10/12/2016

L'avaleuse de livres (20, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgDurant toute la journée, mes collègues présentes ne cessent de me sourire et de me féliciter. Deux fois au minimum. Les autres, celles qui sont en congé vu que le magasin est ouvert sept jours sur sept et que nous ne travaillons que quarante heures par semaine, ne tarderont pas à les imiter. Car le téléphone arabe ou pas arabe marche à merveille avec elles.

Je me demande ce qui se passe dans leur petite tête à ces belles créatures nées toutes à l’époque soviétique?...

Ah oui, j’ai oublié de vous signaler: j’en ai compté douze mise à part la responsable. Douze libraires comme les douze complices du Nazaréen roi des Juifs. Ça fait treize maintenant avec moi. Le Judas de la compagnie selon la mère supérieure, pardon Madame Smirnova. C’est ce que je pense qu’elle pense. Car au pays des vierges impures le visiteur mâle n’est autre que le serpent engendré par Satan. Prêt à les mordre, les salir davantage, les rendre folles, les propulser totalement hors d’elles-mêmes.

Oui, j’en ai compté douze. Cinq Tatiana, trois Natacha, deux Elena et deux Svetlana. Heureusement que la vieille s’appelle Irina.

La plus jeune des Tatiana, me semble-t-il, s’approche de moi, m’embrasse et me dit:

- Bienvenu au royaume des forêts assassinées...

Une écolo probablement.

- Mes copines et moi avons décidé d’organiser une sauterie pour l’occasion. Tu es d’accord?

- Oui mais, je réponds ému et désemparé.

- C’est le fric qui t’inquiète?

- Je suis fauché actuellement.

- Nous le sommes tous. Mais sache qu’ici la personne qui propose casque. Compris?

- Compris... Où et quand?

- Tu recevra une invitation en bonne et due forme, camarade libraire attitré!...

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09/12/2016

L'avaleuse de livres (19, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLe lendemain matin, je m’éclipse de la maison comme un voleur. Pour éviter toute conversation, orageuse ou chargée d’interminables excuses, avec les Hofmann.

Je prends le bus 21, descends quelques arrêts plus loin, traverse la rue Kirova et me dépêche de rejoindre mon poste minable.

A peine arrivé, Madame Smirnova m’appelle:

- Kurkunof, dans mon bureau!

J’obéis. Le contraire serait une erreur fatale. La rue, la mendicité, le vol, la prison ou la mort. Nous sommes tous des condamnés à vie. Dont la plupart condamnés à bosser pour des gnognotes. Elle est belle cette égalité!

- Qu’est-ce j’ai encore fait de mal, cheffe? je demande, crispé comme un bleu face son caporal.

- Que vous arrive-t-il? Souffrez-vous d’un excès de culpabilité? me demande-t-elle.

- Non, madame.

- Alors détendez-vous! Je vous préfère arrogant, un peu voyou sur les bords...

- En somme... non rien.

- Si.

- Non.

- Si... Je vous t’écoute.

- Je voulais dire... il m’arrive de me raidir temps en temps. Surtout quand un ordre fait boum dans ma tête.

- Boum dans votre tête?

- Parfaitement.

- Décidément, j’aurais tout entendu dans ce magasin. Bref! Soyons sérieux!... Ça vous plaît de travailler avec nous?

- Avec vous et davantage, oui.

- C’est-à-dire?

- J’aimerais aussi être en contact avec les clients. Les conseiller, leur proposer tel ou tel autre ouvrage à la place de...

- C’est justement pour cela que mon canon a sonné.
- Je ne comprends pas.

Et Irina Guennadieva Smirnova, me déclare solennellement:

- Cher Ivan, après deux semaines de stages convaincantes, la patronne que vous n’avez jamais vue mais dont l’œil est aussi vigilant que celui de Moscou, désire que vous soyez nommé officiellement libraire à la Maison du livre de Guelendjik. Le désirez également?

- Fermement, je réponds le sourire jusqu’aux oreilles.

- Cela étant, elle vous propose un salaire de vingt mille roubles par mois à partir de tout de suite. Êtes-vous d’accord avec cette proposition?

- Sans la moindre hésitation.

- Dans ce cas, veuillez signez ici.

Et je signe ainsi mon premier contrat de travail...

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08/12/2016

L'avaleuse de livres (18, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgJe m’allonge sur mon lit. Je regarde le plafond. On dirait une page blanche. Vierge. Prête à s’offrir à celui qui désire s’exprimer. Telle une complice amoureuse et silencieuse. Telle une adolescente follement curieuse de découvrir la sensation d’un langoureux baiser. Sur son tendre sein. C’est palpitant. Excitant. Encourageant. Prometteur. Pour la récidive: on se bouscule déjà au portillon... Un mot en cache un autre. Fait appel à un autre. Mais lequel se jettera le premier à l’eau, osera plonger dans cette mare des incertitudes? Commencera à dévergonder cette blancheur immaculée? Sera-t-il seul ou accompagné? Le solitaire n’a aucune chance de survivre. D’engendrer. S’agira-t-il d’un article suivi d’un nom commun, d’un pronom suivi d’un verbe, d'un verbe suivi d’un point interrogation ou d’un adverbe suivi d’un point d’exclamation? Il y a tant de questions honorables. Malheureusement, toutes pour des réponses suspectes. Les livres m’ont ouverts les portes du savoir mais aussi celle du doute et de la méfiance. Et je remercie le Ciel pour m’avoir permis de m’égarer sur les colossales et périlleuses étagères de la connaissance. N’obligeant ainsi à me répéter tous les matins en me rasant: je sais tellement de choses sur toi, pourtant je ne te connais pas assez voire pas du tout. Misérable est donc mon destin!...

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07/12/2016

L'avaleuse de livres (17, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMaria Nikolaïevna intervient finalement:

- Vous les hommes, vous parlez pour parler. Que vous soyez jeunes, vieux, intellectuels ou abrutis par les potions magiques de vos grands-mères ou le boulot, vous déconnez du matin au soir. Vous vous vantez sans cesse de vos performances sexuelles et autres, la bite à la main ou les mains dans les poches. Même en saluant le drapeau national vous espérez bander en mâtant la femelle qui se trouve par hasard à côté de vous. Qu’elle soit blonde, brune, bourrée de taches de rousseur, toute poilue, belle ou moche! Vous raisonnez toujours en fonction du et par le cul...

- Qu’est-ce qui te prend, Mariochka? s’exclame son mari. Nous n’avons pas prononcé le moindre mot indécent...

- Pour l’instant mais elles ne vont pas tarder à venir, vos cochonneries... Je connais ton manège, Hans. Ce n’est pas la première fois que tu invites quelqu’un à l’improviste. Au début, tu es très poli, diplomate voire parfois très brillant puis, une fois les tabous disparus avec l’aide de cette foutue boisson, tu débites des saloperies à faire vomir le pire des pornographes...

- Chut! C’est qui l’homme dans cette baraque? crie-t-il.

- Je constate que tu t’es bien intégré en Russie, dis-je... Ou aurais-tu du sang cosaque sans le savoir?

- Est-ce un compliment ou une insulte?

- Je ferais mieux de retourner dans ma chambre... Merci pour tout, les amis, et bonne nuit!...

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06/12/2016

L'avaleuse de livres (16, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Tu as compris quoi?

- Que tu es raciste.

- Envers qui?

- Les musulmans, les Ouzbeks, les Tadjiks, les Tatares...

- Tu te trompes complètement...  Je les déteste à mort.

- Autant que ça?

- Mais non! Je te fais marcher.

- Ouf! Cela me rassure.

- Comment un paresseux comme moi peut-il haïr quelqu’un qu'il ne connait pas? Explique-moi!

- Je ne suis pas psychologue, je suis libraire.

- Tu as bien une idée?

- Aucune.

- Et parmi les milliards de pages des nombreux livres que tu as engloutis, il doit forcément y avoir un morceau d’anthologie que tu as envie de me cracher à la figure, non?

- Non.

- Alors, il va falloir éclairer ta petite lanterne de boy-scout des cavernes. Mais tout d’abord, acceptes-tu encore un verre de vodka de ma part?

- En Russie, on ne sort pas de tels boniments, on sert un point c’est tout.

- Eh bien voilà! Il fallait le dire plus tôt!

Glou, glou, glou...

- Mais pour ta gouverne, sache que nous ne sommes pas en Russie ici.

- Où ça alors? En Autriche, le pays des héritiers d’Adolf?

- Connais pas ce moustachu.

- Cependant, comment sais-tu qu’il avait une moustache?

- Parce que tous les Autrichiens en portent une.

- Ce sont les Turcs et les Indiens...

- Oh! Oh! Veux-tu que je t’éclaire ou préfères-tu sombrer au fond de ta grotte?

- Je t’écoute, spéléologue de la psyché.

- L’antipathie, l’aversion, le dégoût, l’exécration, la misanthropie, la misogynie, le mépris, la rancœur... c’est trop compliqué, trop pondéreux pour un fainéant. Pas d’accord avec moi?

- Si! Entièrement!

- Alors remettons ça!

Glou, glou, glou...

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05/12/2016

L'avaleuse de livres (15, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Tu ne le sais pas ou tu préfères ne pas le savoir.

- Quelle différence?

- Certainement, il y en a une. Mais dans l’état actuel des choses rien ne peut être déclaré avec précision.

- Quel état, quelles choses et quelle précision?

- Tu es trop curieux, graine d’innocence. Ou est-ce l’alcool qui te rend ainsi?

- Quelle graine, quel alcool et quel ainsi?

- Je trouve que ta mémoire est très ordonnée. Pareille à un ordinateur. Aucun chevauchement possible selon les préférences du moment. Ein, zwei, drei, vier, fünf...

- Ce qui veut dire?

- Trop systématique égal trop con.

- Tu parles pour toi ou pour moi?

- Je parle en général.

- Et en particulier?

- Serais-tu un particulier?

- En tout cas pas le FSB.

- Le quoi?

- Le successeur du KGB.

- Je sais bien que c’est le successeur.

- Alors pourquoi m’as-tu posé la question?

- Tu délires, mon ami. Tu confonds surdité et méconnaissance et je te signale que je n’ai rien posé du tout à part mon verre. Au fait, je t’en sers un autre?

- A condition que c’est offert de bon cœur.

- Pour qui me prends-tu? Pour le Croissant-Rouge?

- Là, j’ai tout compris.

- Tu as compris quoi?...

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04/12/2016

L'avaleuse de livres (14, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgEt de fil en aiguille, nous recousons les blessures du passé. Provisoirement. Les murs tombent, les pancartes s’envolent et nous nous égarons joyeusement dans le jardin de la liberté. Fini les vous, les monsieur, les madame, les étiquettes surchargées de lettres inutiles, nous portons tous le même brassard. Nous sommes tous sur le même bateau. Qui tangue pourtant sur une mer d’huile au milieu de nulle part. Dieu que de la vie est belle! Nous étions des galériens enchaînés à notre navire de guerre ramant comme des bêtes, nous sommes maintenant des hommes libres scrutant l’horizon. Bien que légèrement flou. La parole se déchaîne enfin dans un univers où les droits d’auteur sont inexistants.

- L’amour de Dieu n’a aucun sens.

- C’est vrai, comment puis-je aimer quelqu’un, une entité ou être supérieur qui ne m’a jamais souri?

- Ni offert la moindre sucette.

- Mais endossé un lourd fardeau.

- Quel cadeau!

- Et l’amour de la patrie?

- Qui ça?

- La patrie.

- Connais pas.

- Certain?

- Archi.

- Comment se fait-il?

- Parce qu’étymologiquement patrie vient de père. Et... Et... Et papa, c’est du caca pour moi.

- Alors serais-tu apatride?

- Non, citoyen du monde.

- Lequel? Le bas ou le beau?

- Précise.

- Celui où l’on vit ou celui ou l’on fait semblant?

- Franchement, je ne sais pas.

- Tu ne le sais pas ou tu préfères ne pas le savoir.

- Quelle différence?

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03/12/2016

L'avaleuse de livres (13, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgSitôt le potage englouti, l’Européen ouvre une bonne bouteille de vodka sibérienne, remplit trois verres à ras bords et ordonne à brûle-pourpoint:

- Allez les chenapans! Trinquons à la mémoire de nos ancêtres!

Monsieur et Madame lèvent leur verre. Moi, je refuse d’obéir.

- Me suis-je forgé une mauvaise opinion sur ce jeune homme? s’interroge le présumé prénommé Hans.

- Tous les Russes boivent sauf ceux qui se sont jurés de ne plus jamais boire ou de ne boire qu’occasionnellement pour un évènement particulier tel que la naissance d’un enfant, le décès d’un proche, le mariage, le divorce ou une bénéfique rencontre. Au nom de l’amour, de l’amitié mais jamais pour... des inconnus, je justifie par ce ridicule speech mon attitude.

- Mais nos parents ne sont pas des inconnus, que je sache! réplique-il.

- Pour un orphelin, ils le sont. De parfaits anonymes dans tous les sens quand on ne les a jamais, jamais connus.

Les Hofmann se regardent puis, simultanément, ils baisent la tête, confus et désolés.

- Et si on buvait à nous tout simplement, je propose en levant mon verre, pour changer l’atmosphère.

Et sourires et culs secs sont à la fête. Rien de tel pour oublier qui nous sommes et où nous allons. Car si la sagesse est le seul sentier au bout duquel semble briller une lueur d'espoir, susceptible de nous éclairer totalement un jour, pense le poète, aucune certitude n’est gravée sur les rochers. Alors vidons et cassons nos cruches le temps d’une légère ivresse! Avec modération! Avec prudence! Afin de ne pas attirer trop tôt la grande faucheuse...

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02/12/2016

L'avaleuse de livres (12, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- C’est qui ce mythomane? je demande exprès pour pimenter la causerie.

- C’est l’autre moi-même, le nomade pressé qui marche sur sa galabeya, me répond rêveusement Monsieur Hofmann.

- La quoi?

- La galabeya. C’est une longue robe que portent les hommes en Égypte.

- Vous êtes juif?

- Qu’est-ce qui vous fait penser ça?

- Votre nom, votre nez, les mots que vous avez prononcés... nomade... Égypte... mythomane...

- Ah non, pas celui-là! Il est sorti de votre bouche, pas de la mienne.

- En effet.

- Non, je ne suis pas juif et je le regrette sincèrement.

- Pourquoi?

- Parce que, maintenant, je serais en train de bouffer des figues allongé sous un palmier...

- Mais il y en a des tonnes ici...

- Ou en train de me baigner dans la mer.

- Mais vous pouvez y plonger depuis votre balcon, à chaque instant...

- Certes! Malheureusement, il y a une énorme différence.

- Laquelle?

- Les figues ne sont pas de Barbarie et l’eau est moins salée.

- Vous êtes sérieux?

- Pas du tout.

- Alors je vous prie de m’excuser, j’ai dû vous vexer.

- Mangez votre soupe avant qu’elle se réchauffe! Tiède, on dirait de la pisse de chameau.

Mieux vaut faire risette que choper mal à la tête, me dis-je...

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01/12/2016

L'avaleuse de livres (11, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Ça va? Vous vous sentez mal? Vous souffrez de quelque chose? s’inquiète mon amphitryon.

- Non, non, je vais très bien, je vous assure... Une image m’a traversé l’esprit. Une image un peu... un peu...

- Inquiétante, je suppose, vu votre état hallucinatoire.

- Vous êtes psychiatre?

- Dans une autre existence, dirait ma sœur.

- Pourquoi pas dans celle-ci?

- C’est une longue histoire... Ça sera pour une prochaine fois.

- J’adore connaître la vie des gens. Pas...

- Tu peux servir, ma duchesse, dit-il à sa femme me coupant ainsi la parole.

Mais dans quelle réalité me suis-je engouffré? J’ai l’impression d’être tantôt là, tantôt ailleurs. Je plane. Je flotte. Comme un bouchon sur l’eau. Transbahuté d’une rive à l’autre. Comme si le passé et le présent n’arrêtaient pas de se disputer. Pour aucune raison. Juste pour le plaisir. Pareils à deux voyous. Deux vagabonds des rues. Je cogne, tu cognes, je cogne, tu cognes... Qui a commencé? Impossible de le savoir. C’est absurde tout ça.

- Je l’ai préparée comme d’habitude avec du kvas et non pas avec du kéfir, m’explique Maria Nikolaïevna en servant la soupe froide... Hans vous a mal informé.

- C’est qui ce mythomane? je demande exprès pour pimenter la causerie...

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30/11/2016

L'avaleuse de livres (10, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgIl sourit.

- J’ai dit quelque chose d’idiot?

- Pas du tout... Que je sois sur terre ou dans la lune, j’essaye toujours de parler en apesanteur.

- Parler en apesanteur?

- Allons à la cuisine, ma belle épouse a concocté une acrochka du coin, si ça vous tente?

C’est vrai qu’elle est belle Madame Hofmann. On dirait la grande-duchesse Maria, la fille de Nikolaï Aleksandrovitch Romanov, mon tzar préféré, assassiné par ces fachos de communistes. Elle pourrait être sa fille ou plutôt sa petite-fille si... Mais au fait a-t-elle été réellement exécutée, cette beauté impériale? Le mystère planera toujours au-dessus ma tête. Comme j’aime et déteste cela à la fois.

- Merci pour cette invitation, Madame Hofmann, dis-je en m’asseyant à table.

- Maria ou Maria Nikolaïevna me ferait davantage plaisir, me précise-t-elle.

Je tombe sur le cul...

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29/11/2016

L'avaleuse de livres (9, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMon chez-moi! Une chambre de quatorze mètres carrés. Louée mensuellement à Monsieur et Madame Hofmann ou Hoffman, un couple d’étrangers. Soyons correctes, des doubles nationaux. Ils sont russes et autrichiens à la fois. Ou suisses. Ou français. Ou italiens. D’après ce que j’ai vu et entendu. Ils sont très... comment dite ça? Pas dans la norme. Ils sont très souriants et très complaisants. Toutefois assez discrets. Lui, il siffle souvent. Elle, elle ne cesse pas de balayer. C’est probablement un tic typiquement européen. Oui, européen et pas du tout américain. Car en Amérique on aspire. On aspire tout sauf au bonheur d’autrui. Il s’agit des États-Unis, bien entendu. Le pays des Sioux et des Apaches colonisé par des fermiers et des bandits. Sales blancs! Profiteurs! Envahisseurs! Négriers! Esclavagistes! Calmos, calmos Ivan! Oui, c’est vrai, il faut que je me calme. Car sur ce brûlant chapitre, nous n’avons pas la conscience immaculée, nous les Russes. Je n’oublierai jamais que les Peaux-Rouges made in Rassia sont: les Aléoute, les Chouvane, les Dolgan, les Even, les Inuit, les Ket, les Mansi, les Nanai, les Orochi, les Shor, les Teleoute, les Udege, les Yukagir et tous ceux qui se sont égarés momentanément dans ma mémoire. Alors ne jetons pas la pierre à notre ennemi avant d’avoir effacé toutes les traces de nos crimes. Si nous ne voulons pas passer pour des cons. Bref! Tout ce baratin pour vous dire que ma piaule est parfaite pour la méditation et que je n’ai rien contre les enfants, les petit-enfants et les arrière-petits-enfants de l’Oncle Sam, tout au contraire car... Zut! On frappe à ma porte.

- Oui, entrez, je suis là.

- Je le sais bien, autrement je n’aurais jamais osé tambouriner, me dit Monsieur Hofmann, en entrant.

- C’est ce que l’on dit chez vous? je lui demande.

- Quoi donc?

- Tambouriner?

Il sourit...

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28/11/2016

L'avaleuse de livres (8, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgToutes mes félicitations, madame La Cheffe! Vous êtes une championne dans votre style. Une vraie!

Les prix Nobel qu’ils soient de la paix ou des enfers ne devraient être attribués qu’aux femmes, à mon avis. Qu’à elles seules. Car dans chacune de ces divines perles, qui brillent le jour comme la nuit, sommeillent une Hypatie d’Alexandrie et une Vierge Marie. Tantôt la calculatrice, la raisonnable, la prévoyante se réveille. Tantôt l’autre, la douce, la miséricordieuse, la souffrante. Tantôt la philosophe avec ses doutes. Tantôt la religieuse avec ses certitudes.

Malheureusement, la plupart des hommes, surtout ceux bourrés d’orgueil et de jalousie, préfèrent ne se fier qu’ à leur ignorance et considérer ces perfections de la nature comme des créatures impures, nécessaires qu’à la reproduction de l’espèce humaine.

Bénies soient-elles, ces femelles! crient les anges. Mais les mâles pensent tout autrement. Nulle intelligence ne peut être supérieure à la nôtre, hurlent-ils dans leurs cavernes.

C’est principalement pour cette raison-là qu’au cinquième siècle de notre ère les chrétiens, fanatiques et forcément barbares à cette époque comme à bien d’autres, ont assassiné la sublime Hypatia. Et l’histoire regorge de similaires bassesses de l’âme masculine et n’a pas fini d’écrire ses plus sombres pages.

Fin de la réflexion, mon bracelet connecté me signale que c’est l’heure de rentrer au bercail...

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27/11/2016

L'avaleuse de livres (7, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgCiel! Que vais-je recevoir sur la tête? J’attends d’elle une réponse. Si possible une magistrale réplique. Encourageante pour nous deux. Un signe d’ouverture. Mais va-t-elle se laisser séduire par mes troublantes paroles, par ce petit discours sans retenue, osé, indécent voire obscène pour les êtres éduqués dans l’univers des convenances et des arrangements, qui n’est pourtant selon moi qu’une bizarroïde homélie composée de mots sur le fil du rasoir? Ou... ou réagira-t-elle en me balançant une gifle en pleine figure? Que le temps semble trainer et la terre tourner au ralenti dans de pareils moments... Alors ça vient ma belle ou il faut que je te secoue comme un prunier?

Chut! Ses lèvres, tel un coureur sur la ligne de départ, s’apprêtent à foncer. A vos marques... prêts... partez!

- Camarade Kurkunov! Comme j’ai l’impression que vous adorez les allégories, les apologues, les paraboles, les hyperboles et les symboles, je me permets de vous répondre par ceci: dans la vie, j’ai appris deux choses. La première: à me méfier des hommes. Et la seconde: à me défier des gamins. Deux navires en détresse où j’ai énormément de difficulté à apponter. Pour l’instant, ne sachant pas à quel équipage vous appartenez, je préfère rester dans les nuages avec mon hélicoptère... Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée...

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26/11/2016

L'avaleuse de livres (6, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgJe remets aussitôt le livre à sa place.

Irina court vers moi et me redemande:

- Qu’est-ce que vous étiez en train de lire?

- Je ne lisais pas, je faisais semblant, je lui réponds en fixant ses chaussures. C’est le seul moyen pour ne pas passer pour un prévôt.

- Vous mentez.

- Si vous le dites.

- Regardez-moi dans les yeux!

J’obéis.

- C’était assurément de la littérature cochonne, affirme-t-elle.

- Comment le savoir, je faisais semblant.

- Où est-il?

- Qui ça?

- Arrêtez de me prendre pour une imbécile!

- Il s’agit du bouquin?

- Non, de ta sœur.

- Deuxième insulte en peu de temps, dis-je en regardant ma montre. Je me plaindrais auprès de la patronne.

- Vous êtes un faible, vous profitez de votre malchance pour vous défendre, vous venger...

- Si vous le dites.

- Si vous le dites, si vous le dites! Vous n’auriez pas une autre phrase, moins mielleuse pour dire simplement oui?...

- Certainement.

- Laquelle?

- ...

- Manqueriez-vous d’imagination pour un pornographe de votre espèce?

- Oh non! Oh non! Mon imagination, c’est la seule chose qui m’a permis de me construire. Contrairement à vous, enfant bénie de la providence...

- Alors crachez-la, nom de Dieu!

- Non.

- Pourquoi non?

- Parce qu’elle risquerait de vous faire bondir au plafond.

- Impossible, j’ai déjà tout entendu dans ma jeunesse... avec mon connard de père. Il a même failli me violer, ce salopard.

- A cause de la vodka.

- Qui vous a parlé de ma vie?

- Personne. C’est un impondérable prévisible lorsque quelqu’un boit trop dans la famille...

- Encore une de vos thèses!... Alors ça vient ou quoi?

- Que voulez-vous exactement? Savoir où j’ai planqué le présumé roman que je feuilletais, intitulé Ma cheffe a envie de se faire sauter. Ou entendre dire Cheffe, je t’emmerde, si tu as envie que je te baise, demande-le moi gentiment et clairement, sans avoir besoin de tourner autour du pot comme une mouche à merde.

Ciel! Que vais-je recevoir sur la tête?...

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25/11/2016

L'avaleuse de livres (5, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgQui dit société dit suspicions et préjugés. L’état contrôle de plus en plus le peuple et le peuple a de moins en moins de l’estime envers l’état, cette minorité d’individus malins et prétentieux propulsés au sommet de la pyramide du pouvoir par leurs bavardes et leurs discours chargés de belles promesses dont la plupart ne seront jamais réalisées.

Et qui dit société dit également privilèges, corruptions et injustices sociales.

La vie sociétale est un perpétuel combat où les silences et les mensonges sont les armes les plus utilisées...

Mieux vaut donc maudire ou tuer en pensées une crapule que de ne lui cracher au visage. Ou mieux encore, l’ignorer totalement. L’effacer complètement de son esprit. Car ce monstrueux personnage, au point où il se trouve, a forcément de nombreux amis au gouvernement...

- Kurkunof! Qu’est-ce que vous êtes en train de lire? me crie madame Smirnova.

Je remets aussitôt le livre à sa place...

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24/11/2016

L'avaleuse de livres (4, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Répondez à ma question et cessez toujours de rêvasser.

- J’ai une réponse mais...

- Mais?

- Elle va vous paraître peut-être invraisemblable voire totalement loufoque, vous qui êtes si ordonnée dans vos pensées.

- C’est quoi ce charabia? Vous venez à peine de débarquer et voilà que vous vous êtes déjà confectionné un mémorial sur chacun de vos collaborateurs, pardon collaboratrices car, à part vous, il n’y a que des femelles dans cette boîte... Vous aurait dû faire des études d’archiviste ou de policier.

- Vous m’insultez, madame.

- Comment ça?

- Ces gens-là savent à peine lire et écrire.

- Qu’en savez-vous? Mon ex mari était flic.

- La preuve! L’explication sort de votre propre bouche.

- Que voulez dire par là?

- On ne chasse jamais de sa vie quelqu’un de bien... meilleur que soi mais le contraire. Donc, il était certainement moins instruit que vous et forcément, il lissait et écrivait comme un pied...

- Je l’ai chassé de ma vie, comme vous dites si bien, tout simplement parce que c’était un ivrogne. Alors vos théories à la gomme, vous pouvez les mettre où je pense!...

- Pourtant, il vit encore avec vous, à travers vous... par son langage, ses mots. L’être humain n’est qu’un ramassis d’empreintes...

- Pourquoi cherchez-vous à détourner la conversation, monsieur qui sait tout? Est-ce un secret d’état, l’origine de votre nom de famille?

- Loin de là, madame Smirnova... Pour en finir avec cette banalité embarrassante, on m’a probablement trouvé dans la rue ou dans un champs en train de dévorer une plaque de chocolat Kurkunov, dernier cadeau de mes parents morts pour la patrie en Afghanistan.

- Morts en Afghanistan?

- Je n’en sais rien, Irina Guennadievna, je fabule.

Elle hoche la tête puis me dit en souriant:

- Vous finirez un jour romancier. Mais pour l’instant, allez jouer au surveillant...

09:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/11/2016

L'avaleuse de livres (3, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Vous êtes un drôle de personnage, Ivan Mystèrevitch Kurkunov

- C’est pour cela que vous m’avez appelé?

- Non, pour vous dire d’aller surveiller du côté ouest...

- Vers les bouquins étrangers?

- Je constate que ça commence à rentrer.

- Quoi donc?

- Le métier, pardieu!

- Si vous considérez que cela en fasse partie, je veux bien. Mais à mon avis, le travail du libraire consiste principalement à éclairer le client et non pas à l’assombrir par des soupçons.

- Belle pensée philosophique! Mais je m’en tamponne le coquillard. Obéissez aux ordres et ruminez vos sublimes idées pour vous-même... A propos, comment se fait-il que vous portiez un nom aussi prestigieux?

- C’est vrai qu’il est bon ce chocolat.

- Répondez à question et cessez toujours de rêvasser!

- J’ai une réponse mais...

- Mais?...

08:19 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/11/2016

L'avaleuse de livres (2, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Oui, madame Smirnova, j’arrive tout de suite...

Comme elles peuvent emmerder le monde, les femmes, quand elles ont leurs bringues. Peut-être pas toutes mais elle en particulier. Faut dire que je suis nouveau dans le magasin. Le parfait bouc émissaire pour cette hystérique dont les doigts se mettent à se crisper dès qu’elle entend clitoris, entrecuisse, érotisme, phallus, quéquette, reproduction ou virilité. C’est ce que j’ai constaté le premier jour en évoquant le sexe des mots. La plus absurde des séparations arbitraires.

- Que puis-je faire pour vous, Irina Guennadievna?

- Ça tombe bien, me dit-elle. En vous inscrivant, vous avez oublié de compléter votre patronyme.

- Comment ça?

- Vous n’avez mis qu’un H (X en russe).

- Ce n’est pas un H, c’est une croix.

- Et pourquoi donc?

- Parce que je ne connais pas mon père, je suis orphelin.

- Nous le savons déjà, pas besoin de le répéter... Alors?

- Alors quoi?

- Que dois-je noter dans votre dossier?

- Mettez vitch à inconnu...

07:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/11/2016

L'avaleuse de livres (1, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgSi les mots n’existaient pas, je me sentirais obligé de siffler comme un rossignol. Pour annoncer le printemps? Non, je laisserais cela aux hirondelles. A elles seules. Alors quoi? Malheureusement, je ne le sais pas. Mais heureusement, il y a fort longtemps, à l’intérieur ou à l’extérieur des cavernes, de braves gens ont eu la géniale idée de les créer en imitant le pet, le vent et tout le reste. C’est pourquoi, le mot pet commence par la lettre p et le mot vent par la lettre v. P! V! P! V!... Pas cons nos ancêtres, non? Ils m’ont ainsi, malgré eux, éviter le pire. Tout simplement, parce que je n’ai du tout l’oreille musicale. Dommage pour moi. Oui, c’est vraiment dommage car les sons sont plus réfléchis que les images. Je veux dire par là plus intelligemment pensé. Dans la nature, bien entendu. Exemple: l’éclair est toujours plus pressé que le tonnerre. L’un nous flashe, l’autre nous gronde. Le premier se comporte comme un sale flic, le second comme un gentil grand-père...

Je tourne la page. Non, je ferme provisoirement le livre. Le temps de me présenter à vous, cher lecteur.

Je m’appelle Ivan Korkunov. Orphelin de mère et de père. J’ai approximativement... laissons tomber! L’âge physique n’a aucune importance dans mon cas, c’est l'âge mental qui compte avant tout. Je travaille actuellement à la Maison du livre de Guelendjik comme stagiaire libraire. Au bord de la mer Noire. En... Désolé, ma cheffe m’appelle.

- Oui, madame Smirnova, j’arrive tout de suite...

16:32 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |