21/06/2018

Un maral nommé Vova (1, à suivre)

Un maral nommé Vova, Hank Vogel.jpgUn civilisé respecte la nature, les animaux et les hommes.

Celui qui ordonne que l’on sépare les enfants de leurs parents, ne respecte rien. C’est un prédateur de la pire espèce.

Face à ce dangereux individu, les gardiens de la moral dans toute sa splendeur n’agissent nullement. Ou à peine. Ils ferment les yeux et chuchotent entre eux, telles de vieilles commères des villages isolés, des histoires à dormir debout.

Bien sûr! Ils préfèrent s’attaquer aux faibles, aux affaiblis, aux perdants, aux combattants des causes perdues...

Il est triste de constater que ces gens-là font ainsi leur beurre.

Bref! Dieu que le monde me désespère!

J’étais un minable chasseur, avide de sang et de cruauté. Mais un jour, les larmes d’un cheval condamné à l’abattoir m’ont poussé à échanger mon fusil et mon poignard contre une caméra et stylo.

Ciel que cet échange me fut bénéfique!...

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20/06/2018

Mariage blanc (24, fin)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgLa douceur de sa voix et la beauté de ses sourires encouragent respect et obéissance.

Tout est une question de panache dans la vie.

Le couple se construit grâce à cela. Et celui qui perd ce peu est voué à l’échec.

Le sexe n’est que provisoire. Attirance, miroir aux alouettes au service de la conservation de l’espèce. Et le créateur, rusé comme personne, semble avoir un faible pour les automates.

Rares sont les mariages qui se terminent en apothéose. Les différences et les conflits ne font que commencer.

Ella revient toute décontractée, une bouteille de Veuve Clicquot dans une main et deux flûtes dans l’autre.

- Avant le repas? je m’exclame.

- C’est jour de relâche aujourd’hui, m’explique-t-elle en posant le tout sur la table. C’est noté sur la vitrine...

- Mais la porte était... est ouverte...

- Pour les fournisseurs uniquement.

Et d’une gestuelle très professionnelle, elle sabre le champagne.

Tel bouchon, tel amant? je me questionne bêtement.

- A notre amitié! dit-elle en levant son verre.

- A plus si le terrain est libre, je riposte en surélevant le mien.

Elle sourit légèrement.

Rictus ou sourire timide?

Nous buvons, nous parlons de tout et de rien, nous nous entendons comme deux larrons en foire et forcément nous nous tutoyons.

A un moment donné, Ella me demande avec une pointe de violence, dû sans doute à la boisson des dieux:

- Ça t’intéresse que j’éclaire ta lanterne ou tu souhaites végéter le restant de ton existence?

- Si cela a de l’importance pour toi, je veux bien t’écouter attentivement, je lui réponds.

- C’est important pour tous les deux.

- Je suis tout ouï.

- Marions-nous!

- Se marier?

- Épouse-moi, si tu préfères.

- Mais... mais...

- Je sais qui tu es. Les gens d’ici adorent les commérages, ce sont de parfaites pipelettes...

- Mais nous ne nous aimons pas.

- L’amour n’en est pas la raison.

- Quoi alors?

- C’est une simple question arrangement.

- Quel arrangement?

- Tu me rends service, je te rends service.

- Sois plus explicite!

- Mes parents rêvent de me voir mariée et mon père m’a promis de me céder la moitié de sa fortune le jour de mon mariage...

- D’où les qualificatifs que le flic t’a attribués...

- Qu’il aille au diable celui-là! Je le déteste ce pistonné des hautes sphères. Il ne pense qu’à mon argent.

- En es-tu certaine?

- Ça se voit, ça se sent... Et puis, je n’aime pas les hommes. Pour l’instant. Ni les femmes, d’ailleurs... Je veux surtout que ce con et mes vieux me foutent la paix une fois pour toutes... Tu ne peux pas t’imaginer à quel point ils me rendent malade.

- En somme, tu me proposes un mariage blanc.

- Dans ton intérêt aussi... Permis de séjour assuré, droit au travail, au chômage, aux assurances tous azimuts et la possibilité de te refaire des racines.

- J’accepte juste pour ce mot.

- Quel mot?

- Racine.

Et nous éclatons de rire.

Un mois tard, loin de la foule déchaînée, Ella me chuchote à l’oreille:

- Maintenant que tu m’as épousée illégalement, fais de moi ta maîtresse légale.

L’amour dans son indisciplinée sagesse peut éclore telle une rose sur un tas de fumier, me dis-je.


                                                                                                Nokolskoe (Altaï), le 20 juin 2018.

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17/06/2018

Mariage blanc (23, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgElla me reçoit les bras grands ouverts.

- Ma cuisine et mon spectacle vous ont donc plus à ce point-là? me demande-t-elle, toute rayonnante de joie.

- Si ce n’était que ça! je lui réponds d’un air charmeur.

- Ah, bon?

- Il paraît que vous êtes une mine d’or.

- Rien que ça?

- Je ne fais que de répéter ce que j’ai entendu...

- Qui a osé ou qui ont osé imaginer une telle ânerie?

- Un flic, un seul.

- Je vois de qui il s’agit.

- Un ami ou un ennemi?

- Pire, un soupirant.

- Je comprends tout maintenant.

- Installez-vous, je reviens tout de suite. Votre lanterne mérite un meilleur éclairage...

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14/06/2018

Mariage blanc (22, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgPrenez ce chemin et non pas celui-là! La voix est plus sûre.

Mais qui est-il pour me proposer une telle directive? A-t-il rencontré le diable en chair et en os et a-t-il évité les flammes de l’enfer?

Je suis un homme libre. Je n’est besoin de personne. Mon amertume et ma méfiance dues à mes nombreuses mauvaises expériences me suffisent largement pour affronter à nouveau le pire.

Fais-ceci et pas cela!

Vas te faire foutre, flic à la con! Enfant de seconde zone! Faussaire et fossoyeur des libertés individuelles et intellectuelles!

Et par esprit de contradiction voire de révolte, le lendemain, je retourne à la Belle époque.

Ella me reçoit les bras grands ouverts.

- Ma cuisine et mon spectacle vous ont donc plus à ce point-là? me demande-t-elle, toute rayonnante de joie.

- Si ce n’était que ça! je lui réponds d’un air charmeur.

- Ah, bon?...

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11/06/2018

Mariage blanc (21, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgDieu que des mots anodins peuvent être terriblement blessants!

Que suis-je pour lui? je m’interroge. Un simple pion, noir ou blanc, qui fait désordre sur l’échiquier? Ou qui n’obéit pas aux règles du jeu? Quel échiquier? Quel jeu? Ses arrangements et ceux de son incollable tribu, inéluctablement... Je suis étonné qu’il ne m'a pas encore tutoyé. Et pas le moindre signe d’empathie de sa part, sur son visage. Rien. Je ne vois rien. Je ne ressens rien.

Le gardien des mesures à jamais établies me toise puis conclut avec fierté et sévérité, comme s’il avait inventé les feux d’artifice avant les Chinois:

- Un homme averti en vaut deux et le pain béni ce n’est pas pour les cochons. Et... et... et...

Il crache finalement le morceau:

- Une mine d’or telle qu' Ella ne mérite pas d’être découverte par un illustre inconnu... Vous pouvez vous en aller, maintenant! Aucune charge n’est retenue contre vous. Pour le moment!

Et, la queue entre les jambes, comme un chien battu et abandonné, je m’éloigne du commissariat. Lieu poussiéreux et glacial où seul survit le mathématisé...

08:54 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/06/2018

Mariage blanc (20, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpg- Le syndrome de Pinocchio, ça vous dit quelque chose?

Il éclate de rire.

Je conclus donc que les cours de psychologie comportementale qu’il a eu ou qu’il aurait dû avoir lors de sa formation de limier ne sont que des foutaises.

- Je vois, je mâchonne.

- Hâtive conclusion! s’exclame-t-il tout sourire.

Est-ce un pur hasard ou serait-il un barbouze doté d’un sixième sens?

- Finalement, je vous aime bien, m’avoue-t-il... Non, soyons sérions! Je vous ai convié à me rendre visite, un peu brusquement j’en conviens mais institution oblige, pour vous signaler que les gens d’ici n’aiment pas que les gens d’ailleurs gaspillent leur argent. Donc... donc... la prochaine fois, si une folle envie de bouffer autre chose que du surgelé vous traverse l’esprit, buvez vite un verre d’eau du robinet...

- Afin que ce démon disparaisse à jamais de mes entrailles, j’anticipe.

- C’est presque ça. La gourmandise, on peut la contrôler...

- Donc... donc... d’après vous et vos sympathiques compatriotes qui vous payent avec largesse, un réfugié n’a pas le droit à toutes les jouissance de la vie. L’abstinence: oui! L’abondance: jamais!... Non, je refuse que l’on me prenne pour un esclave des temps actuels. Je ne suis qu’une victime de l’actualité...

- Alors, agissez comme vos semblables! Envoyez votre argent à votre famille ou à vos frères et sœurs! Mais ne le dépensez stupidement en allant dans des restaurants hyper chers.

Dieu que des mots anodins peuvent être terriblement blessants!...

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06/06/2018

Mariage blanc (19, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpg- Taisez-vous! Je crois entendre mon chef.

Seules les statues ne dévoilent pas leurs sentiments. Il faut donc que je contrôle à fond ma mimique, je rumine. Un abruti a plus de chance de se faire innocenter qu’un exalté face à jury spécialisé dans les tics et les mouvements du visage.

- A-t-il étudié dans la même école de police que vous? je lui demande.

L’inspecteur n’en revient pas.

- Vous êtes un drôle de coco, vous! me lance-t-il après une brève hésitation. J’en suis maintenant convaincu...

- Je suis également curieux de nature.

- Je n’en doute pas... D’habitude, c’est moi qui pose les questions...

- Le contraire m’étonnerait énormément...

- Que voulez-vous savoir exactement?

J’ai subitement une envie folle de me caresser le bout du nez. Mais je résiste à cette tentation.

- Le syndrome de Pinocchio, ça vous dit quelque chose?

Il éclate de rire...

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04/06/2018

Mariage blanc (18, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgDans ma jeunesse, j’ai lu un jour, peint en grand et en rouge sur la façade d’un immeuble administratif, Le mensonge est une vérité dans un monde inconnu.

Alors, si un révolté contre le système a osé barbouillé cela, pourquoi agirais-je plus gentiment, moi qui ai subi les pires humiliations de la part de ce même système?

Œil pour œil, dent pour dent!

Jusqu’à la preuve du contraire, je t’approuve donc Hammourabi, roi de Babylone!

- Alors! Ça vient ou quoi? gronde-t-il de nouveau, le cocu de père en fils certainement.

- Ella a l’intention se de marier, j’invente.

- Avec qui et quand? crie-t-il comme un fou furieux, en s’éjectant presque de son fauteuil.

- Calmos, calmos, enquêteur de mes deux! Il ne faut pas confondre le rêve et la réalité...

- Vous m’insultez maintenant?

- Non, je vous explique.

- Vous m’expliquez quoi?

- L’intention n’a jamais été un fait accompli, que je sache! Non? A moins que dans la sphère policière tout se passe autrement... on préconise la chute pour éviter la cascade...

- Taisez-vous! Je crois entendre mon chef...

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03/06/2018

Mariage blanc (17, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgQuand quotidiennement une patronne se déguise en négresse et un flic flippe pour des cacahuètes, c’est la fin du cinéma, me dis-je.

- Vous a-t-elle balancé quelques vérités me concernant? reformule l’homme de l’ordre.

- Pourquoi, elle vous intéresse autant que ça? je lui demande avec un petit sourire au coin des lèvres.

- Ne jouez pas au malin avec moi. Bien des marabouts de votre espèce se sont tous retrouvés à l’hôpital pour moins que ça.

- Navré pour eux... C’est une menace?

- Non, un simple avertissement.

- Un bon zoologiste n’enferme jamais tous les singes dans la même cage, vous saviez?

- Que voulez-vous insinuer par là?

Fait-il exprès de ne pas bien me comprendre? Ou attend-t-il que je m’égare dans mes propos, hautement mal considérés par les bien-pensants de son bled, afin de me neutraliser? Tel un tireur d’élite prêt à m’abattre pour la bonne cause. Non, la sienne et celle de ses pairs. Malheureux conditionné!...

- Alors! Ça vient ou quoi? gronde-t-il.

Tu nais flic et tu meurs flic! Les seuls policiers qui s’en sortent sont ceux qui passent à la télé. La casquette doit certainement empêchait le cerveau d’évoluer.

Le pauvre homme se ronge les doigts. L’amour est souvent un casse-tête insoluble.

Et si je changeais mon fusil d’épaule? Je commence à avoir pitié de lui.

- Jamais de la vie! aurait réagit ma concierge catalane, morte dans une prison espagnole, condamnée à vie pour avoir soi-disant empoisonné des chorizos. Ressaisis-toi, mon garçon! La flicaille... ces gens-là ne méritent aucune de nos larmes. Ni au mariage, ni aux funérailles. Ils ont le mépris et la suspicion dans le sang.

Tant pis pour moi! Au point où j’en suis socialement, qu’ est-ce que je risque?...

09:39 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

31/05/2018

Mariage blanc (16, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgTout est bien qui finit bien! dit-on. Ce qui s’est déroulé avant, voire la pire des catastrophes, n’a plus d’importance, n’est plus qu’une banalité, un grain de poussière, une insignifiante parenthèse. A quoi bon donc en faire tout un fromage? Ainsi raisonne l’homme pressé qui veut tourner la page.

Et tant de pages ont été si vite tournées! Dans l’intérêt général, soi-disant.

- Combien? me demanderait ma concierge qui compte et qui ramasse à longueur de journée les mégots et les chewing-gums crachés dans les escaliers.

- Une infinité et j’oublie celles qui ont été arrachées et détruites, je lui répondrais.

Oui, une infinité. Ciel que l’ingratitude humaine rivalise avec l’éternité!

Le livre de notre existence passée est un roman impersonnel à moitié escamoté par nos précepteurs. Où, systématiquement, les points d’interrogations ont été remplacés par des points de suspension et les verbes aimer et adorer par des verbes moins corrosifs tels qu’estimer ou apprécier.

La faute à qui?

- De qui! corrigeraient à haute voix et avec fierté les puristes.

Mais ces gens-là n’ont que la critique facile. Le reste du temps, ils trébuchent à toute nouveauté.

Sur quel navire de guerre ai-je apponté? Suis-je moi aussi une parenthèse, une parenthèse historique?

- Nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité, profession, sexe actuel, état matrimonial légal et adresse de l’établissement qui vous héberge? me déballe l’inspecteur de police d’une voix monocorde pareille à celle d’un robot.

- On m’a déjà demandé tout ça la semaine dernière, je lui fais remarquer gentiment.

- Qui ça?

- Le monsieur chargé de l’immigration.

- Nom, prénom...

- Zumberstrum, je crois.

- Connais pas.

- Comment est-ce possible? Il était pourtant assis à votre place...

- Nom, prénom....

- Je m’appelle Hour Ben, je suis né le 10 mars 1982 à... à...

- À?

- Je suis vraiment navré, mais il m’est formellement déconseillé par mon psychiatre de prononcer la moindre syllabe de ma ville natale ni de l’endroit où elle se trouve ou plutôt où elle se trouvait.

- Est-ce une plaisanterie?

- C’est noté noir sur blanc et en lettres grasses dans mon dossier.

- Mais je n’ai pas votre dossier!

- Allumez alors votre ordinateur.

- Il est en panne comme tous ceux de la maison d’ailleurs. Mon... mon...

- Mon?

- Mon plus grand souci, ce n’est pas ça mais vous.

- Donc vous me connaissez...

- Avez-vous une idée pourquoi je vous ai convoqué?

- Vous ne m’avez pas convoqué, deux gendarmes sont venus me chercher de force. Autrement, j’aurais pris avec moi mon autorisation de séjour et les carottes seraient cuites depuis longtemps...

- Pas si sûr, pas si sûr!

- Et pour quelle raison?

- Hier, qu’est-ce qui vous a pris d’aller jouer à la fine bouche au lieu de déjeuner sagement à la cantine comme tout bon réfugié? Et pourquoi spécialement à la Belle époque où la tenancière dissimule son identité? Bien qu’ à juste titre selon elle...

- J’ignorais tout ça, cher monsieur.

- Que vous a-t-elle raconté à mon sujet?

- Qui ça?

- Ella.

Je tombe des nues...

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30/05/2018

Mariage blanc (15, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgNous nous regardons les uns les autres tels des imbéciles heureux.

La réponse la plus précise, la plus percutante viendra de l’autre. Cet autre, ce sage, cet ange qui a su traverser ces flammes infailliblement destructrices sans se faire brûler les ailes.

Mais où est-elle bon sang, cette créature hors normes au destin unique?

Au fond de nous et nulle part à la fois? Ce n’est finalement qu’une chimère?

Il n’y a donc point de véritable héros prêt à s’en prendre plein la gueule dans cette basse-cour...

- Résultat? répète le cabotin.

- Ça va, ça va! s’énerve Ella... Votre drame est une comédie sans fin. Qui se produit dès que les rotules commencent à grincer et les portes tout autant. Question d’usure. Ou trop de plaisir tue le plaisir. La répétition à outrance n’est bonne que pour la mitrailleuse. Et puis quand on ne peut plus on ne peut plus! Pourquoi voulez-vous empêcher les jeunes de jouir de leur propre jeunesse sous prétexte qu’au bout du compte l’impuissance et la mort nous attendent tous.

- Résultat? persiste-t-il.

- On s’en fout totalement de ton résultat, camarade! je hurle... On se croirait à la chambre des lords ou les sourds donnent l’impression d’être de grands penseurs. Qu’attends-tu de nous? Un kein boche ou un niet à la soviétique?

- Personne ne veut nous écouter, nous les gens ordinaires, pleure-t-il. Personne, personne...

- Désolée, réagit Ella. Tout est de ma faute. J’ai compris. La prochaine fois, le vulgaire n’aura plus droit au chapitre... Retournez tous à vos places, à vos tables respectives, s’il vous plaît, mesdames et messieurs! Les digestifs sont offerts!...

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28/05/2018

Mariage blanc (14, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpg

- Tous les mêmes, dès qu’ on leur donne le pouvoir, ils prennent la grosse tête, je murmure.

- Plus fort!

- Si je veux, connard!

- Cessez de vous chamailler comme deux coqs empâtés! intervient Ella.

- Belle expression! je souligne d’un ton très étonné. La poésie finit toujours par sauver le monde...

- C’est justement à cela où je voulais en venir, m’interrompt le petit cabot de madame. Ma moitié et moi, pendant des décennies, nous avons connu les maisons de tolérance les plus tolérables qui soient, les maisons closes les plus closes qui soient... les salons privés, les boxons à ciel ouvert, les caves des châteaux, les pissoirs des grands restaurants, la forêt, les champs élysées ou presque, la rue, le trottoir, le sexe par téléphone puis, Dieu soit loué, par skype et nous avons subi ainsi les pires tempêtes de la luxure. Résultat?...

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26/05/2018

Mariage blanc (13, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpg- Nous en avons marre du bas dans tous ses états et dans tous les sens soit dans toutes les sauces.

- Quelles sauces, mes sauces?

- Mais non! Tu es à côté de la plaque, ma gargotière! Ta cuisine commence sérieusement à te monter au ciboulot...

- Soyez donc plus explicite! Au lieu de jouer à la méchante maîtresse d’école entre autres.

La plantureuse semble tout à coup bloquée, paralysée, pétrifiée...

Son toutou de chérie vient à son secours, indirectement, par crainte de se ramasser une baffe, bien entendu:

- Ma bien aimée voulait insinuer tout ce qui est et s’approche de la bassesse.

- Ose enfin, camarade! je lance. C’est maintenant ou jamais. A toi tout seul, tu vaux plus qu’une armée. Quand le maréchal tombe aux oubliettes le caporal peut sonner sa trompette.

Alors, rassuré par mes encouragements inattendus, le petit bonhomme redresse sa jolie cravate et, tel un président fraichement élu, affirme avec fierté et fermeté:

- La grossièreté, la trivialité, l’obscénité, l’exhibitionnisme, le voyeurisme, la pornographie... tout ce qui dévoile nos instincts les plus primitifs, voire les plus incertains, n’améliore nullement notre existence au contraire... au contraire...

- Le couvent te conviendrait à merveille, lui dis-je.

- D’où tu sors toi pour te permettre une telle remarque? me demande-t-il avec arrogance.

- Tous les mêmes, dès qu'on leur donne le pouvoir, ils prennent la grosse tête, je murmure.

- Plus fort!...

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24/05/2018

Mariage blanc (12, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpg- Alors pourquoi vouliez-vous me quitter, m’abandonner?

- Nous n’avions pas le choix.

- Quel choix?

Son compagnon ou son Pense à ta louloute ou je te balance une torgnole!, le petit bonhomme joliment cravaté, se gratte la tête puis déclare, la queue entre les jambes:

- Ce sont toujours les grandes gueules qui décident de tout. A nous, les vrais gens simples, les ignorés des médias, bourges ou travailleurs... jamais, on nous donne la parole. Publiquement. Afin que nous puissions nous exprimer franchement, à fond.

- Comment ça? rétorque Ella. Il y a les votations, les manifestations, les grèves... et puis maintenant il y a internet et les réseaux sociaux...

- Où même les chattes s’en prennent aux chiennes, mon merci!

- Que faire alors?

- L’action.

- C’est-à-dire?

- Agir, partir, s'en aller, sortir, se casser, déguerpir, s'échapper, se sauver, foutre le camp, s’éloigner, disparaître, mourir peut-être...

- J’ai compris, j’ai compris! Ce n’est parce que je suis à moitié noire que je dois être à moitié sotte.

Elle souffre de racisme, me dis-je.

- C’était pourtant ça qui bouillonnait dans nos cafetières... Désolé, je n’avais nullement l’intention de... de vous...

- Pas un mot de plus, Raoul! crie la matriarche.

Puis elle s’adresse à Ella:

- Au lieu de tourner autour du pot comme des charognards autour d’un cadavre tout déchiqueté, il serait préférable que je t’arrache le mal par la racine. D’accord?

- Je vous écoute.

- Le pet de monsieur ton copain...

Quel sorte de crime ai-je donc commis?

- Ce n’est pas mon copain. Pas encore...

Est-ce une invitation au rêve ou à la débauche?

- Le pet de monsieur tout court, se rattrape l’ex prostituée, probablement... Mes amis et moi, nous l’avons trouvé forcé et vulgaire.

- Forcé et vulgaire?

- Oui, forcé et vulgaire.

- Et alors?...

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22/05/2018

Mariage blanc (11, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgLa basanée les retient en leur disant:

- C’était pourtant le but recherché, non?...

Des oui mais se succèdent comme des queues sans tête. Permettez-moi cette expression.

- Mes chers amis, je ne vous comprends plus, poursuit-elle. Vraiment plus. On dirait que le bruit d’un vent qui se sauve spontanément des entrailles d’un corps en émoi heurte davantage votre sensibilité que celui d’une rafale de mitraillette au sein d’une école étasunienne. Serriez-vous tous tombés dans les pièges de la contradiction. Ce matin encore, au petit déjeuner, vous me disiez... que le théâtre, la radio, la télévision et le cinéma ne vous apportent plus rien, n’enrichissent plus vos vies. Ni sentimentalement, ni socialement. Que les discours, les actualités, les chansons, les œuvres dramatiques, les films, les séries télévisées, policières et autres, ne vous emballent plus. Que c’est presque toujours le même scénario, la même histoire, la même machination. Du chiqué dans l’espoir de vous faire vibrer. Du réchauffé à outrance. Mais en vain. Et voilà qu’un gaz intestinal, anodin, inodore mais assourdissant, au lieu de vous propulser dans l’univers merveilleux de l’inattendu, vous a plongés dans un océan glacial noyant toute belle attente. Cette flatulence aurait-t-elle agi dans vos cervelles telle la goutte d’eau qui fait déborder le vase? Est-cela? Ou est-ce que je me trompe? Exprimez-vous, expliquez-moi, je suis perdue.

- Oui mais, mais oui, répète la femme aux lèvres bien charnues.

- Cessez avec vos oui mais, bon sang! s’énerve la belle métisse... Vous n’avez pas meilleur bêlement que ceux-ci?

- Ne t’énerve pas comme ça, Ella! lui dit la pulpeuse. Nous sommes tous dans le même bain. Toi comme nous.

Enfin du nouveau dans ce chaos verbal! La belle s’appelle Ella. Sans doute un diminutif d’Emmanuelle. Que c’est excitant!

- Alors pourquoi vouliez-vous me quitter, m’abandonner?

- Nous n’avions pas le choix.

- Quel choix?...

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19/05/2018

Mariage blanc (10, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgPris pour cible, je crache aussitôt le cohiba cubain, vu sa bague, me lève et crie:

- Pourquoi?

Un petit bonhomme joliment cravaté, accompagné d’une grande perche aux lèvres bien pulpeuses, me répond à haute voix:

- Parce que.

- Parce que quoi?

- Parce que plus les clés sont nombreuses moins la serrure est trouvable.

Et toutes les personnes présentes éclatent de rire. Excepté la mulâtre.

- Pourquoi pas vous? je lui demande. Vous ne partagez pas leurs aberrations?

- Buvez, avalez votre napoléon et rasseyez-vous! m’ordonne-t-elle affablement... De leur point de vue, ils n’ont pas totalement tort. Faites ce que je vous dis, pour l’amour du ciel!

Et tel un soldat paumé prêt à mourir pour la patrie, je m’exécute.

- Rotez maintenant! me conseille-t-elle. Ils n’attendent que ça. Du moins, les plus blasés.

- Mais... mais...

- Rotez, c’est un ordre!

Mais à cet instant précis, un pet d’une sonorité étourdissante s’échappe involontairement de mon derrière.

Tout le monde est sous le choc. Presque!

Comme toujours, pour tout et partout, il y a ceux qui condamnent d’office et les autres. Autrement dit: les durs à cuire et les ouverts d’esprit. Les convertis et les libres-penseurs. Les démons et les anges. Ceux qui votent systématiquement contre et ceux qui zigzaguent dans les bureaux de vote.

Les clients les plus outrés s’apprêtent à quitter le restaurant.

La basanée les retient en leur disant:

- C’était pourtant le but recherché, non?...

Des oui mais se succèdent comme des queues sans tête. Permettez cette expression...

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18/05/2018

Mariage blanc (9, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgElle va, elle revient. Un verre de cognac à la main et un gros cigare au bec.

Elle s’approche de moi en ondulant ses hanches.

Quel spectacle! On se croirait dans un film trop américain. Ou dans une pub anti puritaine. Un curé verrait le diable incarné.

Tous les regards sont dirigés vers elle. Vers moi inévitablement.

Qui est-il? se demandent la plupart des clients.

Pourtant, il ne ressemble à personne, pensent les plus éclairés. Vraiment à personne. Il ne casse rien. Aucune femme ne se suiciderait pour lui. Même pas une infirme.

Elle pose le verre sur la table, lèche sensuellement le cigare, l’allume, tire une bonne bouffée, me souffle brièvement de la fumée sur le visage, puis m’introduit gentiment le havane humecté par sa salive dans la bouche. Fin de l’exhibition.

La salle toute entière applaudit.

Pris pour cible, je crache aussitôt le cohiba cubain, vu sa bague, me lève et crie:...

05:29 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/05/2018

Mariage blanc (8, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgL’hybride s’approche de moi et me propose, toute souriante étonnamment:

- Un avons un bon cognac. Ça aide pour la digestion, vous savez.

J’hésite.

- De Cognac et non pas d’Arménie ou d’ailleurs, précise-t-elle. Du vrai, du pur, créé par les anges de Dieu, pensent nos poètes.

- Je crains fort qu’un alcool fort, aussi divin soit-il, puisse être efficace pour ce type d’exercice, une tisane ferait mieux l’affaire, je lui explique.

- Même si c’est offert?

- Là n’est pas la question.

- Vous êtes médecin?

- Si je l’étais, je me serais contenté d’une légère soupe aux légumes. Et, comme on dit chez nous, mes yeux n’auraient pas rabaissé mon ventre.

- C’est où chez vous?

- Pardon, comme on disait... C'est une lointaine histoire. Tout sauf ça!

- Je ne comprends pas.

- Après tout, allons-y pour le remède céleste et tant pis pour mon foie. La mort n’espère que cela pour l’instant...

10:30 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/05/2018

Mariage blanc (7, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpg- Rectificatif! J’opte plutôt pour le menu, je crie à la serveuse, une belle métisse aux longues jambes.

- Entrée, plat et dessert, c’est bien ça? me demande-t-elle en grimaçant.

- C’est bien ça. Ni plus ni moins.

- Il n’y a aucun risque.

Elle doit me prendre pour un drôle de zèbre, cette sacrée gazelle, me dis-je... Prétentieuse pétasse! La couleur de ta peau te va à merveilleuse mais ton regard méprisant te rabaisse à ton niveau intellectuel le plus bas. Pour qui me prends-tu? Pour un sauvage qui s’est échappé de sa forêt natale.

- Irresponsable créature, je murmure.

On m’apporte, en premier, un soufflé aux escargots et une salade. Puis du civet de sanglier, du choux rouge et du gratin dauphinois aux cèpes. Et pour terminer, un gâteau au chocolat.

Le tout accompagné d’un pichet de vin, bien entendu.

Du bordeaux, du bourgogne ou de la piquette. Difficile d’en faire la différence lorsqu’on crève la dalle. Comme distinguer le bien du mal lorsqu’on chie dans son froc.

Dieu que la bouffe est bonne dans ce trou perdu! Il y a tout de même des gens sur cette terre qui savent donner un sens au quotidien.

L’hybride s’approche de moi et me propose, toute souriante étonnamment:...

16:07 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/05/2018

Mariage blanc (6, à suivre)

Mariage blanc, Hank Vogel.jpgChangement de décor, changement d’atmosphère.

Autre rythme cardiaque, autre circulation sanguine. Seul mon sang pourrait confirmer le contraire, par esprit de contradiction.

L’air que l’on respire n’est pas le même partout.

Banale constatation! diraient mes poumons. Et la sérénité dépend de tout un contexte, à la fois physique et mentale.

Loin de la foule et du bruit de la ville, l’espérance est encore possible. Mon espérance! Faut-il donc que je m'exile, m’éloigne de toute demeure attirante, de toute racine probable?

De quoi ai-je peur? De l’inconnu ou de revivre les mêmes drames horribles?

Quelle guigne!

Je commande le plat du jour.

Les gens d’ici ont les papilles subtiles et la fourchette facile. Quelle chance pour un gourmet gourmand comme moi!

Non, comme j’étais avant... Quand ma mère et ma femme cuisinaient ensemble. Quand la paix régnait dans toute sa splendeur, au sein de ma famille et entre tous mes compatriotes...

13:21 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |