22/01/2018

Ils se sont tant aimés (52, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgEt comme toujours: quelques timides applaudissements et des ricanements. Quand la vérité blesse et ébranle l’ego de nombreux auditeurs.

Ont-ils compris au moins le sens de mes propos, de toutes mes phrases? s’interrogea Guennadi. Les gens ont souvent tendance à déformer tout. Ou à transformer les choses à leur convenance. Le bleu ciel devient vite bleu roi et le rose vite rouge sang. Ou l’inverse.

Quelqu’un, un ouvrier sans doute, vu qu’il portait encore sa salopette de la journée, s’approcha de lui et lui dit:

- Bravo, camarade. Je t‘admire pour ton courage. Mais méfie-toi quand même des jaloux. Certains sont comme cul et chemise avec Vania.

- Quel Vania? s’inquiéta le mineur en sursautant. Qu’est-ce qu’il vient foutre ici, cet emmerdeur? Vania comment?

- Vania, Vania... excuse-moi, j’ai un blanc.

- Vraiment un blanc ou c’est à cause de ma violente et stupide réaction?

- Non, oui, c’est...

- Il n’y a pas de Vania dans notre groupe et le seul qui porte ce maudit nom que je connais, ou plutôt que je connaissais, est certainement mort et enterré. Et que Dieu ou le diable le garde bien au chaud auprès de lui!

- Pourquoi? Il t’ aurait fait des misères...

- A qui ai-je l’honneur?

- Mille excuses! Je m’appelle Pavel Korotchenko.

- Moi, c’est...

- Pas la peine, je sais qui tu es.

Les deux hommes se serrèrent la main.

Serait-il un agent du KGB déguisé en manoeuvre? pensa Guennadi.

Il regarda furtivement les mains de son prétendu admirateur. Elles avaient l’air trop bien soignées pour un manuel...

20:22 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/01/2018

Ils se sont tant aimés (51, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgMais un soir, épris fortement de justice, il interrompit le directeur d’une usine, qui était en train de louer pour la centième fois les exploits de Lénine, Staline et consorts, et dit à ses camarades:

- Lors d’une fête d’anniversaire, enfants comme adultes, membres de la famille comme amis, maigrelets comme obèses, ont tous droit à une part du gâteau. Les tranches sont toutes identiques, à quelques miettes près. Les gens biens ne viennent pas là pour s’empiffrer de sucreries et de kalbassa et de s’enivrer de vodka mais pour participer dans la joie et l’allégresse à un moment unique dans le temps...

- C’est vraiment nouveau tout ça, ironisa un partisan.

- Je n’ai pas fini, camarade. Ce n’était que l’introduction, un amuse-gueule avant le festin... Personnellement, bien que ce terme irrite terriblement les soviétiques et tous les esprits anti-bourgeois d’ici et d’ailleurs, j’estime que le fait seul de n’attribuer des récompenses et des privilèges qu’aux champions, aux plus forts, c’est-dire aux plus chanceux physiquement ou mentalement, prouve bien que nous n’avons pas encore atteint le sommet de la montage. Et peut-être que nous l’attendrons jamais. Pourquoi? Oui, pourquoi? Parce que l’élitisme n’a pas fini de nous pourrir l’âme. Sans la moindre hésitation, nous avons décimé la chatte de la voisine atteinte du typhus, en la battant et en la balançant plusieurs fois à travers le jardin mais nous n’avons pas osé abattre notre chien qui a attrapé la rage d’un unique coup de fusil. Nous sommes tous devenus de petits bourgeois de seconde zone. Car nous mentons, nous trichons, nous soudoyons... et dans la rue, nous nous comportons comme des malpropres Nous crachons et nous nous mouchons avec les doigts. Sans jamais nous préoccuper des saletés et aux autres merdes infectieuses que nous laissons derrière nous. Qu’importe la collectivité! La camaraderie, la solidarité et tout le bastringue! Je m’en fous des autres, n’est-ce pas?... Et, pour imiter presque quelqu’un que nombreux d’entre vous le détestent et pourtant qui arriva déjà à son époque à la cime des cimes, je termine en vous disant: que celui qui n’a jamais craché par terre, me crache à la figure...

22:02 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/01/2018

Ils se sont tant aimés (50, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgAux séances du parti, les cols blancs prenaient plus souvent la parole que les ouvriers.

Est-ce à cause du farniente des premiers et de la fatigue due à des tâches trop épuisantes des seconds ou à cause de l’intelligence des uns et de l’ignorance des autres?

Ce doute, cette suspicion surchargée d’indignation agaçait éperdument Guennadi. Mais, pour ne pas passer pour un semeur de zizanie, en réveillant ce vieux problème discriminatoire bien endormi, il préférait rester muet sur ce sujet.

Mais un soir, épris fortement de justice, il interrompit le directeur d’une usine, qui était en train de louer pour la centième fois les exploits de Lénine, Staline et consorts, et dit à ses camarades:

- Lors d’une fête d’anniversaire, enfants comme adultes, membres de la famille comme amis, maigrelets comme obèses, ont tous droit à une part du gâteau. Les tranches sont toutes identiques, à quelques miettes près. Les gens biens ne viennent pas là pour s’empiffrer de sucreries et de kalbassa et de s’enivrer de vodka mais pour participer dans la joie et l’allégresse à un moment unique dans le temps...

- C’est vraiment nouveau tout ça, ironisa un partisan...

12:25 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/01/2018

Ils se sont tant aimés (49, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgCinq années passèrent. À une vitesse inimaginable pour certains, comme d’habitude. Certainement pour ceux qui étaient débordés par les évènements et les retardataires à toute promesse.

Rien n’avait pas changé. Absolument rien. Aucun progrès social ni mental voire psychiatrique. Le misérable pataugeait toujours dans sa misère et l’alcoolique dans son alcoolisme.

Dès l’âge de treize ans, les filles, comme les garçons, apprenaient et s’entraînaient à démonter et à remonter le plus rapidement possible une kalachnikov et à tirer avec cette arme de guerre, à l’école sous le regard fier de leurs maîtres.

Ces mêmes enseignants, formatés à la perfection ou dignes produits des institutions éducatives sous le contrôle omniprésent de Moscou, inculquaient aux enfants des imbécilités à dormir demain. Au même titre qu’au Moyen Âge l’Église faisait croire aux gens que la terre était plate et que le marin qui s’approchait trop près de la limite de l’océan risquait de tomber en enfer.

Donc: pas question de franchir le rideau de fer. Au-delà de l’Union soviétique, les démons de la décadences rodent et s’infiltrent partout!

Oui, cinq années passèrent... Zoïa accoucha de jumelles monozygotes d’environ un kilo et demi chacune. Natalia et Zoïa Guennadievna. A la surprise générale de toute la famille car l’échographie n’avait encore le pouvoir de clouer le bec à tous les devins d'occasion et à toutes les voyantes de pacotille.

Tant pis pour le garçon, ça sera dans une prochaine vie, se dit Guennadi. Quatre femmes en furie, ça vaut bien deux hommes en colère...

05:46 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/01/2018

Ils se sont tant aimés (48, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgTous les jours ouvrables, Guennadi se levait à cinq heures du matin.

Systématiquement, il avalait un bol de soupe de légumes bien grasse et quasi brûlante, dévorait un gros morceau de pain noir, sec de préférence, quittait son chez-soi sur la pointe des pieds et, sans la moindre amertume, ni la moindre hésitation, se rendait directement à son boulot.

Guennadi Antonovich Nekhorochev était un mineur exemplaire. Quand il était en pleine forme, il se donnait à fond à sa tâche. Mais dès qu’il sentait que ses membres étaient à bout de force, illico presto, il s’arrêtait de travailler. Il n’y avait jamais de mais qui tienne!

La mine est un lieu trop hostile pour y jouer au héros. Ceux qui la creusent, qui s’attaquent à elle, doivent être solides comme un roc! De corps et d’esprit, forcément!

C’est pour cette raison essentielle, et pour bien d’autres moins précieuses, que son nom et sa photo figurèrent de nombreuses fois sur le panneau des meilleurs ouvriers de l’année, vers les bureaux du centre minier...

Un de ses diplômes d'excellent travailleur:

Diplôme, Nekhorochev.jpg

Diplôme*, Nekhorochev.jpg

Lénine pour ceux qui l'auraient oublié!

Diplôme**,Nekhorochev.jpg

 

17:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/01/2018

Ils se sont tant aimés (47, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLa jeune mère ne s’intéressait guère à la politique. Ou disons plutôt juste assez, superficiellement, afin de ne pas passer pour un être très naïf aux yeux des membres trop politisés de sa nouvelle famille et de ses nouveaux amis mais surtout pour ne pas décevoir son époux.

Zoïa se préoccupait essentiellement du bien-être de sa progéniture, de son potager et des réserves pour les hivers rigoureux, comme toute bonne Sibérienne.

Quant au jeune père, pour lui, la politique c’était à la fois la colonne vertébrale, le nerf central, le cœur et le cerveau de l’existence. Il assistait assidûment aux séances officielles et aux fêtes du parti et n’oubliait jamais de payer ses cotisations.

Mais Guennadi ignorait encore qu’il participait malgré lui à une sorte de jeu de société dont les cartes étaient toutes truquées.

Trop honnête et trop confiant envers ses copains, il ne voyait pas que c’était toujours les mêmes qui gagnaient...

Bref, ne précipitons pas les choses!...

06:07 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (13) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/01/2018

Ils se sont tant aimés (46, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLe lendemain matin, la vendeuse de pain à domicile du quartier demanda aux heureux parents, à voix basse, non pas par crainte d’effrayer leur enfant mais sans doute par peur de réveiller les vieux démons du passé:

- Vous allez la faire baptiser la petite?

- Mais parlez normalement, ma chère camarade! s’énerva Guennadi.

Et il continua avec sérénité et une inhabituelle éloquence:

- De nos jours, plus personne ne cherche à persécuter qui que ce soit, et tant mieux, pour ses convictions contraires aux siennes, aussi terriblement dérangeantes ou nuisibles soient-elles. La religion n’est plus un crime social depuis que Staline s’est amouraché d’une sainte.

- Vraiment? Cela ressemble à un canular, non?

- Pas du tout pour mes copains et vraisemblable pas pour moi... Enfin, c’est ce que j’ai entendu de la bouche d’un éminent professeur, un historien de renom dont je n’ai pas retenu son nom. C’était lors d’une conférence organisée par le parti...

- Proche de qui?

- Qui ça?

- L’historien, pardi!... Il est était proche des communistes ou proche des religieux?

- Ça, il s’est réservé de ne pas nous le dévoiler... Mais... mais maintenant que j’y songe, il se peut qu’il était... à cheval entre les deux. D’après ses inquiétudes et ses timides affirmations...

- En somme, comme tout bon intellectuel qui tétine encore la Princesse... Et vous?

- Moi quoi?

- Êtes-vous pour ou contre le baptême?

- Je suis communiste.

- Et alors? L’un n’empêche pas l’autre, d’après ce que je dois comprendre... De quoi ou de qui avez-vous la trouille?

Et Zoïa, qui était restée muette jusqu’à présent, dit à la dame:

- Mon Guenna n’a la trouille que du loup des steppes et de l’ours de la toundra. Et par ici, il n’y a ni l’un ni l’autre...

20:59 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/01/2018

Ils se sont tant aimés (45, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgUne année plus tard, dans une des maternités de Novokouznetsk, allias Stalinsk allias Kouznetsk, Zoïa donna naissance à une fille que le couple nomma Tatiana sans trop de discussion.

Bien sûr, comme la plupart des mâles de la planète, Guennadi aurait voulu avoir un garçon.

Vraisemblablement pour transmettre à son descendant le fabuleux flambeau que tout homme croit avoir reçu de son père. Une pure illusion ancestrale ancrée à jamais dans les entrailles de la bête humaine.

Mais, sans la moindre rancune, le jeune homme, devenu subitement chef de famille, remercia le ciel pour ce merveilleux cadeau.

Une si belle créature dans notre demeure, c’est certainement un ange courageux qui a osé s’échapper de là-haut, pensa-t-il, un fois l’enfant posé dans son propre berceau à la maison.

Et il ajouta en murmurant:

- Heureusement qu'on l'a terminée, cette sacrée baraque!

En vérité, pas aussi baraque que ça. C’était une jolie petite bâtisse en bois d’une soixante de mètres carrés, solidement construite, avec des toilettes dans le jardin. A une demi-heure de bus de la mine mais loin de la ville...

21:44 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/01/2018

Ils se sont tant aimés (44, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgGuennadi croisa ses mains, comme s’il avait l’intention de prier, et dit à son épouse:

- Si je t’ai choisie parmi les autres, c’est pour te chérir et te protéger au péril de ma vie. Malgré moi, je fais encore partie des vieilles tribus oubliées où le mâle partait chasser l’ours et où la femelle, sous sa hutte ou sa yourte, attendait sagement le retour de son nourricier. La taïga est toujours hostile aux femmes, si ce n’est pas plus. Ce territoire n’attirent que les aventuriers et les affamés qui n’ont plus rien à perdre. La plaine convient mieux... convient parfaitement à la gent féminine. Car elle lui permet de marcher avec plus d’élégance et en toute sécurité. La femme est un temple ambulant et sacré qui embellit nos villages et nos prairies. Ni le travail, ni rien d’autre, ni personne, ne doit jamais le profaner... La roulotte de ton Tsigane adoré est une maisonnette que je suis en train de construire. Est-ce que cela te convient? Et as-tu compris mon balbutiement philosophique?

Zoïa ne répondit pas mais, comme illuminée par une étrange lumière, elle s’approcha de son mari et posa tendrement un baiser sur son front...

20:02 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/01/2018

Ils se sont tant aimés (43, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLa nuit de noces Guennadi dit à Zoïa:

- Tu portes désormais le nom de ma famille. Dommage qu’il ne soit aussi gratifiant que celui des Khorochev.

- Est-ce important pour toi? demanda la jeune mariée, en souriant.

- Pas pour moi.

- Alors ce qui n’est pas important pour toi ne le sera jamais pour moi.

- Es-tu certaine?

- Je tâcherai de l’être.

- Pourquoi une telle soumission?

- Peut-être parce que je t’aime d’un amour aveugle.

- Vraiment? Tu es sérieuse?

- Ça te dérange?

- Non. Cela m’étonne.

- Ne crains rien, je ne suis qu’une modeste tartineuse et mes ambitions sont très limitées.

- C’est-à-dire?

- Un mari fidèle, si possible à long terme, des enfants en bonne santé et un toit solide au-dessus de la tête, c’est tout ce que je réclame à la providence...

- Mais le mari, tu l’as déjà.

- J’ai dit fidèle!

- Les enfants arriveront quand ils arriveront et le toit est déjà en route.

- En route? Ce n’est pas une roulotte, j’espère?

- Pourquoi, ai-je l’air d’un Tzigane?

- Parfois.

- Merci!

- Ce n’est pas une insulte, au contraire...

 

15:37 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/01/2018

Ils se sont tant aimés (42, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgEt de banc en banc, de rendez-vous en rendez-vous, de sous-entendus en sous-entendus, les doutes se dissipèrent et les intentions se précisèrent.

Il faut dire que les nombreuses et voluptueuses embrassades y sont toujours pour quelque chose.

Le baiser ne libère-t-il pas souvent la pensée de ses infâmes scrupules?

Et, sans devoir demander l’approbation et la bénédiction à qui que ce soit, ils se marièrent en toute simplicité. A l’abri de tout discours superflu et de tout panache ridicule.

Après, avoir signé les papiers officiels, le couple invita ses proches et ses amis communs à participer à la fête en affrontant la vodka et le froid sibérien, pour commencer.

Guennadi ouvrit une bouteille et cria avant d’avaler une longue gorgée:

- Dieu! Face que ça ne soit pas la dernière! (дай бог не последнея!)...

IMG_20160918_0002 3.jpg

En avant la musique!

12:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/01/2018

Ils se sont tant aimés (41, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Mais nous nous connaissons à peine.

- Et alors? Est-ce absolument nécessaire, chère Zoïa? Laissons agir nos cœurs, ils sont souvent plus spontanés et doués que nos esprits.

- Ils prennent plus de risques aussi.

- Forcément. Une vie sans risques n’est intéressante que pour les bien installés, les âmes endormies et les paresseux. Et je suis convaincu que tu n’adhères à aucune de ces nébuleuses-là.

- C’est ton cœur ou c’est ton esprit qui a parlé?

- Tu le sauras... si tu acceptes de me suivre.

- Où ça?

- A la recherche d’un banc. Car j’ai constaté que je m’avoue avec plus de sincérité assis que debout.

- Alors allons-y!...

13:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/01/2018

Ils se sont tant aimés (40, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgEntre hommes, on construit et on détruit des citadelles. Avec des idées et des conversations.

Mais entre un homme et une femme, on construit l’avenir. Avec des sourires et des caresses.

Vers seize heures de l’après-midi, Guennadi et Zoïa se retrouvèrent presque à la même place où la veille ils s’ étaient croisés.

Reconnaissance du lieu non sans inquiétude, retard acceptable et promesse tenue des deux côtés, forcément.

- Heureusement que nos mémoires fonctionnent à merveille, dit-il.

- Heureusement, répéta-t-elle... Cela prouve que nous sommes encore jeunes et en bonne santé. Mais tu aurais pu aussi venir me chercher à la cantine.

- Aussi.

- Cela aurait été plus poétique ou tout simplement plus pratique.

- Certainement. Mais aucun de nous deux ne s’est perdu, que je sache! La preuve, nous sommes là, l’un en face de l’autre...

- Tu n’aimes pas l’endroit où je travaille?

- Non. Et pour ne rien te cacher, je ne le fréquente que par obligation.

- Pourquoi?

- Parce qu’ à l’extérieur des murs tristes et crasseux, tu es vraiment toi-même.

- Comment le sais-tu puisque tu ne m’as jamais vue à l’intérieur?

- C’est faux! Au contraire, je t’ai observée à plusieurs reprises mais ton attention était toujours ailleurs.

- Ailleurs où?

- Ailleurs. Trop ailleurs.

- Comment ça?

- Tu travailles trop pour pas grand-chose et cela te rend injustement sombre. Tu pourrais être plus efficace autrement. A tous les points de vue. Pour toi-même, d’abord. Pour moi ensuite.

- En quel honneur?

- En l’honneur de nos deux familles.

- Mais nous nous connaissons à peine...

21:05 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

03/01/2018

Ils se sont tant aimés (39, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgMerde! Ce salaud est bel et bien de mèche avec l’oncle Vania, pensa Guennadi.

- Qui t’a informé que j’ai fait mon service militaire à Potsdam et que mon grand-père possédait des chevaux? réagit-il sur-le-champ, d’un ton agacé voire agressif.

- M’... t’... toi, répondit Youri en bégayant.

Quand, où et à quelle occasion? s’interrogea-t-il. Lors d’une soirée arrosée?

Et toute une armée d’autres interrogations, des plus naïves aux plus absurdes, arriva au grand galop et envahit sa cervelle. La confusion était totale, il était la confusion.

Instinctivement, il ferma les yeux et, comme par miracle, Maria, la jeune fille égarée dans la forêt, apparut dans son esprit et lui dit:

- Moins tu parleras, moins tu t’attireras des ennuis... Si, toutefois tu tiens à te donner en spectacle, danse mais ne chante pas. Les mots irritent souvent les gens, tandis que les gestes n’irritent que le vent.

Alors, Antonovitch Nekhorochev, tout souriant, se mit à se trémousser et à fredonner une chanson populaire.

Et Youri resta bouche bée. Pour un sacré bout de temps...

15:29 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/01/2018

Bonne année 2018!

Bonne année chers lecteurs, blogueurs, commentateurs...

11:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (17) |  Imprimer |  Facebook | | | |

30/12/2017

Ils se sont tant aimés (38, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgGuennadi hésita un long moment puis il s’expliqua solennellement:

- Entre parenthèses, je parle en mon nom seul, pour ne pas tout confondre ou me confondre aux autres. C’est vrai, enfant, j’avais facilement tendance à généraliser les êtres et les choses. Par exemple, à mettre dans le même sac les ouvriers maladroits et les paysans fainéants. Mais aujourd’hui, c’est plus problématique... Au nom du respect d’autrui ou de la méfiance, j’ai perdu le vrai sens du jugement. Ce fameux jugement qui surgit de l’innocence et non pas de la ferraille de la culpabilité. Heureusement, il me reste, encore intact je l’espère, le réflexe instinctif, ce mécanisme psychique qui permet de sentir l’âme de l’autre, son parfum. Malheureusement tout le monde dégage la même odeur actuellement, si je puis m’exprimer ainsi.

Youri sourit, hésita longuement à son tour puis il déclara:

- Sans vouloir te vexer, j’ai l’impression que tu viens de me réciter un texte que tu as appris par cœur. Est-ce que je me trompe?...

- Quel texte?

- Je ne sais pas, un extrait d’un livre que tu aurais lu en Allemagne...

Merde! Ce salaud est bel et bien de mèche avec l’oncle Vania, pensa Guennadi.

- Qui t’a informé que j’ai fait mon service militaire à Potsdam et que mon grand-père possédait des chevaux? réagit-il sur-le-champ, d’un ton agacé voire agressif.

- M’... t’... toi, répondit Youri en bégayant...

13:15 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (22) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/12/2017

Ils se sont tant aimés (37, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Alors vas droit au but pour qu’on en finisse! Au lieu de tourner autour du pot comme une chatte méfiante.

Guennadi se frotta le nez et dit à Youri:

- Ivan Ivanovich Ivanov, ça ne t’évoque rien?

- Ab... v’ment rien, bafouilla le stagiaire.

- Ça ne t’évoque rien? répéta-t-il en haussant la voix... Et regarde-moi dans les yeux!

- Que veux-tu dire par évoquer?

- Tu me prends pour un moujik à moitié abruti ou quoi?

- Mais...

- Je préfère être une chatte méfiante qui tourne autour du pot qu’un renard qui a déjà posé une patte dans une trappe.

- Je ne comprends rien à tes salades.

- Quelles salades?

- A ta pseudo parabole!... Je croyais que seul les intellos étaient compliqués.

- Tu dénigres maintenant les tiens, cher camarade? Mais c’est de la pure trahison.

- Je constate.

- Tu constates?

- Oui, j’ai constaté.

- C’est très bien.

- C’est très bien pourquoi?

- Sans le savoir, tu viens de me révéler ce que nous tous devenus.

- Tous, ça représente qui?...

17:13 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (10) |  Imprimer |  Facebook | | | |

26/12/2017

Ils se sont tant aimés (36, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg

Mais Guennadi mentit. A cet instant, il soupçonna Youri d’être un espion au service de l’oncle Vania.

- Quel est cet imbécile qui t’a raconté cette blague? poursuivit-il.

- Qui, quoi? fit son collègue, tout étonné.

- Je connais quelqu’un qui passe son temps à raconter de bizarroïdes histoires qui, selon ta sensibilité et tes angoisses du moment, te sembleront parfois insensées, ridicules mais qui souvent te donneront la chair de poule avant de t’endormir la nuit. De fausses vérités ou de vrais mensonges sur mal de personnes. Des personnes comme toi et moi. Sur n’importe qui en somme. Mais en particulier sur celles qu’il a ou qu’il va trahir. Au premier abord, c’est un type agréable, très sympathique, extrêmement attachant. En apparence, bien entendu. Mais!... Mais derrière ton dos, il est capable de te salir en beauté pour aucune raison. Voire pire, de te poignarder. Et tout ça sans le moindre scrupule... Toi, qui lis beaucoup la bible en cachette, ça ne te rappelle rien?... A moins que je me trompe ou que je me suis mal exprimé... Oui?

- ...

- Non?

- ...

- Les deux à la fois?

- Je ne vois pas du tout où tu veux en venir.

- Es-tu certain?

- Pour quelqu’un qui n’a pas fait d’études, je trouve que tu raisonnes très intelligemment.

- Parce que selon toi, seul l’universitaire ou l’érudit est compétant à distinguer le bien du mal, le vrai du faux et le beau du laid? L’intelligence est un don du ciel. Comme le talent du reste...

- Alors vas droit au but pour qu'on en finisse! Au lieu de tourner autour du pot comme une chatte méfiante...

08:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/12/2017

Joyeuses fêtes et bonne année 2018 à toutes et à tous!

Les personnages de mes récits...

 

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/12/2017

Ils se sont tant aimés (35, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- C’était quelqu’un de très religieux, le vieux bougre... Sais-tu que tes copains ont assassiné plus de cent mille prêtres?...

- Je sais. Triste destin.

- C’est tout ce que ça te fait?

- C’était la révolution, le désir de tout un peuple...

- Tu dois certainement lire La Praveda.

- Presque tous les jours. Pas toi?...

- Ce n’ était pas le désir de tout un peuple mais un coup d’état bien orchestré par une petite bande d’intellos enragés... les moutons ont suivi en bêlant des slogans...

- Ils avaient faim.

- Mais nous avons toujours faim!

- Alors bosse pour acheter ton pain!...

- Et ta famille, ou ta vieille famille, n’a pas subi des représailles avec ses chevaux à la campagne?

- Pas à ma connaissance. D’ailleurs... elle vivait dans les montagnes à cette époque. Loin des bruits de la ville et des villages.

Mais Guennadi mentit. A cet instant, il soupçonna Youri d’être un espion au service d’oncle Vania.

- Quel est cet imbécile qui t’a raconté cette blague? poursuivit-il.

- Qui, quoi? fit son collègue, tout étonné...

10:47 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |