou m’envoyer en Sibérie si ça te chante. De toute façon, j’ai déjà mon billet de train car c’est là-bas où j’habite.

Le capitaine se leva de son fauteuil, applaudit avec beaucoup d’admiration et dit au futur civil:

- Bravo fiston! A un moment donné, j’ai cru voir et entendre un ami, un homologue anglais stationné à Berlin-Ouest. Vas en paix! Mais fais tout de même attention, tout le monde n’a pas les mêmes sentiments que moi à ton égard. Et, si par hasard ta vodka se transforme en eau salée, saches que ma porte t’est toujours ouverte...

Guennadi Niekhorochev et camarades.jpg

Guennadi (deuxième à partir de la gauche), juillet 1953.

Guennadi Niekhorochev.jpg

Guennadi, 10 décembre 1954, jour de son 21e anniversaire.

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10/11/2017

Ils se sont tant aimés (12, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Le vieux... le vieux Niekharochev ne t’a jamais rien raconté?

- Raconté quoi?

Le capitaine fronça les sourcils, se gratta le nez puis il interrogea son subordonné avec beaucoup de prudence:

- Vraiment, ton grand-père ne t’a pas jamais relaté le fameux jour où des bolcheviks, armés jusqu’aux dents, lui ont rendu visite à la ferme? Et pour quelle raison? Ils avaient sans doute un service à lui quémander, non?

- Quémander? répéta Guennadi en chuchotant.

- Le terme te semble un peu fort?

- Connaissant Diédouchka, oui.

- Le vieux n’était pas aussi généreux que ça. C’est un avare de première.

- Comment oses-tu l’insulter? Après tout ce qu’il a fait pour la révolution...

- Et qu’est-ce qu’il a œuvré de si spécial?

- Il a offert... il a donné tous ses chevaux et toutes ses économies pour la bonne cause... et toute la famille s’est retrouvée sur la paille.

- Donc tu en sais beaucoup plus que tu le prétends en j’en suis ravi!... Mais une question reste sans réponse.

- Une question? Quelle question?

- Ton pépé a offert ou a donné?

- Quelle différence? Le geste est le même.

- Le geste sûrement mais pas l’intention.

- Tu penses qu’il a été forcé?

- Il s’agit de ton jugement, pas du bien.

Guedanni hésita un instant puis déclara à son soi-disant oncle:...

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09/11/2017

Ils se sont tant aimés (11, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- D’après les rapports de tous mes officiers et sous-officiers, en gros, tu serais un tantinet lugubre, très peu bavard voire mystérieusement silencieux.

- Et d’après toi, est-ce bien ou est-ce mal?

L’homme aux quatre petites étoiles sur ses épaulettes se caressa le haut de la lèvre supérieure, par nostalgie sans doute de sa fameuse moustache à la Nicolas II qu’il dut faire disparaître à jamais de son visage afin que les souvenirs du dernier Tsar de Russie ne refassent pas surface, sourit puis répondit à son petit protégé malgré lui:

- C’est parfait. Ainsi je pourrai glisser ton dossier parmi les premiers. Mais avant cela, jure-moi... jure-moi sur la tête de tes parents...

- Désolé, jurer c’est contraire à mon éducation familiale, rétorqua instantanément Guennadi.

- Alors promets-moi...

- Également contraire.

- Tu te moques de moi?

- Jamais je n’oserai.

- Cherches-tu à me culpabiliser?

- Je ne te suis pas, oncle Vania.

- Le vieux... le vieux Niekharochev ne t’a jamais rien raconté?

- Raconté quoi?...

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07/11/2017

Ils se sont tant aimés (10, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLa veille de la quille, où l’on jette en l’air son béret ou son bonnet, ainsi que toutes ses rognes refoulées par un simple hourra, le capitaine convoqua Guennadi et lui proposa:

- Veux-tu travailler pour la sécurité de l’état?

- M...

- Pas de réponse hâtive, s’il te plaît! Écoute d’abord tout ce que j’ai à te dire. Un nouveau service de renseignement vient d’être créé et il y a encore des postes à pourvoir, des postes non officiels, pour ne rien te cacher...

- Tu veux parler des boulots au KGB?

- Tu es au courant de cela?

- Oui, je suis au courant de ça. Mais c’est une blague, non?

- C’est tout le contraire... Qui t’en a parlé et où?

- Dans la rue, au bistro ou à la caserne... Les gens qui plaisantent n’attirent jamais mon attention...

- Si je l’attrape ce crétin, je te garantie qu’ il passera un mauvais quart d’heure...

- Ils étaient nombreux à connaître déjà son existence, me semble-t-il, oncle Vania... Tu ne vas quand même pas les envoyer tous au goulag pour un secret de Polichinelle?

- On a fait pire pour moins que ça.

- Tu me fous la trouille, camarade oncle.

- Il faudra t’y habituer si...

- Si quoi?

- Nous ne sommes pas encore là.

- Et sur quels critères tu te basses pour m’imaginer en parfait agent de ce nouvel organisme?

- D’après les rapports de tous mes officiers et sous-officiers, en gros, tu serais un tantinet lugubre, très peu bavard voire mystérieusement silencieux.

- Et d’après toi, est-ce bien ou est-ce mal?...

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06/11/2017

Ils se sont tant aimés (9, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLes jours, les mois, les années, trois exactement, filèrent à une vitesse inimaginable dans la stricte obéissance et la banalité la plus totale. Aussi bien pour le camarade-soldat chargé en partie de la popote de sa compagnie que pour la camarade-cantinière chargée des tartines destinées aux visages noircis par le charbon.

Ils travaillaient, mangeaient et dormaient en toute quiétude. A l’abri des tempêtes du temps et des hommes. Chacun de son côté. Ils ne riaient jamais de quelqu’un, ils riaient seulement entre copains et copines.

Dieu était interdit et ses saints passés aux oubliettes. Seul Marx, Engels, Lénine et Staline méritaient d’être adorés. La quadrilogie du bien du mal unis pour l’éternité.

La veille de la quille, où l’on jette en l’air son béret ou son bonnet, ainsi que toutes ses rognes refoulées par un simple hourra, le capitaine convoqua Guennadi et lui proposa:...

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Les femmes de la cantine... (Zoïa, deuxième à partir de la droite)

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04/11/2017

Ils se sont tant aimés (8, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgTrois semaines plus tard, grâce à l’oncle Vania, Guennadi fut cantonné aux cuisines et, en bon communiste, partagea gaiement ses dernières blondes fumantes avec ses nouveaux camarades de chambre.

Fini donc les longues marches vers nulle part et les tirs de kalachnikov en rafale sur les ennemis invisibles de la patrie. C’était une vie sans embûche ni embuscade. Quasi la belle vie!

On lui offrit donc le privilège de garder ses pieds au chaud et au sec, loin de la boue et des flaques d’eau préfabriquées, mais en contrepartie, tous les matins, il devait plonger ses bras dans la soupe journalière pour la brasser et, tous les après-midi, ses mains dans de l’eau brûlante pour dégraisser les gamelles des officiers.

Pendant ce temps-là, Zoïa préparait allégrement des butterbrot avec du fromage et de la kolbassa pour les clients de la cantine de la plus grande mine de Stalinsk...

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03/11/2017

Ils se sont tant aimés (7, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Mais nous ne sommes pas du tout moches que je sache! Et Maman est sublime, tu ne trouves pas?

- Elle le serait davantage si...

- Si quoi?

- Si le travail ne l’avait pas trop usée... Père a failli à toutes ses promesses, à toutes ses obligations. C’est un égoïste, un ingrat, un homme à femmes... Il n’aurait jamais dû se marier avec maman.

- Mais ce qui est fait est fait.

- Oui, ce qui est fait est fait et dans ce cas il est incommensurablement impossible de faire marche arrière. J'en suis archi consciente et c'est très regrettable!...

- Malgré tout, nous sommes une famille amputée bien unie, n’est-ce pas?

- Comme tu dis!...

- Jamais de disputes entre nous, quelques chamailles seulement. La plupart du temps à cause d’Ania.

- C’est normal, notre petite sœur a de la peine à sortir de son adolescence scabreuse... J’espère qu’elle est rentrée tout de suite après l’école.

- Tu te fais trop de soucis pour rien, Macha.

- Je sais. Mais marchons tout de même plus vite. Le froid sibérien, il ne faut jamais essayer de le taquiner car c’est un assassin qui ne connaît pas la plaisanterie.

- Tu as raison... Merci de m’avoir accompagnée.

- Il n’y a pas de quoi.

- Tu crois que je l’aurais, ce poste à la cantine de la mine?

- Sans aucun doute, belle et souriante comme tu es.

- ...

- Taisons-nous maintenant! Et mettons sérieusement les bouchées doubles, l’air est terriblement pollué par ici...

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02/11/2017

Ils se sont tant aimés (6, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgA plus de cinq mille kilomètres à vol d’oiseau de Guennadi, Zoïa, après s’être évanouie et avoir failli se faire écraser par un véhicule en folie, demanda à sa sœur ainée, toute tremblante de peur encore:

- Comment allons-nous vivre à l’avenir sans le Père des Nations?

- Comme nous nous sommes toujours débrouillées jusqu’à présent, sans notre propre père, lui répondit Macha Dmtrievna.

- Il nous avait promis une meilleure existence.

- Lénine aussi.

- Qui va donc le remplacer?

- En tout cas pas Papa?

- Tu te souviens encore de lui? Comment était-il?

- C’était un bel homme.

- Pourquoi, ils nous a abandonnées?

- Parce qu’il était sans doute trop beau pour rester avec nous.

- Mais nous ne sommes pas du tout moches que je sache! Et Maman est sublime, tu ne trouves pas?

- Elle le serait davantage si...

- Si quoi?...

 

Zoïa Dmitrievna Yartseva.jpg

Zoïa Dmitrievna Yartseva

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01/11/2017

Ils se sont tant aimés (5, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLe capitaine ouvrit un tiroir de son bureau bricolé, y retira quatre paquets de Lucky Strike et dit à Guennadi d’un ton amusé, en les lui offrant:

- Essaye-ça, ce sont des blondes je crois, et comme toutes les blondes, elles sont légères.

- Je n’en crois pas mes yeux, merci, réagit la recrue toute émue, en les acceptant.

- Elles m’ont été offertes par un ami qui habite Berlin-Ouest. Mais mon médecin m’a recommandé de ne plus fumer... Tu aimes au moins les blondes?

- Blondes, brunes ou grises, toutes nous font rêver.

- Tu es marié?

- Pas encore.

- Une copine?

- Non plus.

- Alors fait attention aux filles d’ici. Elles sont prêtes à tout pour épouser un type comme toi ou moi.

- Qu’avons-nous de si particulier?

- Nous sommes les vainqueurs, camarade! Non, mais c’est surtout parce que presque tous les beaux mâles allemands ont péri dans les flammes de l’enfer hitlérien... et ceux qui ont évité cette impardonnable fournaise sont devenus soit timbrés de la tête soit ramollis de la queue.

- Tu plaisantes?

- A moitié. Mais fais tout de même attention.

- C’est noté.

- Un autre conseil, également bon pour ton avenir: évite de rentrer ou de roder autour d’une église...

- Mais tout à l’heure...

- Je sais, je sais! Je me suis un peu égaré. Mais j’ose t’affirmer tout de même que l’âme de nos dirigeants est moins charitable et plus ambigüe que celle du peuple. Cette conversation restera confidentielle. Entre toi et moi, compris? C’est un ordre!

- Motus et bouche cousue.

- Parfait!

- Que dois-je faire encore pour te remercier?

- Rien. Tu m’a déjà remercié...

- J’ai dit encore.

- Vraiment?

- J’insiste!

- Alors appelle-moi Oncle Vania, si ça te chante. Comme dans ta lointaine enfance. En privé seulement...

- Ça me revient maintenant, très vaguement...

- Tu vois, rien ne s’efface à jamais...

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31/10/2017

Ils se sont tant aimés (4, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgL’homme aux quatre petites étoiles et aux multiples grosses médailles fixa intensément Guennadi dans les yeux puis il lui dit:

- Cela n’a vraiment aucune importance. Ton père et moi, nous étions unis comme deux frères, nous nous voyions presque tous les jours mais le destin en a décidé autrement... Tu crois en Dieu, toi?

Le jeune homme hésita longtemps avant de répondre:

- La vie est trop complexe et problématique pour que je me contente d’un simple oui ou d’un commode non.

- Voilà qui n’est pas mal raisonné pour un fils de charpentier... Tu as fait des études?

- J’ai commencé à travailler dès l’âge de seize ans, dans une mine. L’argent ne tombe pas du ciel et les bouches à nourrir étaient nombreuses. Mais tu dois savoir tout ça, camarade. Non?

- Je vois où tu veux en venir.

- Grand-papa est persuadé que tu travailles pour le MGB. Qu’ils t’ont sauvé et récupéré ainsi...

- A ton avis, a-t-il tort ou raison?

- Si Dieu est une source de mystères pour moi, l’être humain ne l’est pas moins.

- Tu aurais dû te faire prêtre.

- Pour être fusillé, non merci!

- Plus maintenant. L’âme russe est profondément chrétienne.

- Je suis communiste.

- Es-tu inscrit au parti?

- Pas encore.

- Alors tu l’es pas.

- Cela ne prouve strictement rien.

- Que veux-tu insinuer?

- Que les vrais et faux sont partout.

- Alors c’est le moment ou jamais de t’y inscrire pour l’améliorer.

- Tout seul, je n’y arriverai jamais...

- Tu fumes?

- De temps à autre.

- Des américaines ou des papirosa?

- Tu veux rire? Je n’abuse pas plus de cinq Belomarkanal par jour.

- Je constate que tu es quelqu’un de très prudent.

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29/10/2017

Ils se sont tant aimés (3, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Mon vrai nom c’est Ivan Ivanovich Ivanov. Ça te dit quelque chose maintenant?

Le visage de Guennadi se mit à rayonner de joie. Ou presque. Disons plutôt bizarrement.

- Ça te dit quelque chose maintenant? répéta le militaire quinquagénaire.

- Oui, ça me revient, affirma-t-il. Ton nom seulement. Il est si particulier, si inoubliable...

- A part ça, aucun autre souvenir?

- Aucun.

- Même pas celui de ma si belle moustache que l’on m’a forcé de raser?

- J’étais trop petit quand tu nous a quitté.

- Alors comment se fait-il que tu te souviennes encore de mon ancien nom?

- Mes parents n’ont beaucoup parlé de toi.

- En bien ou en mal?

- Toute la famille est persuadée que tu es mort...

- Cela ne m’étonne pas du tout car officiellement je le suis... Les moutons ne croient que ce que les bergers leur demandent de croire, non?...

- Mais Père et Grand-Père pensent différemment.

- C’est-à-dire?

- Ils doutent.

- De quoi?

- De ta culpabilité, de ton crime, de ta fusillade ou pendaison, de toute cette histoire mal ficelée...

- Et bien sûr, d’après toi, qui doute trop a forcément raison.

- Je n’ai jamais dit ça.

- Mais tu ne songes nullement à me contredire, n’est-ce pas?

- Je ne te suis pas...

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Guennadi, assis au centre, avec ses meilleurs camarades.

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28/10/2017

Ils se sont tant aimés (2, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Repos, repos, Guenna Antonovich, lui répondit son supérieur, avec un sourire au bout des lèvres... Sais-tu pourquoi je t’ai fait venir?

- Je l’ignore totalement, camarade capitaine.

- Es-tu certain?

- Très certain, camarade capitaine.

- Tu ne doutes de rien?

- Pourquoi, le devrais-je, camarade capitaine? Ai-je commis un crime malgré moi?...

- Nous avons tous avons tous commis des crimes sans le savoir depuis la guerre. C’était ça ou crever.

- Les temps changent, camarade capitaine.

- Pas autant que ça.

- Certainement, camarade capitaine.

- Cesse de me répéter ce que je suis et non pas qui je suis réellement, camarade troufion de mes deux! Car ça commence à faire trop bourgeois, ta politesse à la... à la... Compris?

- Dix sur dix!...

- Et... ferme la porte, prends une chaise qui tient encore debout et assieds-toi en face de moi! Et surtout enlève ton affreux bonnet! Compris aussi?

- Vingt sur vingt!

Guennadi exécuta rapidement ces ordres inhabituels avec beaucoup de froideur.

Mais au fond de lui un volcan chargé d’interrogations contradictoires bouillonnait.

- Tel père, tel fils! s’exclama le commandant, une fois son sous-fifre installé.

- Pardon? fit le jeune homme tout étonné.

- Mon vrai nom c’est Ivan Ivonovich Ivanov. Ça te dit quelque chose maintenant?...

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27/10/2017

Ils se sont tant aimés (1, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLe 5 mars 1953, la radio de Moscou annonça, par une voix rauque, la mort de Iosif Vissarionovich Dzhugashvili alias Joseph Staline.

A Stalinsk, Novokouznetsk de nos jours, en Sibérie, Zoia, une jeune fille de dix-huit ans pleura à chaudes larmes et tomba dans les pommes en apprenant la nouvelle dans la rue. Elle a même failli se faire écraser par un camion militaire en délire. Certainement, elle ne fut pas la seule à mériter un tel sort ce jour-là.

Au même moment, à Potsdam, Guennadi, une recrue de l’armée soviétique stationnée en Allemagne, entra dans le bureau des officiers.

- Soldat Nekhorochev! Je suis à vos ordres, camarade capitaine! cria-t-il en se mettant au garde-à-vous.

- Repos, repos, Guenna Antonovich, lui répondit son supérieur, avec un sourire au bout des lèvres... Sais-tu pourquoi je t’ai fait venir?

- Je l’ignore totalement, camarade capitaine.

- Es-tu certain?...

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25/10/2017

Maneki-neko adore le porto (51, fin)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpg- Serais-tu... ou aurais-tu aussi un penchant pour la gent féminine?

Elle remue ses sourcils et me révèle avec fierté:

- Comme m’a si bien décrite mon oncle Adolf, je suis un saltimbanque des temps modernes qui saute sur tout ce qui bouge. Depuis que j’ai réalisé mon vœux le plus cher, j’en suis conscient... Pardon, consciente! Mais ça c’est mon secret... L’autre, qu’il soit sexué, resexué ou asexué, poilu ou imberbe, blanc, jaune, rouge ou noir, cela n’a aucune importance. Vraiment aucun importance. L’important, c’est qu’il puisse me faire rêver l’espace d’une conversation, d’une étreinte, d’un baiser ou d’un sourire. Et ma copine, occasionnelle forcément vu que je suis maquée, qui m’a piqué mon nom et mon copain de l’ambassade des États-Unis, avec mon accord...

- Nick Byrd? je glisse.

- Attends, je n’ai pas fini... C’est le miracle des eaux troubles.

- C’est-à-dire?

- Victor Hugo a écrit: Dieu créa l’eau, l’homme le vin. Et moi, j’ai noté dans mon bloc-notes: Dieu est un farceur, l’homme l’est doublement.

- De quoi, de qui veux-tu parler?

- De ma copine. C’était un homme avant... Au fait d’où tu connaît Nick?

- J’ai vaguement fait sa connaissance, dans un bar. Il était avec une fille... une Laotienne, je crois. Je mens évidemment.

- Swen, certainement.

- Ta copine?

- La mienne, la sienne! Cela dépend des jours et quand elle n’a rien à se mettre sous la dent...

- Tu n’aurais pas une photo d’elle?

- Quand on est du type très amoureux, on se trimbale toujours un truc qui nous rappelle notre dernière conquête.

- Pas nécessairement.

- Pourquoi, tu aurais envie de te la payer?

- Qui sait! Non, c’est par simple curiosité.

Elle fouille dans son sac de nana et y retire un mini-album.

Je le lui arrache presque des mains et le feuillette.

- Merde alors! je m’exclame en découvrant un portrait de Maneki-neko numéro un exhibant ses seins.

- Elle t’excite à ce point-là? me demande l’Allemande, fière d’avoir été ou d’être encore son amante. Elle est magnifique, non?...

- C’était vraiment un homme avant? Ce n’est une blague?

- Pourquoi m’amuserais-je à te me mentir?

- Quelle perfection! Si c’est vrai...

- Un miracle chirurgicale!

- C’est inquiétant.

- Même Saint Pierre n’y verra que du feu au paradis.

- Ça me rassure.

- Ça te rassure? Pourquoi?

- Pour rien... je disais ça comme ça.

Pensez donc! Pas pour rien. Jamais de la vie, je ne me suis senti aussi désorienté.

Durant le reste de mon séjour en Thaïlande, je n’ai pas cessé de me répéter:

« Les apparences sont vraiment trompeuses! A l’avenir, sois très prudent, archi méfiant, camarade! »

Mais le comble de l’histoire!

 Trois mois plus tard, tôt le matin, chez moi en Suisse, le téléphone sonne.

Je décroche et une voix à peine audible me chante à l’oreille:

- C’est moi.

- Moi qui?

- Maneki-neko.

- La Laotienne qui adore le porto?

- Tu veux toujours m’épouser?

- Qui t’a filé mon numéro?

- Un copain de la CIA.

- Tu plaisantes?

- Jamais quand j’utilise leurs appareils.

- Je te crois, Sven.

- Sven?... Qui t’a parlé de Sven?

- Ta copine. Ta copine allemande.

- Mais c’est elle qui s’appelle ou plutôt qui s’appelait ainsi lorsqu’elle était encore un mec... D’où tu la connais?

- En tout cas pas du catéchisme...

- Tu n’as pas fait l’amour avec ce montre, j’espère?

- Pour qui me prends-tu? Pourquoi?...

- Tu veux toujours m’épouser?

- Plus que jamais.

- Merci, l’espoir fait vivre... Il faut que je te laisse maintenant, les Américains sont radins quand ça ne rapporte pas. A plus!

- A plus!

Et, aussitôt le bigophone raccroché, je hurle de toutes mes forces:

- Allez tous vous faire foutre!... La vie est une gigantesque farce.

16:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/10/2017

Maneki-neko adore le porto (50, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpg- Ouf, ouf... et ouf! souffle-t-elle en se levant soudainement. Ça me donne soif tout ça... Tu veux un verre de porto?

- Pourquoi de porto? je lui demande d’un air confondu, en pensant à Maneki-neko numéro un.

- Parce que j’adore cette boisson...

- Toi aussi?...

- Und weil... j’adore également partager ce que j’adore avec les personnes que j’apprécie.

- En somme tout est adoration chez toi...

Elle disparaît, réapparaît avec deux verres à liqueur dans les mains, remplis à ras bord de ce délicieux vin, m’en tend un et m’avoue en plaisantant:

- Pour ne rien te cacher, celui-ci m’a été offert par ma copine qui commence, elle aussi, à l’adorer.

Et nous trinquons.

Cul sec! A la santé de tout et de rien, de tous et de personne! Comme deux zouaves après un terrible combat.

Après avoir accompli cette action désaltérant, gustative et symbolique, débordante d’une très douteuse compassion pour ma part, je demande timidement à l’ héroïne de ma dernière émulation:

- Serais-tu... ou aurais-tu aussi un penchant pour la gent féminine?

Elle remue ses sourcils et me révèle avec fierté:...

16:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (10) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/10/2017

Maneki-neko adore le porto (49, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgLa tête dans les étoiles et les yeux dans la graisse de bines, j’entre dans un jardin d’Éden identique à celui de la création. Sans barrières ni pancartes. Où les pensées hypocrites, les crises de jalousie et toutes les morales de la terre sont absentes.

Et je fonce sans la moindre hésitation vers l’autre. Cet autre qui est à la fois identique et différent de moi. Tel un papillon aspiré par la flamme d’une bougie.

Le je se transforme en nous. Je suis tantôt elle et elle est tantôt moi. Nous formons presque un seul être. Presque! Car, par instant, l’autre redevient lui-même en réclamant encore, encore et... encore de baisers, de caresses, d’étreintes envoûtantes...

Quel sublime spectacle! Même à moitié saoul.

Lorsque les acteurs sont consentants, bien entendu. Moralité divine oblige!

Malheurs donc au violeurs! Ces poseurs de mines qui paralysent pendant longtemps ou à jamais les âmes innocentes, leurs champs de bataille.

- Ouf, ouf... et ouf! souffle-t-elle en se levant soudainement. Ça me donne soif tout ça... Tu veux un verre de porto?...

17:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |