23/09/2018

Stockholm (4, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgSuis-je une curiosité historique, une bête de cirque ou tout simplement un produit de consommation?

Toute proposition inattendue soulève une infinité  de déstabilisantes et d'absurdes questions. Surtout quand elle vient de la part d’une femme et ravissante par-dessus le marché.

J’imagine, j’invente, je construis, je détruis, je me transporte, je me déporte, je me condamne, je m’inflige mille supplices.

Je marche, je cours, je trébuche dans une forêt obscure cherchant désespérément une clairière. Et en suppliant Dieu et tous ses saints de me sortir de là.

Mais elles n’ont rien à foutre d’une paumé comme moi, ces créatures célestes!

Après quelques ridicules hésitations, dues à nos bavures héréditaires sans doute, nous commandons finalement deux chocolats.

- Bonne décision, ça réduit les risques d’AVC, me dit la belle.

- Ah bon?

- Les flavonoïdes du chocolat empêchent la formation de caillots dans le sang et diminuent le taux de mauvais cholestérol, m’explique-t-elle en souriant.

- Vous êtes médecin? je lui demande.

- Non, pourquoi?

- Vous dites ça avec une telle conviction.

- Vous croyez?

- Je me trompe peut-être... 

08:49 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/09/2018

Stockholm (3, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgBrusquement, la sensation d’une main sur mon épaule me fait sursauter et je me retourne aussitôt.

- Je n’ai jamais vu quelqu’un apprécier une statue avec une telle intensité, me dit, une belle blonde aux yeux bleus... Êtes-vous connaisseur en la matière?

D’après ce que j’ai compris, ne connaissant pas très bien le Suédois.

- Non, je ne suis qu’un simple observateur, je lui réponds en bafouant malgré moi la langue de Bergman.

- Je vois, vous êtes un touriste. Plutôt attentif...

- Non, je travaille sur un navire. La mer m’encourage à méditer.

- Désolée, je croyais que vous étiez d’ici, danois ou norvégien.

- A cause de la blondeur de ma chevelure?

- Peut-être aussi... Vous me faites penser à quelqu’un.

- En bien, j’espère?

- Et si on allait boire un thé?

- Où ça?

- Au Sundberg, à droite devant vous...

La pâtisserie Sundberg.png

La pâtisserie Sundberg

07:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (14) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/09/2018

Stockholm (2, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgJe suis face à la statue d’Evert Taube créée par le sculpteur Karl Göte Bejemark.

Je la regarde. Je la contemple. J’admire l’œuvre du sculpteur.

Suis-je pareil à elle vis-à-vis des autres? je me demande. C’est-à-dire: j’existe et je n’existe pas.

Que de questions saugrenues me passent par la tête!

De qui ai-je hérité cela? De mon père? De ma mère? Impossible de le savoir. Je suis une pupille de la nation. J’étais! Je ne suis plus qu’un résidu de l’extrême consommation. Le produit inattendu d’un sexe abusé certainement. Un individu sans le moindre soutient affectif, totalement abandonné à lui-même. Que Dieu pardonne mes parents pour leur inconscience!

Que de personnes ont subit le même sort au nom du libertinage à outrance! De l’amour libéré de toute contrainte et toute responsabilité.

J’ai l’impression que Monsieur Taube partage mes idées.

Brusquement, la sensation d’une main sur mon épaule me fait sursauter et je me retourne aussitôt...

Stockholm - Järntorget, la statue d'Evert Taube.png

Järntorget, la statue d'Evert Taube

07:45 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/09/2018

Stockholm (1, à suivre)

Stockholm, Hank Vogel.jpgLa liberté, c’est le beau et mystérieux jardin de mon enfance que j’aimerais tant retrouver.

Je m’appelle Gjin, Giovanni, Hans, Hovhannes, Iannis, Ion, Ivan, Jan, Janek Janos, Jean, Joao, Johannes, John, Juan, Juhani ou Sean.

A vrai dire on m’appelle ainsi. Tout dépend de la région linguistique dans laquelle je me trouve.

Cela ne me dérange nullement, au contraire cela m’amuse énormément et je trouve ça très bénéfique pour ma santé mentale.

Car chaque fois que l’on me prénomme différemment, je change presque aussitôt d’état d’esprit. Je deviens quasi quelqu’un d’autre.

En tant que Giovanni ou Iannis, l’allégresse m’habite davantage qu’en tant que John ou Hans, par exemple.

C’est fou comme la sonorité des mots peut avoir une telle l’influence sur mon comportement!

Grâce à cette ou à ces gymnastiques cérébrales, j’ai l’impression de vivre plusieurs vies.

Tout ce cirque, imaginaire ou pas, commença le jour où j’ai débarqué pour la première fois à Stockholm. Plus précisément à la place Järntorget.

Commençons donc par le commencement!...

08:18 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/09/2018

Waterprof (26, fin)

Waterprof, Hank Vogel.jpgLe 7 septembre de l’an zéro de notre nouveau calendrier, international et laïc celui-ci, à cinq heures du matin, le robot de Waterprof, coiffé d’une casquette d’amiral, se pointe sur l’écran de mon ordinateur et m’ordonne:

- Sors tes jumelles de leur étui et regarde par la fenêtre en direction de ton restaurant préféré, le Khata Kazaka. Le débarquement aura lieu dans dix minutes sur la plage de sable. Exécution!

- A vos ordres, chef! je lui réponds automatiquement, malgré moi. L’émotion sans doute.

- Quel idiot je suis! je murmure aussitôt.

Pourtant cette réaction ne tardera pas à devenir normale voire obligatoire face à ce type de machine.

Dieu créa l’homme, l’homme le robot.

Et le robot que créera-t-il à son tour? Un individu totalement obéissant ou au contraire factieux?

Mais! Comme il y a toujours un mais qui sème la zizanie pour des raisons stupides et imprévisibles...

Vu de mon balcon, à travers mes lunettes d’approche made in Leica, le premier escadron non armé de l’histoire, composé de quatre-vingt-dix-neuf excellents nageurs et d’un sous-marin en carton baptisé Cheval de Troie, n’émerge de l’eau qu’à six heures.

Avec cinquante minutes de retard et à deux cents mètres de la plage, pas déserte du tout, au lieu de trois comme l’avait prévu le logiciel.

- L’erreur est humaine! dirait ma concierge en me faisant un clin d’œil.

Les mercenaires crawlent à toute vitesse jusqu’au rivage, se lèvent tout essoufflés et, au nom d’un patrie à l’état latent, ils brandissent des drapeaux suisses et des banderoles sur lesquelles il est inscrit en russe et en anglais:

Partageons humainement nos terres et nos mers. Guelendjik enclave helvétique.

L’accueil de la population est stupéfiant. On embrasse les héros du jour à tout bout de champ.

Le monde entier tombe sur le cul.

Waterprof fait la une de tous les journaux. Les numériques et les derniers en papier.

Certains journalistes, trop conditionnés par la langue de grand-papa, considèrent l’amputation du deuxième o comme une sérieuse faute d’orthographe et dénigrent ainsi l’évènement.

Mais ni les diverses polices, ni les armées locales n’osent intervenir. Ou ne peuvent agir. Car les enjeux économiques sont trop importants. Menaces d’un côté, chantages de l’autre. Cependant les riches adhérents de cette société secrète tiennent le couteau par le manche.

Politiquement, celui qui a de la l’argent a aussi le pouvoir dans sa poche.

Moralement, cela n’est pas toujours bien vu. Mais quand la politique et la morale s’accordent à merveille la partie est gagnée. La gauche ferme sa gueule et vire à droite comme bon nombres de ses politiciens dans la vie pratique

Le fric est une grosse pute qui corrompt et soulage même le plus sain des saints, à moins qu’il ne soit eunuque. Et encore!

Le peuple a son mot à dire et doit toujours l’avoir.

Seul son choix au sujet de toute primordiale décision mérite considération et non pas celui d’une minorité d’individus souvent bavards et prétentieux que l’on appelle les élus.

Avec la bénédiction des adeptes du grand changement entre les nations et grâce aux sages conseils d’Alla et de Gregory, les communautés arménienne et grecque installée depuis l’antiquité dans la région suivies des  autres plébiscitent en faveur de l’annexion.

Après de très nombreuses discutions et hésitations, le gouvernement russe décide finalement de céder, ou d’offrir selon certains diplomates, à la Suisse un petit coin de sa terre ensoleillée, au bord de la mer Noire, en attendant que le peuple suisse accepte ou refuse par voix électorale ce fabuleux cadeau.

Mais ça, c’est une toute autre histoire.

Stockholm, le 11 septembre 2018.

Le Khata Kazaka...

10:35 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/09/2018

Waterprof (25, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgAttendre! J’ai honneur de ça.

Le songe éveillé est parfois plus trompeur que le mensonge. Il n’a aucun scrupule à nous rendre fous.

Les billets de banque, les herbes fines, Alla, Valeri, Vladimir V, Vladimir C, Youri, les autocars, Rize, les plongeurs en culotte rose, le sous-matin en carton, le débarquement, la plage, déserte, bondée, l’accueil de la population, Olga, Igor, le jour des votations, les pour, les contre, le résultat, négatif, positif... défilent dans ma tête à une vitesse inimaginable.

Jamais dans l’ordre, toujours dans le désordre. Ou des ordres différents.

Ma cervelle n’est plus qu’une nébuleuse faite de tout et de rien.

- Respire profondément et ne pense plus à rien! me dirait ma concierge. Et tu traverseras au feu vert, les doigts dans le nez...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/09/2018

Waterprof (24, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgAppel sur Skype.

Sur l’écran de mon ordinateur: Valeri.

- Alors comment ça marche à Genève, les Suisses sont sympas? je lui demande.

- La majorité des volontaires sont des étrangers? me répond-t-il, étonné et déçu à la fois. Des émigrés, des sans-papiers...

- Et?

- Des noirs, des frisés, des bridés, des...

- Pas d’Italiens, d’Espagnols et de Portugais?

- Je n’en sais rien. Ils sont peut-être parmi les naturalisés.

- Comme toi.

- Comment comme moi?

- On t’a bien filé un passeport helvétique, non?

- Tu es fou de parler de ça sur internet?

- Pas d’affolement! Nous ne risquons rien, camarade. Nous sommes protégés par un VPN, d’un côté comme de l’autre... L’entraînement, avec l’interprète, ça se passe bien?

- Au fond de l’eau, il ne sert strictement à rien. C’est vraiment jeter de l’argent par les fenêtres.

- Fous-toi de ça! Les Suisses en ont l’habitude, surtout les autorités. Et puis, ce n’est ni le tien ni le mien... Mais les plongeurs, dans l’ensemble?

- Pour moi, ils sont tous prêts... C’est pour quand?

- Le submersible, en cale sèche à Rize, n’est pas encore opérationnel.

- C’est vrai qu’il est fabriqué à partir de matériaux recyclés?

- C’est faux! Qui t’a raconté cette blague?

- Il y a des bruits qui courent.

- Il est totalement en carton, d’une composition inédite, indétectable par les sonars.

- Tu plaisantes?

- Non, je suis très sérieux.

- Eh bien! Je crois que nous seront obligés de plonger avant l’heure.

- Ne te fais pas de souci, il ne se dissoudra, pour nourrir les poissons entre autres, que trois heures après votre arrivée sur la terre ferme. Ni vu, ni connu! Ainsi, les historiens les plus imaginatifs pourront exercer leur métier à merveille.

- Ma parole! Tu as pensé à tout.

- Nous avons! Au meilleur comme au pire.

- A plus!

- A plus!...

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/09/2018

Waterprof (23, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgYouri et Vladimir sont des professionnels du volant. Ils ont conduit des camions et des autocars pour de lointaines destinations.

Ainsi, ils ont découvert l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, l’Allemagne, la Turquie, l’Iran et les Émirats arabes unis. En affrontant la froideur des uns et l’extrême cordialité des autres. C’est ce qu’il les a rendus très vigilants et prudemment courtois.

Et pour conclure la phase des présentations, j’ai le grand plaisir de mentionner Igor Guevorkian, le futur chef cuisinier de la compagnie, du bataillon ou du régiment. Le logiciel nous informera de l’effectif en temps voulu.

Grand spécialiste du plov, il adore préparer des plats arméniens, azerbaïdjanais et ouzbeks.

Que fait l’homme sans de bons repas? Il mijote ses rancœurs en séchant ses larmes et mitonne une révolution.

Le bonheur passe par l’estomac. Les tripes en savent quelque chose...

Igor en action...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/09/2018

Waterprof (22, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgDieu n’existe pas et l’homme charitable encore moins, m’a-t-elle déclaré un jour.

J’aurais parfois tendance à être de son avis. Surtout quand je l’aperçois en train de vendre des fines herbes pour arrondir ses fins de mois. Quelle triste et injuste récompense pour une doctoresse à la retraite!

Vivement le jugement dernier!

La cloche annonçant le compte à rebours des mauvaises actions va-t-elle bientôt sonner? Je l’espère.

Rois cruels, présidents cupides, ministres corrompus, politiciens véreux, chirurgiens sadiques, pharmaciens empoisonneurs et banquiers intransigeants seront certainement obligés de récolter et d’avaler les fruits amers de leurs crimes.

Je m’impatiente de voir ce spectacle. Mais faut-il aussi que je ne sois ni de feu ni de glace à cette période-là. Car j’ai brûlé mes imprévisibles ailes d’ange au fil de mes nombreux combats. Contrairement à ma jeune collaboratrice: Olga Senchikova.

La douce autochtone, au sourire discret, fragile tel un roseau, sera responsable de l’accueil des petits bonhommes roses. A ne pas confondre avec les mystérieux hommes verts vus en Crimée.

Elle sera assistée des deux agents chargés du transport des troupes: Youri Gladkov et Vladimir Chlionski...

Olga Senchikova.png

Olga Senchikova

Youri Gladkov.png

Youri Gladkov

Vladimir Chlionski.png

Vladimir Chlionski

17:18 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/09/2018

Waterprof (21, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgCommençons par les femmes d’abord, politesse oblige!

Vérificatif! Les filles du Créateur méritent plus qu’une simple réaction de courtoisie bourgeoise. A leur naissance, elles ont toutes droit aux horreurs de la nation plus que le plus sublime héros de guerre car elles sont les sources de la vie dans toute sa splendeur. Et non pas celles de la vengeance, de la victoire, de la mort. A mes yeux, belles ou laides, elles représentent les temples utiles de l’humanité.

Sans la femelle, le mâle n’est autre qu’un chasseur sans cartouche ou un tireur qui ne tire qu’à blanc. Fier de son fusil, il passe plus son temps à le caresser qu’à l’utiliser. Certains même préfèrent le voir se perdre dans les antres les plus obscurs de l’amour.

Bref! Chacun est libre de sa trajectoire au royaume des libertés et de la confusion.

Première dame de cette aventure inhabituelle dans l’histoire, si l’on ne compte pas le Cheval de Troie: Alla Rosa Abrahamian.

A part retransmettre indirectement les messages codés, son rôle essentiel est ou plutôt sera d’influencer la communauté arménienne en faveur de l’annexion.

Surnommée Baba Alla, paradoxalement par les mauvaises langues et ceux qui l’admirent, elle ne croit plus en Dieu depuis la disparition de son mari et de ses deux fils. Elle, pourtant, qui a facilité la mise au monde de centaines de créatures, en tant qu’obstétricienne.

Dieu n’existe pas et l’homme charitable encore moins, m’a-t-elle déclaré un jour...

Alla Rosa Abrahamian.png

Alla Rosa Abrahamian alias Baba Alla

17:52 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/09/2018

Waterprof (20, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgCe que les uns savent, les autres doivent le savoir aussi. C’est pour cela que le livre existe. Afin que les commérages cessent de nourrir et d’amplifier ainsi notre ignorance.

Mais! Que de mais au fil des siècles, passés et à venir.

Les écrits informent mais le lecteur les déforme souvent à sa convenance.

Le texte est exposé à bien des tempêtes, hélas!

Mais il y a aussi l’écrivain que l’on censure, celui qui s’autocensure et celui qui triche, surévalue ou minimise les choses.

Toutes ces choses qui risquent de bouillir dans notre cervelle pour être servies ensuite dans les conversations.

Plat du jour, plat du soir, avec ou sans sel, seul l’enfant échappe à la cuisine du chef. Et encore!

Mais faut-il pour cela, s’abstenir de lire ou d’écrire? A mon avis, non! Car la vie est un long voyage entre vérités et mensonge.

Revenons donc à nos chers moutons!...

05:54 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/08/2018

Waterprof (19, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgTout à coup, mon regard s’égare sur un petit tas de sandalettes et d’anciennes bottines au fond de l’atelier, toutes poussiéreuses et abîmées, et aussitôt des images atroces d’un documentaire sur les camps de concentrations nazis surgissent du tréfonds de ma mémoire et troublent mon esprit.

- Quelle barbarie! je murmure, quasi pétrifié.

- Ça va? Tu es blanc comme une paire de tennis jamais utilisée, me dit Gregory, avec un attention toute particulière. Par déformation professionnelle sûrement.

- C’est l’odeur du cuire, je fabule.

Et je poursuis, requinqué malgré moi:

- Dans quelque temps, tu recevras par la poste plusieurs enveloppes contenant des billets pour ta collection.

- Par la poste de chez nous?

- Peu fiable et trop lente... Par DHL ou DPD.

- Ça me rassure.

- Le dernier chiffre de chaque coupure a une signification bien spécifique. Le un, nous indiquera la date, le deux l’heure précise et le trois la position exacte du débarquement.

- Mais à qui dois-je transmettre ces messages codés? A toi qui n’a pas de portable?

- Pour l’amour du ciel, ne parle plus jamais de ça!

- Je ne te comprends pas, c’est pourtant un outil pratique, non?

- Certes, mais pas dans ma situation. Cet engin de malheur permettrait aux services secrets français en mèche avec bien d’autres de me localiser. Éteint ou allumé!

- Pourquoi, tu es l’ennemi de la France?

- Entre autres... Depuis j’ai participé aux manifs de 68, quand j’étudiais à la Sorbonne, les Gaulois m’ont à l’oeil.

- Mais c’est du délire!

- Je ne te le fais pas dire...

- Alors à qui?

- A personne.

- Comment ça à personne, j’avale ces nombres et je pète un bon coup? s’énerve Gregory en se rongeant les ongles.

- Tu brûles, je réplique en souriant... Le premier représente le petroselinum, le deuxième l’anethum graveolens et le troisième une gousse d’allium sativum ou un piment rouge ou vert.

- Est-ce que je bosse pour waterprof ou pour la faculté des sciences naturelles?...

- Presque! Non, soyons!... Tu te rends le plus vite possible auprès de Baba Alla...

- La vieille qui vend ses herbes?

- Oui, la vieille dame qui... Madame Alla Rosa Abrahamian...

- Et?

- Tu lui propose simplement de préparer un bouquet de persil pour Suuri Jano. Elle comprendra... Coup de bigophone de sa part et un coursier se dépêchera pour me l’apporter. Idem pour la suite...

- C’est qui?

- Youri Gladkov... tu le rencontreras après le jour J.

- OK... Par sécurité, je répète: persil, aneth et ail ou piment. Persil, aneth, ail... Et si elle est malade ou absente, l’Arménienne?

- Tu vas au magasin de fruits et légumes situé à l’angle de la rue Ostrovskogo et de l’avenue Pionnerskaya et tu demandes Vladimir Chlionski. Il n’espère que ça.

- Eh bien, il y en a du monde! La liste des Guelendjikois mouillés dans cette affaire doit être vachement longue...

- Détrompe-toi, elle est courte.

- Peux-tu alors me l’énumérer? Entre démocrates à cent pour cent, toute cachotterie relève de l’insulte voire de la trahison. Non?

Et, tel un garde suisse fidèle au divin pouvoir, je lui dévoile tous les pions de cette sainte et saine opération...

Youri Gladkov.png

Youri Gladkov

Vladimir Chlionski.png

Vladimir Chlionski

 

17:07 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/08/2018

Waterprof (18, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgUne semaine plus tard. Valeri et Vladimir débarquent un peu intimidés dans un hôtel de la Rome protestante. Au quartier des Pâquis plus exactement. Où se trouve le logiciel de l’opération, pour ne rien vous dissimuler...

Après avoir reçu, bien entendu, leur faux passeport helvétique et une carte bancaire chargée à bloc. Car, comme tout le monde le sait, la Suisse est terriblement chère excepté pour les médecins, les avocats, les pleins aux as et les conseillers tous azimuts. C’est-à-dire: administratifs, d’état et fédéraux.

- Mais pourquoi l’avez-vous installé là, ce foutu robot de mes deux? s’affolerait ma concierge. Au quartier le plus chaud de la ville!

Ma réponse rassure même les ânes:

- Parce que dans cette endroit glauque la police ne s’intéresse qu’aux fesses des putes et aux dealers africains.

Tout roule sur des roulettes. Pensées à la russe et organisations à la suisse. Quoi de mieux dans le meilleur des mondes futurs?

Je vais chez Gregory, mon cordonnier attitré. Prétexte: j’ai perdu un lacet.

- A part ça, tes semelles sont toujours waterproooof.

- Il y a quelques o de trop, camarade. Mais ça va.

Gregory Kotanidi est un réparateur de vieilles godasses, plus par enthousiasme que par nécessité. Il n’ouvre son magasin-atelier que les après-midis sauf le dimanche, en bon père de famille. Mais sa grande passion, c’est collectionner les anciennes pièces de monnaie et les billets périmés.

Comme il déteste tous les régimes totalitaires parce que sa mère fut torturée par le KGB en Sibérie à cause de ses origines grecques, je lui ai confié le poste d’ agent de transmission.

- Tu as vérifié, pas de micros dans une paire de baskets ni à l’horizon?

- Que dalle! Par contre mon voisin m’inquiète. Il prie trop souvent et fréquente les religieux.

- Méfie-toi de lui. D’après mon expérience personnelle, les accros à la prière sont de sacrés mouchards.

- Merci de ton conseil. Autre message?...

Gregory Kotanidi.png

Gregory Kotanidi dans son atelier.

17:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |

26/08/2018

Waterprof (17, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgEt, avec un courage digne d’un héros libéré de toute crainte, je divulgue:

- Alla Rosa Abrahamian et Olga Senchikova... Mais recommençons par le commencement afin que tout soit très limpide entre nous. Si toutefois un détail préliminaire m’a échappé... Waterprof est un concept polico-philosophique qui a germé au sein d’une société secrète, à la quelle j’adhère, composée d’hommes et femmes de bonne volonté. Des progressistes. Des avant-gardistes. Des Suisses et des Russes qui ont le sens inné du partage... Nous pensons que la propriété étatique mérite une sérieuse correction et que les montagnards doivent pouvoir jouir des mêmes plaisirs existentiels que ceux des habitants des cités balnéaires et vive versa. L’air, l’eau, douce et salée, la neige et le soleil sont des dons du ciel. Offerts à chacun d’entre nous. Un pays sans mer mérite donc un port quelque part hors de ses frontières. Et un pays sans montagne mérite également une station ou un sommet quelque part ailleurs. Nous devons nous entraider et non pas nous entre-tuer pour des bagatelles, des richesses qui n’appartiennent finalement à personne. Et les chefs d’état doivent cesser de faire semblant de se comporter comme des lions féroces ou des chiens de garde au service de leur peuple. Nous le savons tous au fond de nous-mêmes, les rois de la jungle sont affamés de chair et ne protègent que leurs petits... Prochainement, tu recevras, ainsi que Valodia, de faux papiers pour te rendre d’abord à Genève ensuite dans une bourgade isolée turque, proche de Rize, à environ sept cents kilomètres d’ici et ce afin d’initier un régiment de volontaires aux activités sous-marines. Et à un moment très précis, que seul notre logiciel connait pour l’instant, vous envahirez Guelendjik en tuba et en caleçon de bain rose, couleur de l’amour et non de la guerre, en proclament haut et fort: cette localité sera désormais une enclave suisse si vous le souhaitez profondément. Courez vite aux urnes!... Qui vote obtient ou n’obtient pas. Mais celui qui ne vote jamais ferait mieux de la fermer sérieusement, sa grande gueule de prétentieux, au lieu de prétendre souvent qu’il prévoyait les résultats... A toi d’attendre avec sagesse et d’agir à l’heure voulu!

- C’est très courageux et encourageant tout cela mais totalement utopique, me dit mon ami.

- Comme l’électricité, le train, les avions, les fusées... comme toute chose extraordinaire avant de voir le jour. Mais qui ne tente rien n’aura forcément rien. Il vit médiocrement tel un mollusque enfermé dans sa coquille. Il ne verra jamais l’immensité de l’océan... Et j’ajoute hors de propos: face à Dieu et à son éternité, nous méritons tous de choisir librement notre moitié, notre religion et notre patrie. Cependant cela, c’est encore du sperme congelé.

- Verstanden! Mais pourquoi le mot mérite, qui sort souvent de ta bouche, humecte-t-il tes lèvres?

- Pour que je n’oublie pas mon premier baiser.

Et nous nous tordons de rire.

L’amitié, une fois de plus, sacré nom d’une pipe!...

16:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/08/2018

Waterprof (16, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgJe me gratte la tête. Dans l’espoir que les meilleurs neurones de ma cervelle sortent enfin de leur silence caverneux et décident ensemble de m’aider à dissiper toute incertitude. Car certaines lignes du projet sont encore floues. J’avouerais même qu’elles stagnent dans le flou le plus total...

- Alors, ça vient ou quoi? m’attaque l’ex commandant. C’est pour aujourd’hui ou pour demain?

- Pour après demain ou jamais! je contre-attaque. Pourquoi, tu as le feu au cul?

- Ta combine, c’est du bidon.

- Du bidon, tu as dit?

- Oui, du bidon, j’ai dit et je le redis.

Alors, fâché à en devenir fou, je cours aux toilettes, je ressors presque aussitôt et, en branlant une liasse de billets de banque, je lui crie:

- Et ça aussi c’est du bidon?

L’argent n’a pas d’odeur. Même conservé aux pires endroits.

Les fauchés se plaisent à le maudire et à lui cracher dessus. Les fortunés à le bénir et à garder leur salive pour mieux le recompter.

Mais riches et pauvres se font régulièrement déplumer par l’état, escroc et dépensier anonyme.

- Tiens! C’est ton cachet pour tes futurs exploits, je signale à Valeri, en fourrant la pile de plusieurs mille francs dans sa chemise à moitié ouverte... Ce n’est du belge, c’est du pur suisse. Ça pète souvent plus haut que le dollar.

- C’est sans doute trop! s’exclame mon complice en retirant les Auguste Forel fourmillants de son vêtement.

- Ce n'est jamais trop. Surtout pour les risques que tu vas prendre. Compte!

- Non, je ferais ça tranquillement... à la maison.

- Aux chiottes!

- Pourquoi aux chiottes?

- Parce que ta chère moitié ne doit toujours pas être au courant de quoi que ce soit. C’est une affaire strictement entre hommes, pour le moment. Bien que deux femmes nous accompagnent dans cette aventure. Une vieille et une jeune.

- Alors déballe-moi tout!

Et, avec un courage digne d’un héros libéré de toute crainte, je divulgue:

- Alla Rosa Abrahamian et Olga Senchikova...

Alla Rosa Abrahamian.png

Alla Rosa Abrahamian.

Olga Senchikova.png

Olga Senchikova.

A droite, buvant son café, probablement l'épouse de l'auteur ou une ex du KGB.

16:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/08/2018

Waterprof (15, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpg- Qu’est-ce que tu as raconté à Valodia? me demande Valeri d’un air très préoccupé.

- Le minimum du minimum, je lui réponds tout étonné... Pourquoi?

- Parce que hier soir, je l’ai croisé dans la rue et il m’a à peine salué.

- Est-ce qu’ il était seul ou accompagné?

- Il était avec sa chérie et moi avec la mienne...

- Sais-tu que sa chérie n’est pas toujours aussi chérie que ça avec lui? Et lui non plus avec elle, soyons correctes!

- Comment ça?

- N’as-tu jamais rien remarqué de spécial chez eux?

- Chez eux à la maison?

- Non, dans leur comportement, en général...

- Tamara parle trop et trop vite. C’est un vrai malin à prières...

- Comme la plupart des épouses vieillissantes d’ailleurs... Mais encore?

- Je ne vois pas.

- Le couple! Entre eux?

- Rien qui puisse faire l’objet d’une enquête.

- Parfait! Je constate que le métier commence à rentrer, dis-je en me frottant les mains.

Et j’ergote:

- Quand Tamara et Vladimir, c’est aussi Vladimir et Tamara, tout va à merveille. On peut boire sans souci l’eau de la fontaine. Mais quand Tamara et Vladimir, ce sont Tamara et Vladimir, le robinet collectif est fermé à bloc. Tu passes pour un indésirable, je passe pour un indésirable, nous passons pour un bataillon d’indésirables... Tu t’imagines le tableau?

- Affirmatif! tonitrue-t-il... Bien que mal brossé à mon humble avis.

- Tu as tout-à-fait raison.

- Explique alors!

- Notre ami te fait la gueule parce que je t’ai engagé avant lui.

- Non!

- Si!

- Il te l’a dit?

- Négatif... mais je le pense.

- Tu penses trop et tu t’imagines trop de choses, camarade! Un de ces quatre, tu te retrouveras en Sibérie.

- Probablement. Et toi avec, si tu te comportes comme une vulgaire tocante waterproof et non pas comme un parfait waterprof.

- Toujours des mots bizarres pour nous séduire ou nous foutre la pression. Sois clair une fois pour toutes, bon sang! C’est quoi pour un terme ce foutu waterprof?

Je hausse le ton:

- Je te dévoile tout le projet, de A à Z, à condition que tu veuilles bien transmettre toutes les informations à Valodia et ce pour te faire pardonner.

- P... p...

- Car tu as fauté, malgré toi ou volontairement.

- N’importe quoi!...

- En essayant de me faire croire qu’un mineur de fond et excellent nageur, tel que lui, aurait plus de peine à se reconvertir en scaphandrier qu’un petit soldat cantonné dans un bureau...

 - Accouche, Bon Dieu! J’ai l’impression parfois que tous les mani korlo réunis du Tibet ne t’arrivent pas à la cheville...

Tamara, l'épouse de Vladimir.png

Tamara, la chérie de Vladimir.

12:47 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/08/2018

Waterprof (14, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgJ’ai connu Valeri grâce Vladimir. Il me l’a présenté à la plage, l’été dernier. Nous avons sympathisé sur le champ. Question d’aura, vraisemblablement. Mais la sienne doit être plus dorée ou plus blanche que la mienne. Certainement vu mes nombreux moments d’égarement.

- Les rencontres rapprochent les montagnes et font fondre les glaciers, me disait souvent ma concierge valaisanne, morte malheureusement en escaladant le Mont Rose, côté italien.

Je n’ai jamais compris vraiment ce qu’elle voulait insinuer. Qui ou quoi cherchait-elle à protéger? Et jamais su vraiment de quel bord elle était, la grimpeuse multidisciplinaire.

Il faut dire qu’à cette époque, en tant que fils de diplomate et pensionnaire d’une école internationale privée, je draguais comme un beauf...

Bref, restons dans le présent et parmi les vivants et les gens normaux!

Qu’il vente ou qu’il pleuve, Valeri crawle et papillonne au moins deux heures chaque matin. Sous le regard admiratif de sa chère épouse. Ou inquiet, vu que la mer n’est pas toujours aussi maternelle qu’une mère.

Ce sportif aux poumons d’acier, non-fumeur forcément, aurait pu devenir général dans l’Armée rouge. Mais comme il est trop intelligent et très sensible, il a préféré se contenter d’une carrière militaire moins honorable mais à l’abri des embrouilles et des éternels reproches.

Allergique également aux armes à feu et aux masques à gaz, il a failli se faire tuer à deux reprises. En Tchécoslovaquie, lors de l’enterrement de Jan Palach, martyre du printemps de Prague, par un groupe d’étudiants en colère. Et à Tchernobyl, en essayant de sauver des camarades irradiés à la centrale nucléaire Lénine, par un atomiste déprimé.

Suite à ces deux tristes évènements, bien que très éloignés l’un de l’autre dans le temps, ses collègues de travail l’on baptisé Docteur Tché le jour de sa quille tardive.

Ce médecin-secouriste, officier à la retraite et de réserve, artiste modeste à ses heures perdues, prend souvent plaisir à photographier les fleurs des lieux publiques, avec son téléphone portable. En particulier les roses...

Valeri Ogorodnik 3.png

Valeri Ogorodnik en train de photographier une rose

15:11 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/08/2018

Waterprof (13, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgLe lendemain. Jour ensoleillé comme la plupart des autres jours à Guelendjik. La mer est calme et le plus énervant des vents est absent.

Drelin! Drelin!

Autre son de cloche, de sonnette plus précisément.

Les natifs de ce gigantesque pays adorent bricoler, surtout le gardien de mon immeuble qui, à part cela, n’arrête pas de tripoter son chronographe chinois, la montre suisse n’étant réservée qu’aux riches, nouveaux et anciens, aux snobs et aux proches du pouvoir.

Drelin! Drelin!

- Ça va, j’arrive! J’ai ouï, bordel!

La redondance s’infiltre partout. Et c’est reparti:

- C’est qui?

- C’est moi.

- Moi qui?

- Valeri.

- Le...

Mais aussitôt, face cette complice de la banalité et rivale du renouveau, j’abrège, je modifie:

- La... la porte est ouverte...

189732001534843057.png

La montre (la mienne) que le gardien de mon immeuble aimerait avoir...

11:38 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/08/2018

Waterprof (12, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgAprès les tempêtes spirituelles inutiles dues à l’ego de chacun voici le calme dans toute sa splendeur où les conversations ressemblent quasi à des prières.

Dommage trop courtes!

- Que le Ciel me bénisse! Quelle sera ma mission et quel sera mon salaire? me demande l’ami Vladi.

- Fabuleux et incroyable ou l’inverse et sans pépin si le Seigneur le voudra, je lui réponds. Il te suffira de suivre à la lettre les instructions.

- Acceptables?

- Un jeu d’enfant. Tout le contraire d’un casse-tête imposé par un casse-pieds.

- Je me réjouis déjà.

- Chaque chose en son temps. Tu verras la Suisse, ses vaches à lait et ses trésors à l’air libre...

- La Suisse en chair et en os?

- A poil ou presque serait plus proche de la réalité mais je n’ai pas le droit de t’en dire plus sans la présence de Valeri.

- Valeri, Valeri?

- Oui, Valeri Ogorodnik, notre copain et champion aquatique.

- Lui aussi est dans la combine?

- Fait partie du projet.

- Excuse-moi chef!

- Pas besoin de t’excuser... Et puis sache aussi qu’il n’y aura pas de chefs, de sous-chefs... ni de larbins, pour cette opération.

- Qui commandera alors, qui me donnera des ordres?

- Personne. Un logiciel nous guidera personnellement.

- Encore une invention helvétique?

- Non, démocratique.

Valeri Ogorodnik.png

Valeri Ogorodnik, photographié par la longue-vue sophistiquée de Suuri Jano.

07:13 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/08/2018

Waterprof (11, à suivre)

Waterprof, Hank Vogel.jpgSoudainement, Vladimir Vladimirovitch me dit:

- Depuis que je plonge dans la mer, je ne mange plus de poisson.

- Bonne décision, je lui chuchote à l’oreille gauche, sachant que la droite est sujette aux acouphènes...

Et, en m’éloignant de son haliotide en bonne santé:

- Autrement, elle serait rouge de sang et les Ottomans perdraient le nord.

- Tu es aussi au courant de ça?

- Au courant de quoi?

- Que la Mer Rouge est hachurée en rouge sur leurs cartes géographiques parce qu’elle se trouve au sud de leur empire et que la Mer Noire...

- Hachurée en noir parce qu’au nord...

- C’est exact!...

- Comme la plupart de nos robinets indiquant l’eau chaude et l’eau froide qui proviennent de Turquie. D’ailleurs, je me demande si ce n’est pas eux qui ont inventé la douche...

- Ah, non! Les chiottes turques, je veux bien mais pas ça, tout sauf ça!... Et puis, ne serais-tu pas un tantinet daltonien?

- Pourquoi tu dis ça?

- J’ai l’impression que tu confonds le bleu et le noir.

- C’est grave, docteur?

Et nous éclatons de rire.

C’est ça l’amitié! Lorsque le torchon commence à brûler, on l’éteint aussitôt. En pissant dessus si l’on ne peut pas agir autrement. Sans vergogne et sans la moindre hésitation. Au péril de sa vie, si c’est nécessaire.

L’amitié, la vraie amitié, entre deux personnes est plus sacrée que l’amour. Car elle ne demande rien, ne réclame, n’attend rien en échange...

L’autre devient ma chaire et je deviens son ombre...

13:37 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |