17/12/2018

Stockholm (24, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpg- C’est qui? murmure Karin.

- Mon père spirituel. Mon guide. Celui qui a jugé bon de m’extraire tel une épave de ma propre misère intellectuelle. De ce désert sans horizon, sans espoir qui m’a été attribué quelques heures après ma naissance...

- Tu parles de ton père adoptif?

- Non, de celui que j’ai croisé sur la route de mon destin lors d’une embauche... Il a rempli le vide qui était en moi. Par pure sympathie. J’espère que cela dure et ne dégénère pas un jour en une sorte d’abus de pouvoir.

- Pourquoi ça devrait dégénérer?

- On ne sait jamais, nous sommes si imprévisibles. C’est probablement mon instinct qui me pousse à penser ainsi... Un enfant sans éducation parentale garde en lui tardivement les réflexes de l’animal qui gît en lui.

- Bizarre, très bizarre! ricane-t-elle.

- Pourquoi bizarre? je sursaute un tantinet offusqué.

- Non, pour rien. Désolée...

- Non, c’est moi qui le suis. Je n’aurais pas dû...

- Le terme gît m’a fait penser à la mort, à un cimetière, à une tombe... sur laquelle on a gravé: ci-gît un artiste plein de vie... Le défunt était-il un humoriste?

- Je pense plutôt que cette absurde ou énigmatique épitaphe cherche à nous faire croire que l’âme, notre caractère une fois forgé demeure à jamais.

- Tu as sans doute raison.

- Et si on s’activait un peu?...

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13/12/2018

Stockholm (23, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgJe me frotte le front et je m’avance:

- La plupart des gens, si ce n’est pas la totalité, portent facilement des jugements, bons ou mauvais, sur les autres sans jamais bien les connaître. La critique est facile et engendre souvent plus de mal que de bien. Pour juger un peuple, son roi ou son président, il faut vivre avec ou au pire le fréquenter. Qui suis-je moi pour m’attribuer un tel pouvoir? J’admire ton pays comme un enfant qui croit encore au Père Noël. Ni plus, ni moins. L’aiguille aimanté d’une boussole indique toujours le nord. Mon aiguille à moi, enfuie au fond de mes entrailles, se dirige toujours vers la Suède et ses voisins scandinaves. Pourquoi? Mystère et boule de gomme. Est-ce le fait que je sois orphelin? Mes origines, mes racines sont-elles des aimants puissants? Tout cela n’est certainement que le fruit de mon imagination. A cause de mes cheveux et de mes yeux. Blonds et bleus. Bleu et jaune, les couleurs du drapeau suédois. Mais aussi parce qu’à l’école primaire, on m’appelait souvent le Viking... Causes et effets, dirait le capitaine, mon capitaine. Nous sommes tous victimes de nos propres mécanismes mentaux...

- C’est qui? murmure Karin...

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05/12/2018

Stockholm (22, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpg- Tu comprends quoi?

- L’intensité de ton de regard. Cette force incroyable et hors du commun qu’il y a en toi d’observer les êtres et les choses. On dirait que le fer, le bronze, la pierre, le marbre... la statue se transforme en une créature vivante dans ton esprit à un tel point que tu pourrais lui faire confiance, en quelque sorte... Cherchais-tu à travers elle les traces qu’une quelconque parenté?

- ...

- Face à la sculpture de Bejemark, Evert Taube était de chair. J’ai eu cette impression.

- Toutes les statues me fascinent, m’inspirent, dis-je d’un air rêveur. En particulier celles qui se trouvent devant l’entrée du théâtre dramatique royal. Elles sont en or ou toutes dorées. Pareilles aux valeurs humaines. L’homme debout, la femme assisse par terre. La femme debout, l’homme assis par terre. Elles reflètent bien que le peuple suédois donne beaucoup d’importance à l’égalité des sexes. La pédagogie du neutre avec son pronom hen. Bien que tout cela n’exclut pas ni les abus sexuels ni les viols commis envers les vulnérables, les faibles, les sans défense...

- Du devrais écrire, me conseille-t-elle.

- Je crayonne, je griffonne déjà.

- Non, sérieusement. Avec tes tripes, avec rage! Un roman ou un essai.

- Sur quoi?

- Sur Stockholm.Tes impressions sur cette ville et ses habitants... Vu que tu es totalement étranger à notre mode de vie, tes critiques sur nos faits et gestes nous aideraient peut-être à mieux nous comporter...

Le théâtre dramatique royal, Stockholm.jpg

Une des statues à l'entrée du Théâtre dramatique royal de Stockholm 

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21/11/2018

Stockholm (21, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpg- Ta mère ne t’a pas suffi?...

- Non.

- Non?

- Non.

- Et pourquoi?

- Parce que mes parents m’ont abandonné à ma naissance.

Le visage de la belle Suédoise se fige curieusement.

- Je ne suis qu’un fade produit des soi-disant nobles institutions, je confesse. Éduqué et discipliné sans la moindre attention. Donc mes châteaux en Espagne sont deux fois plus nombreux.

- C’est triste et injuste, murmure-t-elle.

Dans chaque femme bien constituée, il y a toujours une infirmière, qui ne dort qu’à moitié, prête à bondir pour sauver l’humanité toute entière, me dis-je. Va-t-elle se réveiller exprès pour moi?

- Je comprends beaucoup de choses maintenant, poursuit-elle le regard lointain.

- Tu comprends quoi?...

04:48 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (55) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/11/2018

Stockholm (20, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgDans le plus précis des dictionnaires que j’ai consultés, le mot neutralité signifie: situation d'un État qui demeure à l'écart d'un conflit international.

Pourtant et malheureusement, vu les enjeux tous azimuts actuels des uns et des autres, cette définition me semble souvent vague, très vague, voire parfois hypocrite. Ou, d’un point de vue plus rationnel, ses applications.

A mon avis, le fait seul de fabriquer une carabine, c’est prendre part, tôt ou tard, de près ou de loin, à tout confit international.

Car les armes voyagent et incitent au pire.

Pour le bonheur des familles, Jésus de Nazareth multiplia les pains et les poissons; pour le malheur des peuples, James, Iouri, Fritz et les autres cucul la praline de partout et de nulle part multiplient les canons et les bombardiers, dirait ma concierge catholique.

- Tu es déçu? me demande Karin.

- Déçu de quoi et pourquoi devrais-je l’être? je réponds l’air rêveur. La vie est une scène de théâtre où l’on ne joue que des comédies trop burlesques et des drames sans fin. C’est pourquoi, je préfère le cinéma...

- Que veux-tu dire par là?

- Rien en apparence et tout en cherchant bien.

- C’est trop compliqué pour moi...

- Au fait, nous avons fait l’amour sans chercher à nous connaître vraiment... disons un peu mieux.

- C’est bien ou c’est mal pour toi?

- D’habitude dans notre monde civilisé et embourgeoisé, excepté la sphère de la prostitution et de la débauche à l'extrême bien entendu, avant de passer à l’acte suprême pour la première fois, les amants étalent toutes leurs cartes sur le tapis, ou presque...

- Ça t’intrigue autant que ça ma vie privée?

- ...

- Une mise à nue est souvent une mise à mort. Avec la complicité du temps, les couples qui se racontent tout finissent par devenir de vulgaires amis.

- Je suis d’accord avec toi... Mais!... J’ai envie de naître, de grandir à nouveau et de mourir dans tes bras.

- Ta mère ne t’a pas suffi?...

04:52 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (24) |  Imprimer |  Facebook | | | |

07/11/2018

Stockholm (19, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgLa culpabilité est un rongeur qui nous habite toute la vie.

- Il faut que je te dise quelque chose, m’ avoue Karin d’une voix timide.

Je tousse et la rassure:

- Ne cherche pas midi à quatorze heures, je sais d’avance ce tu as l’intention de m’avouer... Où est-il ou où est-elle en ce moment? Vu les temps qui courent...

- C’est il... Il n’habite plus ici. Il est en déplacement, à l’étranger

- Où ça?

- C’est une longue histoire.

On dit toujours ça quand les petits ennuis ne cessent pas de s’accumuler et de se transformer en gros problèmes voire en énigmes.

- Où ça? je répète.

- En Afgnistan, bredouille-t-elle.

- En Afghanistan? Au cœur même du fanatisme?

- Oui, en plein dans les flammes de l’enfer... C’est un militaire. C’était son choix.

- Il n’est donc pas suédois?

- Si. Il n’y a pas plus suédois que lui.

- C’est une blague?

- Non, c’est la pure vérité. Il fait parti des troupes envoyées là-bas.

- Je croyais que la Suède était un pays neutre.

- Moi aussi...

20:39 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (30) |  Imprimer |  Facebook | | | |

03/11/2018

Stockholm (18, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgLa femme, qui s’allume une cigarette après avoir bien joui, me fait souvent penser à un chasseur qui fume la pipe en faisant rôtir son gibier. Il y va de même pour l’homme, en regardant les films policiers à la télé.

Heureusement, Karin n’appartient pas à cette catégorie d’individus qui passent d’un plaisir sublime à un plaisir banal comme s’ils jouaient à saute-mouton.

La nudité est la plus subtile des cartes d’identité. Tout y est inscrit. Passé, présent et avenir. Presque tout. Ne jouons au devin!

- Pourquoi regardes-tu si intensivement mes pieds? me demande Karin.

- Parce que le pied gauche et la main droite sont les reflets de l’âme, je lui réponds sur un ton amusé, en caressant ses orteils.

- C’est quoi pour une drôle de science?

- Ce n’en est pas une.

- Non?

- Non!

- Et pourquoi donc?

- Parce que ça ne rapporte pas un kopeck au plus fulgurant des experts.

- Plaisanterie mise à part, qu’est-ce qu’ils ont de si particulier... pour que tu prennes tant de plaisir à les tripoter?

- Ils sont fins et élégants.

- Tu trouves vraiment qu’ils sont beaux?

- Plus que ça.

- Pas moi.

- C’est normal. Seule la prétentieuse ose vendre sa marchandise, si tu permets cette expression.

Brusque changement de position. Karin se blottit contre moi.

La tendresse est-ce le dernier refuge du coupable?

Dans les bras de sa mère, l’enfant qui vient de commettre une bêtise se croit pardonné.

La joue écrasée contre le torse de son amant, la femme adultère n’aspire qu’à un peu de répit.

La culpabilité est un rongeur qui nous habite toute la vie...

15:34 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (18) |  Imprimer |  Facebook | | | |

31/10/2018

Stockholm (17, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgDans quelle embrouille intellectuelle me suis-je fourré? J’aurais mieux fait de parler de la pluie et du beau temps surtout que le soleil est si souvent réclamé par ici...

- Alors? Tu refuses de me répondre, beau mâle? me souffle-t-elle à l’oreille en se penchant vers moi.

Alors, alors, alors! Digne d’un défenseur de l’espèce masculine en péril, je me lève énergiquement et je hurle:

- Si le viol est en augmentation chez vous, c’est qu’il y a bien une raison, non?

Elle se lève également mais langoureusement et me crache à la figure:

- Si tu désires me baiser, propose-le moi simplement au lieu de tourner autour du pot comme un vieux constipé!

- Mais qui sont-ils ces constipés? Des étrangers ou des autochtones?

- Je n’en sais rien. Ce sont peut-être des personnes qui ont complément perdu le sens du respect envers les autres.

- En faisant quoi?

- En regardant trop la télé ou en jouant trop avec leur smartphone. Ou les deux à la fois.

- Tu as sans aucun doute raison, le trop ne mène qu’au pire... Et maintenant?

- Et maintenant quoi?

- J’ai déjà entendu ça. Pas toi?

- Aussi.

Et ni une, ni deux, inévitablement, tels deux aimants attirés l’un vers l’autre, nous nous enlaçons.

Dieu que la femme sent bon à ces moments-là! Surtout quand elle ne se parfume pas. Ou pas trop, soyons tout de même un peu tolérants!...

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28/10/2018

Stockholm (16, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgElle éclate de rire.

Zut! Mince! Merde! Ciel! Il ne faudrait pas que j’aie affaire à une psychologue géniale ou à une super agente de police capable de lire dans mes pensées.

- Si tu es flic, je n’en vais illico presto, je lui cris dessus.

Vive réaction de sa part. Difficile à définir exactement. Va-t-elle pleurer? Va-t-elle me foutre à la porte? La situation me semble si étrange, si irréelle. J’ai l’impression de vivre dans un rêve, un mauvais rêve. A deux doigts de se transformer en cauchemar.

- Désolée, je n’aurais pas dû m’esclaffer, me dit-elle.

- Non, tout est de ma faute, je réplique... Pourquoi les Scandinaves, et en particulier les Suédoises, se sentent-elles plus facilement coupables d’un acte insensé qu’elles n’ont pas commis que les autres femmes?

- C’est la première fois que j’entends ça...

- Cherchent-elles à se comporter comme leurs homologues, les hommes? Ou n’est-ce qu'à cause ou grâce à votre éducation dite neutre?

- Je vois où tu veux en venir...

- Je me pose simplement la question.

- D’après ton raisonnement, le sentiment de culpabilité est un sentiment typiquement masculin...

- Je me pose simplement la question!

- J’ai entendu, je ne suis pas sourde... En Suède, il n’y a point de piédestal. Ni au travail, ni à la maison. L’égalité entre les femmes et les hommes... pardon, entre les hommes et les femmes pour être plus polie... règne dans toute sa splendeur dans ce pays. Ça te dérange?

- Non. Au contraire.

- Alors pourquoi as-tu essayé de jeter de l’huile sur le feu?

- Quelques gouttes seulement!...

- Ou plutôt tenté de réveiller de vieux démons?...

09:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (16) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/10/2018

Stockholm (15, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpg- Au contraire, ce qui nous semble parfois anodin est plus important que tout le reste.

- Par exemple?

- Et si j’attaquais d’abord la première question?

- La première question?

- Mon voyage entre l’iceberg et le volcan.

- Raconte! Comment c’était?

Je grimace et je secoue violemment la tête.

- Ça va? s’inquiète-t-elle. Ce n’était pas bien? Je n’aurais pas dû? Ça te rappelle de mauvais souvenirs?

Je croise mes mains et j’avoue:

- A part rougir, la timidité m’incite parfois à répondre par de belles phrases reliées à aucun contexte. D’où... d’où...

- D’où?

- L’iceberg et le volcan... Je tenais à ce que tu le saches...

- Je ne te crois pas.

- C’est la pure vérité.

- Timide toi? Tout sauf ça!

- Oui, je suis timide. Horriblement timide.

Elle éclate de rire... 

11:37 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/10/2018

Stockholm (14, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpg- Place aux bonnes choses d’abord!

Nous buvons, nous mangeons. Quasi comme deux goinfres.

Attitude normale pour moi mais interdite pour elle. Car là où j’ai passé mon enfance et ma jeunesse, la mère, l’épouse, la fille, la sœur et l’amie n’ont strictement pas le droit de faire du bruit en mastiquant.

Tout jugement est le fruit du conditionnement! traverse rapidement mon esprit, tel un flash d’un tableau publicitaire lumineux.

Et, aussitôt et en dépit de toute attente, un sourire chargé de sagesse s’invite sur mon visage.

Ce qui pousse forcément Karin à me toiser du regard et à m’interroger:

- Qui es-tu réellement? D’où viens-tu? Qui ou quoi cherches-tu à Stockholm?... Tu as l’air si étrange. On dirait qu’un... que...

- Que quoi?

- Non, rien... ce n’était rien... cela n’a aucune importance.

- Au contraire, ce qui nous semble parfois anodin est plus important que tout le reste.

- Par exemple?...

08:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/10/2018

Stockholm (13, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgElle me tend une bouteille et m’explique avec désinvolture:

- C’est une ålö ale, je n’ai plus que celle-ci... C’est ma bière préférée... Le décapsuleur se trouve dans le tiroir en face de toi... à moins que tu préfères l’ouvrir avec les dents... comme mes copains hier soir.

Pourquoi tant informations en si peu de temps? Que cherche-t-elle à me faire comprendre?

- Tu aurais deux verres? je bafouille.

Elle me sourit.

Puis elle murmure en me regardant droit dans les yeux:

- Tu as raison, nous ne nous sommes pas encore embrassés.

Drôles de femmes, ces Suédoises, me dis-je. L’homme complexé n’a sans doute aucun souci à se faire dans ce royaume. L’égalité a dû ouvrir bien des portes et fermé bien des failles. Pourvu que cela dure. Mais attention tout de même! La presse a parfois tendance à manipuler l’opinion public. Si ce n’est pas trop souvent dans certains cas.

- Tu as l’air bien rêveur, me signale Karin en préparant des räksmörgås. Plus précisément: deux sandwichs aux crevettes.

- Pardon, j’étais ailleurs, je m’excuse.

- Peut-on savoir où?

- Je voyageais entre un iceberg et un volcan.

- C’est-à-dire?...

Bière Ålö Ale.jpg

Cliquez sur la bouteille!

14:34 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (11) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/10/2018

Stockholm (12, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpg- Tu as soif, tu as faim? me demande-t-elle après mon rapide et rassurant coup d’œil.

Un fort et convaincant oui s’échappe de ma bouche.

- Alors allons à la cuisine, me propose-t-elle. Car moi aussi j’ai l’estomac vide.

Je la suis timidement.

Subitement, mes mains se mette à trembloter.

Que m’arrive-t-il? De qui ai-je peur? D’elle ou de moi?

- Assieds-toi sur ma belle chaise ou sur l’horrible tabouret! m’ordonne-t-elle gentiment.

Après une très brève hésitation, je choisis le siège le moins confortable. Plus par sympathie voire de la tendresse pour elle que par courtoisie à l’égard de la gent féminine.

J’espère qu’elle le remarquera!

- C’est bien, c’est parfait! dit-elle en ouvrant le frigo... Tu préfères les brunes ou les blondes?

- Cheu... je, je bégaie...

17:57 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/10/2018

Stockholm (11, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgJe ne suis pas un homme pur. C’est-à-dire: sans désirs sexuels démesurés. Mais, malgré moi, je préfère la femme pure. C’est-à-dire: la femelle qui n’achète pas une boite de préservatifs avant de connaître son partenaire ou sa proie.

Celles qui font l’amour par hygiène me rappellent ceux qui prêchent par principe ou par conviction. Le monastère ou le célibat les attend.

Tout doit venir du cœur et non pas de la cervelle.

Suis-je un romantique? Un ange parachuté au pays des Vikings?

Les préjugés faussent toute beauté du moment. Alors prudence à chaque instant!

L’appartement de Karin est digne des légendes japonaises. Pas un objet de trop. Pas une image, une photo ou une peinture, qui puisse la trahir. Tout est zen. Et pas un grain de poussière sur les meubles.

Je conclus donc que mon hôtesse est ordonnée, propre et bien dans peau...

15:54 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (17) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/10/2018

Stockholm (10, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgRetour donc au Sundberg!

Sans la moindre hésitation, en deux mots et trois gestes, je remets à la serveuse qui nous a servis un petit bout de papier sur lequel j’ai noté mon adresse e-mail.

Comme le chien, l’homme laisse ses traces, me dis-je. Mais d’une façon plus subtile, plus romantique, moins physique. Au début. Qu’au début souvent. J’aurais dû y penser automatiquement.

En sortant du café, je me retrouve nez à nez avec Karin.

- Tu es resté là tout ce temps? me demande-t-elle d’un air surpris.

- Non, je suis revenu pour t’apporter... je n’ai pas de bigophone... je travaille sur un navire, je lui réponds tout ému, confus...

- Tu es marin?

- Simple barman sur un bateau de croisière... c’est provisoire.

- Ça ne me dérange pas...

- C’est un longue histoire...

- Et maintenant?

- Maintenant quoi?

- Tu es pressé, des achats à faire...?

- Libre comme l’air.

- Ça te dirait de venir chez moi? C’est à deux pas d’ici.

Un timide hochement de tête de ma part, quelques légers sourires réciproques et nous voilà partis pour des moments plus palpitants. Espérons-le!

Talllinn, navises de croisières.png

Navires de croisière amarrés à Tallinn (Estonie)

08:19 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (28) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/10/2018

Stockholm (9, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgTant de questions sont sans réponse en ce bas monde! Notre vie n’est finalement qu’une suite de tâtonnements.

Je tâtonne, tu tâtonnes et nous pataugeons ensemble dans une boue faite d’incertitudes et de contradictions. Des vérités qui puent le mensonge et des mensonges qui sentent bon la vérité.

Mais heureusement notre imagination, notre pensée nous empêche constamment de nous enliser.

État! Aussi puissant sois-tu, tu ne pourras jamais me contrôler!

Impulsivement, je décide de revenir sur mes pas.

Une adresse électronique peut bien remplacer un numéro de téléphone, non? me dis-je.

Retour donc au Sundberg!

Stockholm, la pâtisserie Sundberg.png

Stockholm, la pâtisserie Sundberg

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (14) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/10/2018

Tout le monde a droit à l'erreur

Voici une lettre, qui m'a été adressée il y a fort longtemps, pour rassurer les distraits, les faibles en orthographe... et fermer le bec aux vaniteux qui prétendent ne jamais faire de faute. Du moins, je l'espère! 

Académie Française, cherchez l'erreur.jpg

Académie Française, cherchez l'erreur!

14:31 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (19) |  Imprimer |  Facebook | | | |

03/10/2018

Stockholm (8, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgJe rôde dans la vieille ville.

J’aime ses anciennes maisons. Aux parois colorées. Et ses ruelles pavées.

Suis-je un adepte du passé? Quelqu’un qui flirte avec la mort? Un éternel amoureux du temps écoulé?

L’avenir m’effraye. M’empêche de dormir sur mes deux oreilles.

On ma forgé ainsi. La société m’a rendu ainsi. Avec ses nombreuses institutions chargées de fonctionnaires désenchantés et corrompus.

J’adore me promener dans Stockholm. Pas de mendiants dans les rues. Que des gens propres et en bonne santé! Quelques crapules notables forcément, mais invisibles aux yeux du public comme partout ailleurs. Et, en fin d’année, les ramasseurs des prix Nobel et leurs nobles invités qui rotent et qui pètent en douceur après leur fameux dîner de gala.

Au loin, derrière le musée d’Alfred, une drôle de cabine m’interpelle. Je m’approche d’elle. C’est un urinoir!

J’entre et je pisse un bon coup en pensant bizarrement à Hemingway et à Einstein.

Ils s’y sont peut-être soulagés aussi, me dis-je. Le chasseur et le pacifique. L’un qui appréciait les armes, l’autre qui les détestait. A quand la paix dans le monde finalement?...

Stockholm, vieille ville.png

Stockholm, vieille ville

Stockholm, urinoir de Gamla stan.png

Stockholm, urinoir de Gamla stan

12:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (13) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/10/2018

Stockholm (7, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpg

Malheureusement, le rugissement d’un lion ou d’un tigre met fin à notre discussion.

Karin ouvre aussitôt son sac à main. C’est son portable. Et elle répond:

- Oui... oui... oui... oui...

A quand un non? je me demande bêtement... Un robot ferait mieux.

Puis la conversation, entre elle et sa ou son interlocuteur se poursuit normalement. Avec de longues et petites phrases bien précises telle que deux fois deux font quatre. Mais impossible d’imaginer, de supposer quoi que ce soit.

Je me sens de trop. Pas à ma place. Retour donc à la case départ, celle de l’être abandonné, de l’enfant de nulle part. C’est plus fort que moi. Plus fort que tout.

Tout à coup, la belle Suédoise se lève d’un bond et me dit, toute affolée en rangeant son téléphone:

- Il faut absolument que je te quitte, on a vraiment besoin de moi. On se rappelle!

- Mais...

- Laisse ton numéro à la caisse!

Et elle s’ en va en courant.

- Comment? je marmonne. Je n’ai pas de mobile... je n’ai qu’un macbook...

06:56 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (53) |  Imprimer |  Facebook | | | |

28/09/2018

Stockholm (6, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgElle éclate de rire puis elle m’explique:

- Je me prénomme comme elle, nous nous ressemblons terriblement mais Karin Ernlund c’est Karin Ernlund et moi c’est moi. Elle a trente-deux ans et milite pour le parti du centre. Moi, je n'en ai que vingt-quatre et je ne milite pas encore. Ou je ne militerai jamais.

Je me gratte la tête.

J’ai agi comme un imbécile, me dis-je. J’aurais mieux fait de me taire, de ne pas jouer à l’ inspecteur de police arrogant qui prétend pouvoir découvrir le vrai coupable en ne se basant que sur de faibles indices.

Karin, c’est désormais foutu pour moi. Stockholm également!...

Mais, heureusement, elle poursuit:

- Cependant, je te félicite pour ta franchise.

- Quelle franchise? je lui demande tout étonné mais rassuré.

- Ton honnêteté de cœur.

- Peux-tu développer?

- Tu as osé me traiter de menteuse. Car, en effet, j’aurais pu mentir...

- Pardon! Mon accusation est impardonnable. Je le regrette.

- Pas moi.

- Comment ça?...

09:20 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |